‹ Colonisation et agriculture de l'AlgérieChapitre 63 sur 141 · PARTIE IV. —- AGRICULTURE · texte numérisé non relu

PARTIE IV. —- AGRICULTURE

On sait que l'introduction de l'eau dans un terrain n'est point continue, mais a lieu à certains intervalles. La quantité d’eau, par arrosage, pour 4 hectare, varie sans doute suivant le sol et le système d'irrigation, mais varie beaucoup moins que le nombre des arrosages, nombre qui peut aller de quatre à soixante et plus.

Dans un sol de moyenne capacité, comme est le sol de la majeure partie de l'Algérie, et avec les systèmes d'arrosages par infiltration, par reprise d’eau, ou par planches et même par dosses lorsque celles-ci sont peu inclinées, 500 à 500 mètres cubes, en moyenne 400, suffisent pour chaque arrosage, par hectare.

Ce volume d’eau, réparti uniformément sur À hectare, donnerait 4,000 litres par are et 40 litres par mètre carré de terrain; en supposant qu'il puisse s'étendre régulièrement sur toute la surface du sol, il formerait une nappe d’eau de 4 centimètres de hauteur. Or, l’on sait qu’une pluie de 2 centimètres de hauteur est déjà une très forte pluie qui pénètre profondément dans le sol. Aussi ne serait-il pas nécessaire d'employer une quantité aussi considérable d’eau, si l'on avait les moyens de répartir celle-ci avec autant de régularité que cela s'opère par la pluie, et si ensuite l’évaporation n'était pas beaucoup plus forte après un arrosage donné toujours par un temps sec, qu'après une pluie qui a chargé l'atmosphère d'humidité. Nous partirons donc de cette base pour évaluer les quantités d’eau exigées par les diverses circonstances culturales.

\ 2, Quantité d'eau nécessaire à l’arrosage des diverses natures de fonds.

On sait déjà que par nature du fonds, j'entends, non pas la nature du sol, mais le mode d'emploi que lon fait de la terre. C'est précisément ce mode d'emploi qui, avant tout, fait varier le nombre des arrosages.

Jardins.—C est la nature de fonds qui exige le plus d'eau. Dans le midi de la France, en Jtalie et en Espagne, on donne aux jardins de six à douze arrosages par mois. Le nombre de six étant plus fréquent que celui de douze, on peut prendre huitecomme moyenne, e est-à-dire deux arrosages par semaine. En supposant 400 mètres cubes par arrosage, cela ferait 800 par semaine où 20,800 pour les six mois d'arrosage, done juste le double du volume obtenu par un débit continu de deux tiers de litres par seconde. Par conséquent, une dérivation destinée à l’arrosage des jardins devrait débiter, par seconde, autant de fois À litre et un liers qu'il ÿ aurait d'hectares à irriguer.

Cela coïncide parfaitement avec les chiffres que jai pu relever dans plusieurs jardins abondamment arrosés des environs de Perpignan, ainsi qu'avec ceux donnés par M. Maffre, dans son ouvrage sur les jardins maraichers du midi. Suivant cet habile observateur, les norias habituellement employées dans les jardins des environs de Pézénas, et qui, mues par une mule, tirent l'eau de 7 à 8 mètres de profondeur,

fournissent, en six heures et demie de travail, un peu

PARTIE [V4 = AGRICULTURE, 229 plus de 408 mètres cubes d’eau. On compte qu'il faut lrois jours pour arroser convenablement 4 hectare qui réclame ainsi un total de 525 mètres cubes par arrosage, et dont chaque portion est arrosée successivement tous les {rois jours à raison de trois mètres cubes et un quart par are.

Prairies naturelles et artificielles. — À moins de circonstances particulières, jamais on ne donne plus d'un arrosage par semaine. Le plus habituellement on n'en donne même que trois ou deux par mois. En supposant toujours le même volume d’eau par arrosage, el un arrosage par semaine, On aurait, pour chaque hectare, juste la quantité d’eau fournie par deux tiers de litre à la seconde, c’est-à-dire 40,400 mètres cubes pour les six mois d'arrosage.

Plantations et cultures annuelles. (Céréales, maïs, farineux, lin, etc.) — On calcule, en général, sur moilié de la quantité nécessaire aux prairies, €'est-à-dire sur un arrosage tous les quatorze jours seulement, ce qui ferait 5,200 mètres cubes pour toute la saison, et reviendrait au débit continu d’un tiers de litre par seconde, pour chaque hectare.

Voici pour l'Europe. Il n’est pas encore prouvé que ces chiffres conviennent également à l'Algérie. Cependant, je ferai observer qu'ils s'appliquent à des contées comme l'Espagne et le midi de la France, où les étés sont à la vérité un peu moins chauds qu’en Algérie, mais plus secs encore, ainsi que je Fat constaté en

traitant du clunat, Eu effet, le mistral, ce grand des

siccateur de nos départements méditerranéens, souffle bien aussi en Algérie et y souffle même pendant une grande partie de l'été; mais il n’y parvient qu'après avoir passé la mer et s’y être chargé de vapeurs aqueuses. On sait d’ailleurs que, sur toute la côte barbaresque, les nuits sont fraiches et humides et les rosées d’une extrême abondance.

Tout porte donc à croire que, pour les jardins, 800 mètres cubes en deux arrosages, et, pour les prairies nalurelles ou artificielles, 400 mètres cubes en un arrosage suffiraient largement par hectare et par semaine.

Quant à la troisième catégorie de natures de fonds, il ya là des distinctions importantes à faire.La plupart des récoltes hivernales, froment, orge, choux, lin, fèves, lentilles et pois d'hiver, et même les récoltes estivales lorsqu'elles ont été mises en terre de très bonne heure, comme le tabac, les pommes de terre, le maïs (la petite espèce), les betteraves, ete., peuvent au besoin se passer entièrement d'arrosage. Il en est de mème des oliviers, amandiers, figuiers. Néanmoins, si l'on peut donner à ces diverses cultures un arrosage tous les quatorze jours, il est incontestable qu'on en accroitra beaucoup le produit. Cet accroissement sera d'autant plus considérable que la végétation des plantes se prolonge plus avant dans l'été. Quant aux récoltes dont la végétation a lieu presque entièrement dans Île courant de la saison sèche, comme le grand maïs, le millet, le sorgho, le dourah, les patates, les

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