PARTIE IV, — AGRICULTURE
Aueune n'en retirera plus de profit que Firrigation.
Les règles que j'ai indiquées relativement à la créaüon des fruilières par association (tome HE, p. 567), pourront, à peu de choses près, s'appliquer également aux arrosages ; néanmoins, le sujet est assez important pour que j entre dans quelques détails à cet épard.
Lorsqu'on aura reconnu la possibilité d'établir des arrosages sur un point, le maire, au nom de la commune, si la moitié plus un des habitants le désire, ou les intéressés réunis en association el représentés par des syndics, si ce n'est qu'une fraction du village, adresseront une demande à l’autorité compétente, en indiquant approximalivement le lieu de la prise, la hauteur du barrage, la portée d'eau, la pente et les dimensions du canal, l'étendue des terres à arroser et les ressources qu'on peut appliquer à l'exécution des {ravaux.
Je répéterai ici qu'il serait vivement à désirer que dans chaque commune l'instituteur primaire fût en état d'établir cet avant-projet; mais, à son défaut, on ne manquera pas d'hommes capables de le faire, en Algérie.
La concession obtenue, à titre gratuit ou à titre onéreux, et l'avant-projet régularisé, tant sous le rapport technique que sous le rapport pécuniaire, on établira un parcellaire dans lequel sera spécifiée l'étendue susceplible d'arrosage que possède chacun des intéressés.
Les dépenses sont de deux natures : dépenses d’ar-
gent pour les ouvrages d'art, et dépenses de main-
270 COLONISATION ET AGRICULTURE DE L'ALGÉRIE, d'œuvre el d'attelage pour les travaux de terrassement et autres.
On fera des rôles volontaires pour les premières comme pour les secondes; on y comprendra tous les intéressés entre lesquels on répartira les dépenses de l’une et de l'autre espèce, en proportion de l'étendue de terrain susceptible d'arrosage qu'ils possèdent. On fixera un chiffre pour les journées d'hommes, de femmes, d'enfants, de cheval où de bœuf. Il sera loisible à chacun de payer sa part de travail en nature ou en argent. Ces rôles seront faits par une commission du conseil municipal ou par les:trois syndics qu'aura nommés l'association ; l'autorité sera priée de les déclarer exécutoires.
Le syndic, ou le membre du conseil municipal qui, chaque jour, sera commis à la surveillance des travaux, inscrira le travail fait par chacun des intéressés. Ceux-ci seront avertis plusieurs jours d'avance. Si, deux fois requis, ils ne se présentaient pas, ils seraient remplacés à leurs frais par des journaliers. ;
Une fois les travaux généraüx terminés, chaque intéressé s'occupe des ouvrages qui le concernent, c'est-à-dire du canal de conduite qui devra porter l'eau chez lui et de la mise en état de son terrain.
Les rôles volontaires pour l'établissement du canal servent également plus tard pour la répartition des frais d'entretien et de réparation, aussi longtemps qu'aucun changement n'a lieu dans l'association.
On détermine d’une maniere précise le mode de
PARTIE IV, — AGRICULTURE, 271 distribution des eaux, afin que cette distribution se fasse (oujours avec une entiére équité, A cet effet, on fixe le jour et l'heure de l'ouverture de chaque canal secondaire, et, sur celui-ci, de chaque rigole de conduite, s’il sert à plusieurs intéressés à la fois, de même que le temps pendant lequel les martellières resteront ouvertes.
Un eygadier, nommé par le maire ou par les syndies, sera seul chargé, sous sa responsabilité, de cette distribution, par conséquent de la manœuvre des martellières, comme en général de tout ce qui concerne la surveillance de l’eau et du canal. Il aura le rang et l'autorité d’un garde champêtre, et, comme lui, avant d'entrer en fonction, prètera serment entre les mains du fonctionnaire désigné à cet effet, et aura qualité pour dresser des procès-verbaux.
Autant que possible, on alternera chaque année pour les heures de distribution de l’eau, sur le grand canal comme sur les canaux secondaires, de facon à ce que ceux qui recevaient l'eau de nuit pendant une année la reçoivent de jour l'année suivante, et que les usagers d'un même canal secondaire qui avaient l’eau en premier ne l’aient plus qu'en second, en troisième ou en dernier.
Chaque année, après la clôture et avant la reprise des arrosages, les membres du conseil municipal ou les syndies visiteront les ouvrages, détermineront les travaux à faire, évalueront la dépense, répartiront cette dernière suivant les rôles, et, dans une assemblée
272 COLONISATION ET AGRICULTURE DE L'ALGÉRIE. wénérale, soumettront le tout aux intéressés, en leur faisant connaitre la situation de l’entreprise.
Nous nous sommes bornés à Imdiquer ici les prineipales dispositions d'un règlement d’eau; il sera facile à tout homme intelligent, ayant quelque habitude des actes en général, de formuler ces dispositions d’une manière nette et intelligible pour tous, en leur faisant subir les modifications exigées par les circonstances
locales.