CHAPITRE VII
Plantes cultivées.
On pourrait ranger ces plantes, et en général l’agriculture algérienne, en deux classes bien distinctes : la première comprenant les plantes et la culture des arrosages ; la seconde, les plantes et la culture des terrains non arrosés, que j'appellerai de leur nom espagnol et roussillonnais, seccanos où aspres. Mais comme il n'est pas probable que de longtemps il y ait en Algérie une vaste contrée entièrement arrosée; qu'en revanche, on peut espérer voir partout une portion quelconque du territoire jouir de ce précieux avantage, je confondrai ici ces deux catégories de plantes et ces deux cultures, me réservant d'indiquer à chaque récolte si elle exige ou non des arrosages, quel en est le nombre, l'époque, etc.
Pour être fidèle au cadre adopté dans plusieurs {rai-
PARTIR IV, — AGBRICLETURE: 252 tés d'agriculture, je devrais commencer ée sujet par l'exposé des assolements qui pourront être adoptés en Algérie; mais cet exposé gagnera, je crois, à être placé après la culture des plantes.
Secrion 1, — Céréales et farineur.
Les céréales qui, en France, sont et seront toujours un des plus importants produits de la culture, ne pourront nécessairement être que très secondaires pour les colons algériens. Non-seulement ils ne devront pas songer à en produire pour l'exportation, mais ils pourront laisser aux indigènes, et dans certains eas à l'étranger, le soin de fournir à une grande partie de la consommation des villes maritimes. Ils n'auront donc à en cultiver que la quantité nécessaire pour leur consommation, et tout au plus un excédant de moitié en sus, soit pour les besoins imprévus, soit pour la vente.
( 1. Froment,
J'ai déja indiqué les vices de la culture arabe pour le froment, les résultats qu'ils produisent et les moyens d'y remédier. J'ai de même mentionné les diverses variétés de blé cultivées en Algérie. Fajouterai que de nombreux essais ne laissent plus de doutes sur la possibilité d'y cultiver les blés tendres. Je ne serais mème pas éloigné d'admettre qu'avec les moyens que j'ai indiqués, c'est-à-dire avee des labours profonds et des fumures partout où le sol n'est pas assez riche, on
rendrait les blés du pays moins durs, moins cornés et d’un battage plus facile.
Je crois que les colons feront bien de cultiver une moilié de leurs terres en blés durs du pays et l'autre en blés tendres. Les blés durs donnent un produit aussi élevé que les autres ; leur grain renferme même plus de matière azotée, mais la farine en est bise, et fait, lorsqu'elle est sans mélange, une pâte longue qui lève mal; mêlée avec une quantité égale de farine de blé tendre, elle fournit, au contraire, un pain excellent, plus savoureux et plus substantiel que notre pain ordinaire.
D'ailleurs, cette culture simultanée de blés durs et de blés tendres facilitera les travaux de la moisson ; on commencera par ces derniers et on terminera par les blés durs qui ne risquent pas autant de s’égrener.
Il y aura chance, à la vérité, de voir dégénérer les espèces à grains tendres après quelques années de culture, ce qui nécessitera le renouvellement de la semence:; mais c’est là un inconvénient minime.
Ajoutons qu'il sera essentiel de ne choisir que des variétés qui s'égrènent difficilement , sans quoi les colons risqueraient de perdre, chaque année, une partie de la récolte s'ils ne pouvaient moissonner assez promptement. On sait que les blés fins à barbes, comme la touzelle barbue, le blé du Caucase, le blé hérisson et surtout la saisette d'Arles, ont cette qualité. Ce seraient les variétés qu'on devrait introduire, tandis qu'il faudrait, au contraire, rejeter la plupart des