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PARTIE 1V, — AGRICULTURE

tous les cas, la première introduction de l'eau, lorsqu’on commence un arrosage, ne devrait jamais avoir lieu dans les instants les plus chauds de la journée. Je sais qu'on ne peut pas loujours l’éviter; mais, dans ce cas, on atténue le mal en débutant par les cultures les moins délicates, comme les plantations, les prairies, les récoltes déjà développées.

Je dois faire iei une observation à l'adresse des agriculteurs du nord, généralement peu au fait de l'irrigation appliquée aux terres : l’arrosage a pour effet de rapprocher les molécules de la terre et de la rendre compacte. C'est surtout le cas pour l’arrosage par submersion, par ruissellement ou par planches. Cette circonstance deviendrait fort nuisible dans la plupart des terres, si l'on n'y remédiait par des binages fréquents et soignés qu'on ne commence, du reste, que lorsque le sol s’est déjà suffisamment ressuyé. Ce serait un fort mauvais calcul que de laisser intacte, sous prétexte qu'elle conserve l'humidité du sol, la croûte dure qui se forme ordinairement à la surface, après l'arrosage. Cette croûte est nuisible, non-seulement parce qu’elle gène la croissance des plantes qu'elle serre et étrangle au collet, mais encore parce qu'elle favorise le desséchement du sol. On sait en effet que le meilleur moyen d'empêcher ce dernier résultat est de maintenir la surface aussi meuble que possible, attendu que la terre meuble est un très mauvais conducteur du calorique, et que d’ailleurs ce n'est qu'en ameublissant la surface qu'on fait proliter le sol des

252 COLONISATION ET AGRICULTURE DE L'ALGÉRIE. rosées et de la fraicheur des nuits ainsi que des courtes pluies qui arrivent de temps à autre en été.

Les binages fréquents sont done plus utiles encore en Aloérie qu'en Europe, soit qu'on arrose ou non.

$ 2. Entretien des travaux d’arrosage,

C'est dans l'entretien des travaux d'arrosage qu'on s'aperçoit de limportance de ce principe : réparer immédiatement toute espèce de dommage, tel petit qu'il soit.

Il est en effet dans la nature de l’eau d’accroitre rapidement et de rendre promptement irremédiables les moindres atteintes qu’elle porte aux ouvrages élevés pour la contenir. Que quelques fissures se déclarent dans une digue, et bientôt elles deviennent crevasses, que l’eau, en passant au travers, élargit promptement jusqu'à ce qu'elle ait détruit la digue. Que quelques commencements d’érosion aient lieu sur le bord d’un canal ou d’une rigole, on est sûr que l'eau s’y portera de préférence, et qu'en peu dé temps il s’y fera des éboulements qui pourront combler une partie du lit et arrêter le cours de l’eau. IT en est de même sur le terrain arrosé, surtout dans l'irrigation par reprise d’eau établie sur des pentes rapides. Si l’eau se creuse quelques petites rigoles sur un point, on est certain qu'elle s’y portera de nouveau lors de chaque arrosage, et que ces petites rigoles deviendront promptement des ravines.

La nécessité d’une surveillance continue et d’une

activité non ralentie est telle, dans les travaux d'irrigation, qu'elle a influé puissamment sur les populalions qui pratiquent l'arrosage, et a imprimé à leur caractère un cachet particulier qu’on retrouve également sous toutes les latitudes, et qui fait souvent contraste avec la manière d’être des populations environnantes. L'habitant de la plaine de Valence, bien loin de participer de cette indolence qu'on reproche aux Espagnols en général, peut ètre considéré comme un des premiers travailleurs du monde, autant pour la qualité que pour la quantité d'ouvrage qu'il effectue dans un temps donné.

Cette influence seule de l'irrigation suffirait déjà pour la faire considérer comme un bienfait pour l'humanité. ;

C'est au printemps, avant la reprise des arrosages, qu'ont lieu les grands travaux de réparation aux barrages, canaux, rigoles, digues, vannes, empellements, partiteurs et surfaces arrosées. Tout doit être examiné, vérifié et mis en parfait état avant la saison. Comme toujours, c’est par les ouvrages de desséchement, par les colateurs, que l’on commence.

