‹ Colonisation et agriculture de l'AlgérieChapitre 64 sur 141 · PARTIE 1V. — AGRICULTURE · texte numérisé non relu

PARTIE 1V. — AGRICULTURE

aubergines, le piment, le chanvre, le sésame, la canne à sucre, ete., il est probable qu'il leur faudrait, ainsi qu'aux orangers ef citronniers, au moins un arrosage par semaine.

Comme, dans une exploitation, on a d'ordinaire toutes ou la plupart de ces natures de fonds, jardins, prairies, plantations, terres arables en récoltes estivales eten récoltes hivernales, je erois qu'on peut admettre, en Algérie, deux tiers de litre d’eau continue par seconde, ou vingt-six arrosages de 400 metres cubes chaque, ou un total de 410,400 mètres eubes pour la saison, comme une moyenne très convenable pour un hectare.

Dans tout ce qui précède, j'ai toujours eu en vue un sol de moyenne compacité. S'il s'agissait d'une terre sablonneuse, ces données ne seraient plus applicables. On en jugera par le fait suivant : une terre très sablonneuse, située auprès de Paris (à Neuilly) et semée en luzerne, exige, pour chaque arrosage, 45 mètres cubes d’eau par are ou 4,500 mètres par hectare, et, malgré Phumidité du climat de Paris, on est obligé de donner pendant trois à quatre mois deux arrosages par semaine, qu’on réduit à un seul pendant un mois et demi à deux mois, ce qui fait pour la saison de trente-quatre à quarante arrosages qui, à 4,500 mètres cubes, forment l'énorme volume de 50 à 60,000 mètres cubes, par hectare, ou 5 à 6 mètres cubes par mèire carré de surface, ou encore une nappe d'eau de 5 à 6 mètres de hauteur sur toute la superficie arrosée.

Ilest vrai qu'à ce prix, on obtient de cette luzerne cinq à six coupes de fourrage. Il est vrai encore que cette terre est une des plus sablonneuses et des plus perméables qu'on puisse voir, et que, située partout ailleurs qu à la porte de Paris, elle serait incultivable.

Ce fait n'en est pas moins significatif, et mérite d'être pris en grande considération par tous les irrisaleurs,et surtout par ceux de l'Alsérie, où l'eau a une si grande et la terre une si petite valeur.

il est une autre question que soulève également ce sujet : on sait que dans l’état actuel des choses, nonseulement beaucoup de sources, mais encore un grand nombre de cours d’eau assez importants pendant le reste de l’année, tarissent complétement pendant l'été.

Je l'ai déjà dit, et je le répète encore, cette circonslance qui, partout ailleurs,;empêcherait l'établissement avantageux d’une irrigation, ne devra cependant pas toujours décourager les colons algériens. Une irrigation qui ne se prolongerait pas au delà du 45 ou 20 juillet, par exemple, n’en paierait pas moins, dans la plupart des eas, les dépenses qu’elle aurait pu nécessiter. Avec cette irrigation, on aura deux coupes de foin et trois ou quatre de luzerne au lieu d’une; on pourra retarder la plantation ou la semaille et partant la récolte de beaucoup de plantes telles que pommes de terre, betteraves, tabac, ce qui en augmentera no: lablement lé produit; on aura, en outre, du grand mais, du millet, des haricots, tous les farineux d'été,

des aubergines, du chanvre, ete, I n°v a que les se-

PARTIE IV. — AGRICULTURE. 233 condes ou troisièmes récoltes auxquelles il faudrait renoncer pour l'ordinaire.

J'insiste sur les avantages qu'on pourra retirer d'un arrosage incomplet, parce qu'il est probable que pendant longtemps, cet arrosage sera le seul possible en grand, sur beaucoup de points de l’Aloérie.

\3. Jaugeage.

Une opération fort utile, avant même toute espèce de travail pour la mise à l'arrosage d’un terrain, c’est le jaugeage du cours d’eau ou de la source qu'on utilisera dans ce but.

Quand le cours d’eau sera de quelque importance, l'administration en fera nécessairement le jaugeage, avant d'accorder la concession. Mais, même dans ce cas, il est bon que l’agriculteur ait pu d'avance se rendre un compte au moins approximatif de l’état des choses, savoir ce dont il a besoin et ce qu'il peut demander.

Quand il s'agit d'irrigation, comme quand il s'agit de navigation, c'est l’étiage, en d’autres termes le point des plus basses eaux qu'il est intéressant de déterminer, non-seulement quant au volume, mais encore quant à l’époque.

C'est en général dans la seconde quinzaine d'août que les eaux atteignent le niveau le plus bas en Aloérie. Il y a cependant quelques exceptions, surtout dans les parties montagneuses, par suite de la fréquence des orages vers cette époque.

On comprend, du reste, que rien de régulier n'existe sous ce rapport; l’étiage arrive plus tôt une année, plus tard une autre; tantôt l’étiage est le tarissement complet, tantôt la rivière ou la source conservent encore une certaine quantité d’eau. Malgré cette irrégularité, le jaugeage, comme je l'ai déjà dit, est lon d’être inuüle, et toutes vagues qu'elles soient, les données qu'il fournit sont précieuses pour l'irrigateur.

Lorsqu'il s’agit d’une source ou d’un faible cours d’eau, sur lequel on peut obtenir une chute suflisante, sans s'exposer à perdre de l’eau en filtrations, la méthode la meilleure et la plus exacte d’en connaitre le débit, c’est de faire couler la totalité de l’eau dans un récipient d’une capacité mesurée d'avance, qu’on place sous la chute. Avec un compteur ou une montre à secondes, ou simplement avec une montre ordinaire, ou encore par les battements du pouls chez une personne bien portante (il y en a généralement un peu plus de 60 à la minute), on observe le temps qui a été nécessaire pour remplir le récipient, et, en divisant le contenu de celui-ci par le nombre de secondes, on obtient, pour quotient, le nombre de litres débités par le cours d’eau dans une seconde.

Quand on est pressé, ou que le cours d’eau est trop considérable ou n’a pas de chute, on emploie la méthode des flotteurs. À cet effet, on rend aussi uniforme que possible le lit du cours d’eau sur une certaine longueur, soit en se bornant à l’encaisser régulièrement dans ses berges naturelles , soit en construisant

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