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PARTIE IV, — AGRICULTURE

Le sorgho, de mème que le mais, peut ètre cultivé exclusivement pour fourrage, surtout en seconde récolle, dans les terrains arrosés.

On cultive aux Indes et aux Antilles une plante qui se rapproche beaucoup du sorgho, et qu'on nomme mil à chandelle et camboul. On assure que cette plante, qui parait ètre le véritable dourah africain, a une végélation très rapide, et que, semée fin de mars, en Algérie, elle pourrait être récoltée dans les derniers jours de juin. Cette circonstance la rendrait précieuse pour l'agriculture algérienne.

Le grain, qui ressemble beaucoup à celui du sorgho,

est préparé de même et employé aux mèôèmes usages. \ 8. Riz.

Parmi les avantages de toute espèce qu'on s'était promis de la conquête d'Alger, 1l faut ranger le produit en riz qu'on espérait en tirer.

J'ai déjà dit que cette plante avait été introduite aux environs de Constantine et paraissait être cultivée par quelques tribus de la plaine du Chéliff; mais lors mème que ces faits n'existeraient pas, il ne saurait y | avoir le moindre doute sur le suecès de la culture du riz en Afrique. La question nest pas là ; elle rest pas davantage dans le plus ou moins de main-d'œuvre qu'exige celle plante : elle sit tout entière dans l'insalubrité dont cette culture est la cause, insalubrité telle que je n'hésite pas à demander que le gouvernement interdise la culture du riz ordinaire dans la colomie.

Je dis le riz ordinaire. On parle en effet depuis fort longtemps d’un riz sec ou riz de montagnes, cultivé en Chine et dans les Philippines, et qui vient, dit-on, dans les terrains secs. Beaucoup d'essais ont été faits, à diverses époques, avec ce riz de montagnes, en France, en Espagne, en Mfalie, mais toujours sans succès. Néanmoins, dans ces dernières années, deux habiles agriculteurs de la Lombardie tentèrent de le cultiver dans des conditions à peu près semblables à celles qu’exige le riz commun. Ils obtinrent un bon résultat, et une plus longue expérience leur apprit que c'était en effet une espèce nouvelle qui mürit un mois plus tôt que l’autre, talle davantage, a la tige plus forte et plus courte, exige un sixième de semence de moins, et enfin, chose importante, peut sinon se passer d’eau, du moinsse passer d'une immersion prolongée etse contenter de simples arrosages, quoique du reste 1l vienne très bien avec la même culture que le riz ordinaire.

D'après des rapports récents, il paraitrait que dans les Philippines, ce riz est réellement cultivé sans arrosage et justifie son nom ; mais l'abondance des rosées, dans ce pays, supplée à cette condition qui serait indispensable en Algérie.

De plusieurs essais faits en 4844 par l'habile directeur de la pépinière d'Alger, M. Hardy, 1l résulterait en effet que si ce riz peut se passer d’une immersion constante dans l’eau, 1l lui faut en revanche des arrosages fréquents. On peut croire que la quantité d'eau indiquée pour les jardins, c'est-à-dire 800 me-

PARTIE IV, — AGRICULTURE. 295 tres cubes par semaine en deux, trois ou quatre arrosages, lui serait indispensable.

Reste à savoir maintenant si cette récolte paierait une valeur aussi élevée que l’arrosage maraïcher, en Algérie. Cette question ne peut être résolue que par l’expérience; mais en admettant le fait comme certain, tout porte à croire que cette culture n'offrirait d'avantage que loin des centres de populations, c’est-à-dire dans les localités où il y aurait impossibilité d’écouler une grande masse de produits maraichers.

On a essayé, du reste, de semer ce riz en automne. J'ignore quel a été le résultat de cette expérience. Si elle réussissait, on aurait résolu un problème d'une haute importance, car il y aurait lieu d'espérer dès lors que ce riz pourrait être cultivé à peu près comme le froment à l’arrosage. Aussi devra-t-on renouveler les essais si les premiers avaient été infructueux. Mais ne düt-on parvenir qu'à une semaille plus précoce, à une semaille faite au commencement de mars au lieu de l'être fin avril, que ce serait déjà un grand point de gagné.

. Ÿ 9. Sarrasin.