Le barrage ne se fait qu’en dernier lieu. Presque toujours, la grande portée d’eau de la rivière ou du ruisseau, à cette époque, permet et mème oblige à ne le rétablir qu'incomplétement dans le début ; ce n’est que plus tard, au fur et à mesure que l’eau diminue, qu'on le termine.

Pendant la saison d'irrigation, chaque orage, cha-

que pluie un peu forte nécessitent des travaux plus ou moins considérables de réparation, travaux qui doivent presque toujours être faits immédiatement, si l’on ne veut pas voir l'arrosage interrompu et l'existence des récoltes compromise.

Chaque fois que l’on enlève une récolte, qu'on laboure, qu’on fume, il y a quelques dommages causés à divers ouvrages. Le sol labouré demande d’ailleurs à être nivelé et de nouveau disposé convenablement pour recevoir l'eau.

J'ai déjà parlé de l’herbe qui pousse dans les canaux et rigoles soit d'arrosage, soit de desséchement. Sous peine de voir la portée d’eau des canaux se réduire promptement à presque rien, et les rigoles devenir impraticables, on devra la détruire aussitôt qu'elle se montrera, de même qu'on devra enlever avee soin tout ce qui pourrait gèner le cours de l'eau.

Enfin, dans les terres argileuses, la sécheresse seule peut, dans l'intervalle de deux arrosages, rendre des canaux, des rigoles impropres au service de-lirrigation, en donnant lieu à la formation de nombreuses crevasses dans lesquelles l'eau se perd sans utilité. I en est de même du terrain à irriguer.

Canaux, rivoles, terrain, sol, tout doit donc être examiné avec soin chaque fois qu'on veut y mettre l’eau.

En automne, lorsque cesse l’arrosage, l'irrigateur fera tous les travaux, prendra toutes les dispositions nécessaires pour prévenir, autant que possible, les dégâts que les grandes eaux pourraient causer aux

PARTIE IV. — AGRICULTURE. 255 ouvrages d'irrigation. Fai déjà dit que dans la plupart des cas, il conviendrait d'enlever le barrage. Quant aux ouvrages de la prise d’eau, on les garantira le mieux qu'on pourra, soit par des clayonnages, soit par une ou plusieurs rangées de pilots, ou par des enrochements, le tout disposé de façon à éloigner le courant du seuil de la prise.

Les colateurs devront être creusés de nouveau, afin de fonctionner avec toute l'efficacité nécessaire, et les vannes de décharge, s’ils en ont, devront être réparées avec SOIN.

Ce n’est pas tout : l'irrigateur devra, pendant tout l'hiver, visiter presque journellement ses travaux d'arrosage; c’est ainsi seulement qu'il pourra parer aux désastres de tous genres qui frappent si souvent les terres riveraines des cours d’eau, dans les contrées où ceux-ci sont sujets à des crues fortes et subites.

Ce court exposé suffira pour faire comprendre ee que nous avons dit du système de culture propre aux terrains arrosés. En présence de ces nombreuses obligations imposées à l'irrigateur, on ne doutera plus de l'impossibilité de faire, dans ces terrains, autre chose que la culture la plus intensive possible; et l'on verra que c’est tout au plus si une famille, représentant l'équivalent de deux travailleurs et demi, pourra suffire à l'exploitation d'un hectare.

Cette circonstance est de nature à consoler un peu de l’exiguité des terrains susceptibles d'arrosage, en Algérie.

Lorsqu'il s'agira d’une irrigation établie par plusieurs intéressés, ou d’une irrigation sur une vasle échelle faite dans la grande culture, il faudra des surveillants spéciaux, des eygadiers, comme on les nomme dans le midi, chargés de la surveillance, de la répartition et de la conduite des eaux, et de la direction de tous les travaux d'entretien, de réparation et d’établissement concernant l’arrosage; même dans des cas assez favorables, il est douteux qu’un eygadier puisse surveiller plus de 25 à 50 hectares, surtout s'il s'agit d'irrigation en commun.

