PARTIE IV, — AGRICULTURE
Je rappellerai, du reste, que les colateurs peuveni et doivent devenir canaux d'amenée lorsqu'ils se trouvent à proximité de terrains situés à un niveau plus bas et sur lesquels ils peuvent conduire l'eau.
On jette ordinairement les colatures dans le cours d'eau même qui alimente la dérivation. Lorsque le régime de ce cours d’eau est irrégulier, et c’est le cas ordinaire en Afrique, on a besoin de faire déboucher le canal de desséchement assez en aval pour ne pas avoir à craindre quil devienne, lors des crues, une cause d'inondation pour les terres qu'il doit égoutter. Au reste, on évite ce danger en plaçant une vanne à clapet à l'embouchure du colateur dans le cours d’eau.
Le creusement du canal de desséchement est la première opération par laquelle on débute, lorsqu'il s’aeut d'établir une irrigation quelque part.
Outre ces divers canaux, il y a encore, dans toutes les dérivations importantes, les canaux de décharge ou de fuite, destinés ici au mème usage que dans les usines mues par l’eau , c'est-à-dire à mettre à see le canal de dérivation ou à recevoir le trop-plein de ses eaux, avant qu'elles aient été employées.
Ces canaux sont nécessaires partout où l'on ne peut à volonté empècher l'introduction de l'eau dans le canal de dérivation, ou encore lorsque les besoins des divers intéressés du même canal ne sont pas identiques.
Les canaux de décharge aboutissent ordinairement dans le canal de desséchement.
Lorsqu'on a terminé tous les travaux nécessaires à l'irrigation, on introduit l’eau une première fois pour essai. On s'aperçoit alors des fautes qu’on a pu commettre dans l'exécution des divers ouvrages. Si l’on a procédé avec soin et suivant les règles indiquées plus haut, ces fautes ne seront pas graves. Ce seront surtout de ces défauts que l'usage seul permet d'apprécier et qui ont pour effet des affaissements, des affouillements et des infiltrations dans les canaux. Ces dernières seront surtout fréquentes. Un bon moyen d'y remédier, c'est d'introduire des eaux troubles dans les canaux et de les y laisser déposer. Si l’on n'a que des eaux limpides, on les rend troubles en jetant de la terre argileuse dans le canal, là où l’on remarque des infiltralions ; on agite avec des râleaux, pour délayer l'argile, puis on laisse reposer.
$ 4. Ouvrages d'art. — Barrages. — Prises d’eau, — Vannes et empellements. — Aqueducs. — Partiteurs.
Je ne m'occuperai ici que de ceux de ces ouvrages qui sont assez simples pour être exécutés, sinon par de petits cultivateurs, du moins par des agriculteurs intelligents, aidés de quelques ouvriers spéciaux.
Barrages. — Vai déjà dit qu'il était presque toujours nécessaire d'établir, au-dessous de chaque prise, un barrage dans le cours d’eau.
Malgré une opinion généralement répandue, je conseillerai rarement aux colons d'Afrique de chercher à faire, dans ce genre, des ouvrages permanents et d’une
PARTIE IV. —+ AGRICULTURE, 3 187 grande solidité. Ils se trouveront mieux, je crois, d'imiter les habiles cultivateurs du Roussillon qui, en présence de circonstances semblables, c’est-à-dire avec des cours d’eau essentiellement torrentueux, presque à sec en élé, débordant de toutes parts en hiver, établissent des barrages qui sont, à la vérité, renversés chaque année, mais qui, étant fort simples, peuvent être rétablis à peu de frais. On a fréquemment essayé, dans cette contrée, de faire des travaux permanents et solides. Ces travaux n'en ont pas moins été détruits par les crues énormes de l'hiver, ou du moins tellement endommagés qu'ilen a coûté beaucoup plus pour les réparer qu'il n'en aurait coûté pour établir un nouveau barrage dans le système ordinaire. Du reste, il ne faut pas de milieu : si l’on veut un barrage permanent, on doit le faire d’une solidité à toute épreuve, car c'est le seul moyen de le rendre moins cher. Si, au contraire, on recule devant les frais d’un pareil ouvrage qui, je le répète, n'est pas encore assuré contre la destruction, il faut se contenter d’un barrage simple, prompt et facile à établir et peu coûteux.
