Conduite de l’eau
Il est difficile de donner des règles générales sous ce rapport. Tout ici dépend non-seulement de la nature du fond, mais encore de l’année.
J'ai supposé précédemment que l'arrosage ne devait commencer, au plus tôt, qu'au 45 avril; mais je viens de signaler une circonstance, le limon dont sont chargées les eaux pendant la saison pluvieuse, qui peut engager à irriguer à une époque où les plantes n'en auraient pas précisément besoin. On arrose alors de préférence les terrains non emblavés, et s'il n’y en avait pas, ceux dont les récoltes sont le plus rustiques, comme les prairies naturelles, le froment, les farineux, ete. On a soin aussi de disposer les moyens d'égouttement d'une manière plus complète qu'on ne le fait pendant l'été. Cette irrigation, on le comprend, est en réalité un colmatage fait dans l'intérêt du sol et non dans celui des plantes, du moins pour le moment. Que celles-ci n'en souffrent pas, c'est tout ce qu'on peut désirer.
Cependant il pourra se faire que, dans l'intérêt de celles-ci, on soit amené à irriguer dès le mois de mars, quoiqu'en général ce mois et la première quinzaine d'ayril soient pluvieux en Algérie. Ce sera surtout le cas pour les prairies naturelles ou artificielles et pour les nouvelles semailles qu'un vent desséchant menacerait de détruire.
Il y a, du reste, des précautions à prendre pour ces arrosages précoces. Quand les eaux proviennent de la neige fondue des montagnes et n'ont pas encore coulé longtemps dans la plaine, elles ont une température très basse et sont plus nuisibles qu'utiles à la végétation. D'un autre côté, si l’on est dans une situation élevée, à une exposition au nord, on risque d’avoir encore à cette époque des gelées blanches qui, survenant immédiatementaprès l’arrosage, pourraient nuire aux plantes délicates.
Quant aux arrosages d'été, voici quelques règles qui pourront servir de guide. L'eau est en général plus nécessaire au développement de la tige et des feuilles qu'à la formation de la graine. C’est done dans l’enfance et la jeunesse de la plante que l’arrosage lui est surtout utile.
Il semble lui nuire, au contraire, pendant la période de la floraison. En revanche, un ou plusieurs arrosages sont nécessaires entre cette dernière période et celle de la maturité. Ces arrosages ont pour -effet d’empècher la dessiceation trop prompte de la plante. et par conséquent de faire que le grain puisse tirer de la tige, des feuilles et des racines les sucs nécessaires à son complet développement, condition indispensable pour qu'il soit bien nourri.
On y trouve en outre l'avantage qu'après l’enlèvement de la récolte, le sol, encore imprégné d’humidité, se laisse facilement travailler et mettre en état
pour une nouvelle semaille.