Un mot encore sur un sujet qui rentre également dans ce paragraphe. Le pâturage des moutons, dans les terrains arrosés, n’a aucun inconvénient, pourvu qu'il n'ait lieu qu'après que le sol est bien époutté. Quant aux bêtes bovines et aux chevaux, ils doivent en être exclus d’une manière absolue, même pendant la saison où l’on n’arrose pas, car ils dégradent les risoles et font, en marchant dans les terrains meubles et mous, des trous dans lesquels l’eau séjourne lors de l’arrosage.

Ce n'est pas à dire que ces animaux ne recevront point de vert pendant l'été : un des grands avantages de l'irrigation en Algérie sera précisément de permettre la nourriture au vert du bétail, pendant Ja saison sèche; mais cette nourriture verte, obtenue sur des arrosages, devra être fauchée et donnée à l’étable. Ce sera donc la stabulation, mais seulement pour les trois ou quatre mois de la plus grande chaleur, époque

PARTIE IV, AGRICULTURE, 294 où les herbages non arrosés sont desséchés et ne sauraient plus fournir une nourriture suffisante au gros bétail.

Cette circonstance se joint à celles que j'ai déjà signalées pour accroitre encore ce cachet d’intensivité qu'aura nécessairement la culture des terrains arrosés, en Algérie.

SECTION VIT. — Législation des arrosages. — Règlements pour l'établissement des arrosages par associations.

Ô 1. Législation.

Un fait bien connu, c’est que la France doit lexiguité de ses arrosages en grande partie à la mauvaise législation qui régit cette matière. En lisant, dans le code, les articles qui concernent l'irrigation, de même que tous ceux qui touchent l'agriculture, on s'aperçoit à chaque ligne que si les hommes qui les ont rédigés étaient de savants jurisconsultes, ils étaient en revanche complétement étrangers à l’industrie rurale, C’est par milliards qu'il faudrait compter si lon voulait évaluer les sommes dont cette ignorance de nos lépislateurs a privé le pays. A ceux qui prétendraient que

(1) Qu'il me soit permis de faire remarquer ici que si cs mêmes législateurs, avant de confectionner des lois pour l’agriculture, avaient! pu, comme cela se fait en Allemagne, acquérir quelques notions d'agriculture, soit par des cours institués dans les facultés, soit autrement, ils auraient évité sinon toutes, au moins une partie des fautes grossières que présentent nos lois à cet égard, fautes sous le poids desquelles se débat encore aujourd’hui notre pauvre in-

dustrie rurale.

le génie de la nation y est pour beaucoup plus que les lois, on peut opposer une preuve décisive, l'exemple du royaume Lombard-Vénitien. Des diverses parties qui composent ce pays, le Milanais seul présente de vastes et magnifiques irrigations, tandis que dans le duché de Mantoue et dans l'État de Venise, où toutes les circonstances sont, du reste, les mêmes, mais où règne une législation différente, les travaux de ce senre sont comparativement rares et de peu d'importance.

Je n’ai pas le moins du monde la prétention de tracer ici un code complet des arrosages; mais on me permettra sans doute d'examiner quelques-uns des points les plus importants, d'indiquer les besoins les plus impérieux de la culture et les moyens de les satisfaire. À d’autres le soin de formuler des lois et règleiients qu'ils mettront en harmonie avec le reste de la législation et avec les circonstances de la localité.

Je crois qu'il serait, avant tout, nécessaire de poser comme principe fondamental, que le gouvernement est propriétaire de tous les cours d’eau, grands ou petits (sauf les sources qui appartiennent nécessairement aux possesseurs de la terre où elles surgissent). C’est là le meilleur moyen d'éviter ces difficultés, ces procès sans nombre qui, chez nous, arrêtent si souvent le plus petit essai d'arrosage.

Le gouvernement vendrait, à tout cultivateur qui le lui demanderait, une quantité donnée d’eau dans l’essploi de laquelle il n’interviendrait pas, laissant

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