PARTIE IV, — AGRICULTURE
avec des planches un canal artificiel. À quelques mètres en amont du lieu où commence le lit régulier, on place au milieu du courant un flotteur qui se compose d'un petit morceau de bois assez pesant pour qu'il dépasse à peine le niveau de l’eau. Cela est nécessaire afin que l'agitation de l'air ne modifie en rien la marche du flofteur. Muni d’une montre à secondes ou d’un autre des movens indiqués plus haut, l'irrigateur suit le flotteur à partir du point où commence le lit régulier jusqu'au point où il cesse. Cette distance a été mesurée d'avance. Connaissant ce qu'a mis le flotteur à la parcourir, on connait la vitesse superficielle de l'eau, vitesse qu'on mulüiplie par 0,80 pour avoir la vitesse moyenne. Pour plus d’exactitude, on renouvelle expérience trois ou quatre fois, et on prend la moyenne des résultats.
Une fois la vitesse connue, il est nécessaire de mesurer la section, car on sait que la portée d’eau est le produit de la section par la vitesse. Si l'on a pu canaliser en quelque sorte le lit, de manière à ce que le fond en soit uni et que les bords en soient parallèles et réculièrement disposés, avec ou sans talus, le relevé exact de la section se fera très facilement.
On fait ce relevé en haut, en bas et au milieu de la portion régularisée du cours d’eau, et on prend la moyenne.
Cette méthode est sujette à plusieurs inexactitudes ; cependant c’est la seule que je conseillerai aux agriculteurs, lorsqu'ils ne pourront pas facilement em-
ployer la première. Quand il s'agit d’un objet aussi variable que la portée d’eau d’un ruisseau ou d’une rivière, on conçoit qu'une exactitude rigoureuse n’est pas indispensable. Le jaugeage le mieux fait ne sera plus exact une demi-heure après qu’on l'aura effectué. L'étiage même, comme je l'ai dit plus haut, n'est qu'une chose très vague; et d'ailleurs, là où Pétiage est le tarissement complet, il peut encore y avoir utilité à connaitre approximalivement la quantité d'eau dont on pourra disposer aux diverses époques d'irrigation, avaut et après l’éliage.
Ce qu'il importe beaucoup de constater, dans les cours d’eau sujets au tarissement, c'est l’époque ordinaire de ce dernier.
$4. Modules.
J'ai déjà parlé des partiteurs comme d'un moyen de distribution des eaux d’un canal pour l'arrosage. Ce moyen, quoique peu rigoureux, suffit lorsqu'il nes asit que de partager les eaux d’un canal en un certain nombre de parties aliquotes ; mais il ne convient plus lorsque, pour la vente ou la concession, il est nécessaire de déterminer le volume d'eau. On est obligé alors d’avoir recours à certaines dispositions au moyen desquelles le volume d’eau qui sort du canal est constant; ce sont ces dispositions qu’on appelle modules.
Un module est un orifice de forme et de dimensions variables, taillé dans une dalle verticale, sur laquelle où fait arriver l’eau du canal.
PARTIE IV, — AGRICULTURE, 237 Ce moyen revient à celui employé par les anciens fon- {ainiers pour jauger les eaux. On sait qu'ils barraient, dans ee but, le lit de la source à jauger, à l'aide de planches dans lesquelles ils perçaientune rangée horizontale de trous d’un pouce de diamètre, bouchés par des tampons. Cela fait, ils débouchaïent autant de trous qu'il était nécessaire pour que le niveau s'établit à une hauteur constante d’une ligne au-dessus du sommet des orifices. À cet état, 1} sortait par ces orifices réunis autant d’eau qu’en fournissait la source dont le produit élait estimé par le nombre d’orifices ouverts. Delà cette dénomination de pouce d’eau où pouce de fontainier adoptée pour unité de comparaison.