Cette plante, originaire des pays chauds, convient à l'Afrique. La rapidité de sa végétation la rendrait mème précieuse aux colons si son grain avait plus de valeur pour la nourriture de l'homme, et si la paille était meilleure pour le bétail. Tel qu'il est, le sarrasin

peul encore être utile, Le grain servira à faire de la

296 COLONISATION ET AGRICULTURE DE L'ALGERIE. semoule et à engraisser le bétail; la paille formera d'excellente litière.

La culture en est la mème que celle du millet, si ce n'est qu'il exige un sol encore plus ameubli, et qu'il ne veut aucune culture pendant sa végétation. La récolte et le battage s'opèrent de la même manière.

\ 10. Fèves.

Les feves de marais sont généralement cultivées par les indigènes et méritent également d’être adoptées par les colons. Ils pourront ÿ joindre la petite fève de cheval ou féverole, moins propre à la nourriture de l’homme, mais plus productive et convenant partieulièrement au bétail.

Les fèves ne se cultivent en Algérie que comme récéolte d'automne. La semaille a lieu d'ordinaire en octobre, avant le blé ; mais on peut la retarder jusqu'en janvier, non toutelois sans éprouver une diminution sur le produit. Elle a lieu en lignes espacées de 0”,60 à 0",70, et on l'effectue soit au semoir, soit derrière la charrue, en répandant la semence dans une raie sur deux; ou encore avec le buttoir, qu'on fait passer une fois avant et une fois après la semaille, ce qui accumule la graine dans les buttes et la met en lignes assez régulières, quoique répandue à la volée.

Quelques binages au printemps sont les seules culiures qu'exige celle plante jusqu'à la récolte qui a lieu en juillet et août.

On coupe à la faucille, avant parfaite maturité, pour

PARTIE 1V, — AGRICULTURE. 297 éviter l'égrenage, et on bat au fléau ou avec deschevaux. Les fanes et tiges, qui dans le nord sont presque tou jours gâlées par la rouille, sont ordinairement en bon état en Algérie, et fournissent une excellente nourriture aux moutons pendant l'hiver.

Avec arrosage, on peut semer Îles fèves jusqu'en mai et juin et dans tout terrain. Sans arrosage il faut nécessairement une terre forte.

Les fèves sont une très bonne préparation pour le blé.

Moulues, elles peuvent entrer dans la composition du pain dont elles augmentent la valeur nutritive et la faculté de se conserver frais.

\ 11. Pois.

Les diverses variétés de pois peuvent toutes se cultiver en Algérie comme récolte d'hiver. On les sème, pour grain, à partir d'octobre jusqu’en février et mars ; et pour fourrage jusqu'en mai. Dans les arrosages on en sème en toutes saisons.

On préfère les pois gris pour fourrage; les jaunes et les verts pour la nourriture de l'homme.

Une terre assez compacte et fraiche, bien fumée ou naturellement riche, un ou deux labours profonds et deux à trois hectolitres de semence répandus à la volée et enfouis à la herse ou à l’extirpateur, telles sont les conditions qu'exige celle plante.

On doit se hâter de récolter aussitôt que les gousses inférieures sont müres, st lon ne veut pas laisser une

bonne partie de la graine dans le champ. La faux et la faucille peuvent être également employées. Une demi-journée de javelage suffit; on charge, sans seeouer, sur des voitures garnies de bâches.

Cette dernière précaution est également nécessaire pour toutes les récoltes qui s’éprènent facilement.

Les pois se vendent beaucoup plus cher que le blé en Algérie, et la paille n°y étant jamais gâtée par les pluies, comme dans le nord, a presque la valeur du foin ; 4,000 kilogrammes de cette paille et 42 hectolitres de grain sont un produit moyen pour un heclare.

Les indigènes cultivent, comme je lai déjà dit, une plante de la même famille, les pois chiches ou garvancos (cicer artetinum) que nos colons feront également bien d'adopter, car cette plante, qu'on sème épalement en octobre, supporte mieux la sécheresse; que les pois ordinaires. Le grain, qu'on récolte un peu

avant sa maturité, pour qu'il cuise mieux, est parti- , 7 >

culièrement propre à faire des purées.

Ÿ 12. Haricots et dolics.

Toutes les variétés de haricots et de dolies réussissent en Algérie ; mais les variétés naines des premiers sont les seules qu'il conviendra de cultiver en plein champ. On les traite comme le maïs, avec lequel on les mélange souvent, sauf qu’on ne les butte pas. Ils donnent par hectare 42 à 45 hectolitres de grain, dont la valeur est presque double de celle du blé.

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