PARTIE IV. — AGRICULTURE
Le premier est applicable dans les terres non arrosées, dans les seccanos, comme on les a nommées. Il l'est d'autant plus que ce repos n’est pas improductif, tant s'en faut, si l’on a eu la précaution d'interrompre la culture bien avant que la terre ne soit épuisée. On sait même que cet alternat de repos et de culture est précisément le système d'exploitation que nous proposons pour l'Algérie, système basé sur la propension du sol algérien à se couvrir spontanément d’hérbe et sur les avantages très grands que présente la production du bétail dans ce pays. C’est en effet comme herbages à faucher ou à pâturer qu'on devra utiliser le sol pendant ces intervalles de repos.
Mais, comme je lai déjà constaté en parlant des systèmes de culture, l’arrosage impose un mode tout différent d'exploitation. A la culture extensive qui convient seule, avons-nous dit, dans les seceanos, il faut faire succéder la culture la plus intensive possible, du moment où l'on a pu se procurer de l’eau.
Il ne peut donc plus être question de repos pour les terrains arrosés. Le second moyen, l’engrais, est le seul qu'on puisse employer pour combattre l’appauvrissement résultant de la production ; et, comme cet appauvrissement est toujours proportionnel à la quan- {ité de produits créés, 1l en résulte que plus on arrose, pluson produit, et plus, en revanche, il faut d'engrais.
J'ai déjà traité la question des engrais et des amendements ; je n'ai que peu de choses à y ajouter 1er.
Au lieu de fumer en automne, comme dans les sec-
eanos, cela se fera plus convenablement au printemps dans les terres arrosées. Si arrosage est abondant, on pourra même fumer pendant tout l'été avec du fumier décomposé.
Quant au purin, j'ai déjà dit qu'on peut le mêler en pelite proportion à l'eau des arrosages, soit dans le bassin, si on en a un, ou dans le canal principal, dans le canal secondaire, ou encore dans les rigoles de distribution, lorsqu'on ne veut fumer que certaines parties à l’exelusion des autres. C’est surtout le soir et la nuit qu'il convient d'employer le purin de cette manière.
Les engrais les plus chauds, les plus actifs, comme le fumier de cheval, celui de mouton et surtout la malière fécale et la colombine, peuvent être employés dans les arrosages sans aucun danger et sans autre précaution que celle de les enfouir d'assez bonne heure au printemps.
Enfin, on peut également fumer en couvertures les terrains arrosés, à la condition d’y mettre le fumier dès l'automne. Ce n’est même que de cette manière qu'il est possible de fumer les prairies naturelles et artificielles. J'ajouterai que pour ces fumures en couvertures , il faut avoir soin de n’employer que du fumier décomposé, et qu’on y fait usage, de préférence, de composts de fumier mélé du limon et de la vase résultant du curage d'automne des canaux et rigoles.
On voit que, contrairement à l'opinion énoncée par
PARTIE 1V, = AGRICULTURE, 245 quelques écrivains, l’arrosage, bien loin de suppléer à l’engrais, nécessite l'emploi d’une quantité de matières fertilisantes toujours proportionnée au chiffre du produit qu'il fait rendre à la terre. Si doncil lui fait rendre quatre ou cinq fois plus de produit, il exige aussi quatre ou cinq fois plus d'engrais qu'on n'en donnerait à une terre de même nature non arrosée.
Cette règle s'applique avant tout aux eaux limpides qui ne font, si je puis m'exprimer ainsi, que désaltérer les plantes et servir de véhicules aux substances fertilisantes contenues dans le sol. On conçoit qu'il n’en est plus tout à fait de mème lorsque les eaux sont habituellement ou souvent troubles et chargées d’un limon riche et fertile. 11 y a de ces eaux qui, nonseulement permettent de se passer d'engrais, mais qui même déposent sur le sol, après un certain laps de temps, unetelle quantité de matières fertilisantes qu'on peut les enlever pour les utiliser ailleurs.
Ce sont en général les eaux qui passent dans les villes et s’y chargent des immondices produits partout où il y a concentration de population.
Ces eaux sont rares en Algérie, ou plutôt il n'en existe pas encore. En revanche, toutes les eaux, à l’exception des eaux de sources utilisées à l'endroit même où elles surgissent, sont plus ou moins troubles et Jimoneuses pendant l'hiver et pendant une partie de l'automne et du printemps. Celte circonstance, si l’on sait bien la mettre à prolit, permettra de réduire un
peu la quantité d'engrais employée sur les terres arrosées. Il faut néanmoins qu’on le sache bien, le produit sera toujours en raison directe de la dose des fumures.
Dans plusieurs contrées à sol argilo-siliceux privé de parties calcaires, l’arrosage n'aurait que peu d’eflet, si on n’en faisait précéder l'établissement d’un fort chaulage qu'on peut aussi remplacer par un marnage à haute dose, lorsqu'on a de la marne très calcaire, et qu’on a pu en opérer le mélange parfait avec la couche végétale. On répand, en outre, tous les deux, trois ou quatre ans, sur les prairies formées sur cette nature de terre, soit des cendres lessivées, soit des composts de fumier avec de la marne ou de la chaux.
On sait déjà qu'en Algérie la terre argilo-calcaire parait dominer ; mais même dans les sols argilo-siliceux, comme on en rencontre aux environs de Bône, par exemple, il est douteux que le chaulage soit indispensable. Cependant, il est plus improbable éncore qu'il puisse y être nuisible. Il n’y aura donc aucun inconvénient à l'essayer.
Il en sera de même des cendres lessivées sur les prairies arlificielles et naturelles, et du plâtre sur les prairies artificielles.
Il faudra avoir grand soin d’assécher complétement le terrain avant de répandre l’un ou l’autre de ces
amendements, qui peuvent être employés vers la fin de janvier.