Le point sur lequel on place le barrage influe beaucoup sur les dépenses soit de construction, soit d’entretien. Aussi le choix de l'emplacement de la prise d’eau exige-t-1l une étude approfondie des lieux. S'il n’est pas permis de descendre plus bas qu'un eertain niveau au-dessous duquel on n’atteindrait plus la partie supérieure du terrain à irriguer, rien n empêche de remonter plus haut. Quoiqu'on allonge ainsi le canal,
on ne devra pas hésiter à le faire, lorsqu’au point indiqué par le nivellement le lit n’est pas favorable à l’établissement d’un barrage.
Quand on construit celui-ci d’une manière permanente, on doit connaitre parfaitement le régime du cours d’eau, la hauteur et la largeur du courant lors des plus fortes crues, comme aussi son volume d’eau pendant l'étiage. C’est en rapprochant ces deux élats opposés du même cours d’eau qu’on se convaincra de l'inconvénient des barrages permanents en Algérie, où les cours d’eau sont, comme dans tout le midi, sujets à des variations énormes et subites. On verra que pour rétenir les quelques litres d’eau qui constituent la rivière pendant l'été, on serait souvent obligé de construire des ouvrages analogues à ceux qu'exigeraient nos fleuves, ouvrages qui d’ailleurs sortent tout à fait du domaine de l’agriculture.
Nous ne nous occuperons donc ici que des barrages temporaires. Il y en a en pierres, en fascines et clayonnages et en bois. Rarement on en fait en terre seulement.
Du reste, la première règle est de se servir des matériaux qu'on a sous la main.
Dans les montagnes, les pierres et quartiers de roches sont ordinairement en abondance dans le lit même des cours d’eau. Nous ne décrirons pas ici la manière de les employer. Tout le monde la connaît. Nous rappellerons seulement que les pierres seules, à moins d'être liées entre elles par du mortier, ne forment pas
PARTIE IV, — AGRICULTURE, 189 un barrage étanche, et qu'il faut, à eet effet, les entreméler de glaise, de gazon et de fascines.
Si l’on craint que des crues subites ne dégradent le barrage, même pendant la saison de l'arrosage, on consolide les pierres par des pieux et des pilots fixés en terre de distance en distance et qu'on relie souvent entre eux au moyen d'un clayonnage.
Il est à peine nécessaire d’ajouter qu'il faut à ces barrages, en aval et surtout en amont, beaucoup de talus.
Les barrages construits en simple elayonnage se font avec une ou deux lignes de pieux fixés dans le sol de la rivière et contre lesquels on appuie des claies que l’on assujettit au pied par un enrochement et qu'on rend étanches en les garnissant de fascines, de gazon et de plaise, A l'approche de l'hiver on enlève les claies et on laisse les pieux qui ne gènent en rien le eourant.
Quant aux barrages en bois, on leur donne des dispositions variées, suivant les lieux, Mais le système qui conviendra probablement le mieux en Algérie sera celui qui est connu sous le nom de barrage à poutrelles mobiles. I consiste en un certain nombre de poutrelles ou de planches placées horizontalement, en travers du cours d’eau, et retenues aux deux bouts dans une eoulisse ou dans une rainure, quelquefois aussi appuyées au milieu contre des pilots ou des pièces de bois fixées au seuil.
L'application la plus simple de ce système est celle
190 COLONISATION ET AGRICULTURE DE L'ALGÉRIE. qu'offre la figure 48, qui représente un barrage des Pyrénées, d'après Fouvrage de M. Jaubert de Passa.
Figure 48.
On a pratiqué dans les rochers qui forment iei les parois du fond et des bords de la rivière, une rainure à droite et à gauche, dans laquelle glissent les poutrelles horizontales qui sont renforcées, en outre, par les pièces de bois verticales fixées soit dans le-plafond du lit, soit sur le seuil.
Le seuil est une pièce de bois de dimensions plus fortes que les poutrelles et qu'on encastre solidement dans le plafond et dans les bords du cours d’eau, de manière à ce qu'elle ne dépasse le niveau du sol que de quelques centimètres. Si le sol était parfaitement uni et résistant, on pourrait se passer de seuil. Mais il en est rarement ainsi, et comme c’est surtout dans le bas qu'il est urgent de rendre le barrage étanche, ce