Le produit correspondant à un pouce fontainier est :
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On remarquera que pour que le débit soit tel que nous l'indiquons ici, il faut que le niveau s’établisse à une hauteur constante d'une ligne au-dessus du sommet des orifices. En effet, le volume d’eau qui s'écoule dans un temps donné, par un orifice, ne dépend pas seulement de la dimension de ce dernier, mais encore de la charge résultant du niveau de l’eau audessus du sommet de l’orifice dans le canal ou le réservoir alimentaire, ainsi que du niveau de l’eau dans le récipient. Dans les modules, les orifices débouchent toujours à air libre, W n'y a donc à prendre en con-
sidération que la charge ou pression d’eau ainsi que la vitesse et la direction du courant qui influent également sur le débit de orifice. Comme il serait impossible de tenir compte de toutes ces causes perturbatrices dans un canal, on établit l'orifice qui sert de module sur une espèce de sas où chambre communiquant avec le canal par une vanne qui permet de régler l'introduction de l’eau de façon à ce que celle-ci conserve un niveau constant au-dessus du sommet de l'orifice. Tels sont tous les bons modules. et entre autres le module milanais qui a un orifice rectangulaire de 0",20 de hauteur sur 0",45 de largeur, et où le niveau de l'eau, dans le sas, est maintenu à 0”,40 au-dessus du sommet de l'orifice. Ce module a un débit moyen de 40 litres d’eau par seconde. C’est là ce qu'on appelle l’'once milanaise.
Je dis moyen, car quelque complet que soit ce régulateur, il n’est pas à l'abri des irrégularités. L'expérience a en effet appris que les orifices de plusieurs onces (de 0°,50, 0,45, 0",60, ete., de largeur, la hauteur restant toujours la mème) donnent un débit proportionnellement plus fort que celles d’une seule once. Cette différence va de 56 à 47 litres.
J'ai cru devoir faire connaitre ce moyen de mesurage, uniquement pour attirer Pattention des irrigateurs sur cette question, car, sauf sur les grands canaux d'arrosage que l'État ou des compagnies pourraient faire établir un jour, il est douteux pour moi qu'on emploie jamais les modules en Algérie; non pas seule-
PARTIE IV, — AGRICULTURE, 239 ment parce que l'établissement en serait trop coûteux sur de peliles dérivations, mais encore et surtout à cause des variations très grandes qu'éprouveront nécessairement toutes ces dérivations dans leur portée d'eau.
Quand on partage au moyen des partiteurs, chacun subit la réduction proportionnellement à ce qu'il reçoil; mais si l’on partageait par onces au moyen de modules, le premier ou les premiers usagers mettraient nécessairement le canal à sec, dans les temps de pénurie.
Du reste, je renvoie, pour tout ce qui concerne léta. blissement des modules, à l'ouvrage déjà souvent cité
de M. Nadault de Buffon.
SECTION V. — Nature des eaux et du sol. — Engrais et amendements.
(17. Nature des eaux.
Il n’y a que très peu d'eaux qui ne puissent en aucune manière servir à l'arrosage. Les seules connues jusqu'à ce jour sont les eaux tenant en dissolution une grande quantité de sel marin ou de composés métalliques. Ces dernières paraissent êtres rares en Algérie ; les eaux salées y sont en revanche fréquentes. Mais il s'en faut que toutes soient nuisibles aux plantes, et j'ai déjà signalé la belle végétation qui couvre les rives de plusieurs cours d’eau saumâtre.
On a cru remarquer aussi que les eaux sortant des marais, surtout des marais {tourbeux, des landes et des forêts de chènes, sont sinon nuisibles, du moins peu
240 COLONISATION ET AGRICULTURE DE L'ALGÉRIE. favorables à la végétation. Tout porte à croire qu'il n’en sera pas de même en Aloérie, parce que le climat semble s'y opposer à la formation de l'élément astringent et acide qui cause l’infériorité de ces eaux.
Enfin, il est bien positif que les eaux limpides sont moins fertilisantes que celles qui tiennent habituellement én suspension une cerlaine quantité de limon et surtout de détritus végétaux et animaux.
L'eau qui a coulé à la surface du sol pendant un assez long parcours, est également considérée comme supérieure à celle qui sort de terre à une faible distance.
Du reste, les irrigateurs ont un moyen simple et infaillible de s'assurer de la qualité des eaux qu'ils veulent employer, c'est d'observer le terrain qui est en contact avec ces eaux. S'il est nu ou s’il n'y pousse que des plantes aquatiques (sans qu'il soit marécageux), on peut supposer que les eaux sont mauvaises. Elles pourront être considérées comme excellentes, au contraire, si l’on y voit croître avec vigueur une herbe de bonne qualité. É
Il arrivera souvent que mème les mauvaises eaux : pourront être employées utilement dans certaines circonstances. Les eaux trop crues gaoneront, par exemple, à rester quelque temps au contact de l'air. A cet effet, avant de les faire servir à l’arrosage, on les recueillera dans un bassin dans lequel on pourra même, pour les améliorer plus complétement encore, jeter toute espèce de matières organiques d’une facile décomposition.