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Navets

Les navets, plante du Nord, peuvent néanmoins, orâce à la rapidité de leur croissance, être cultivés avec avantage en Algérie, mais dans une seule saison, en hiver, Soit qu'on les sème dès les premières pluies

PARTIE IV, == AGRICULTURE. 415 d'automne, en septembre et octobre, ou en janvier et février, on est toujours obligé de les arracher au commencement d'avril, car ils montent à graine dans le courant de ce mois. La semaille en septembre et octobre, permettant l’arrachage en décembre et janvier, est la plus avantageuse, car à cette époque les grandes pluies empêchent souvent le pâturage et forcent le cultivateur à nourrir son bétail à l’étable; et quoiqu'il soit alors facile de se procurer de l'herbe fraiche, fauchée dans les bons prés, un supplément de nourriture en racines ne sera pas à dédaigner.

Une terre légère, bien fumée et profondément labourée, est celle qui leur convient le mieux.

La semaille à la volée et les hersages peuvent remplacer parfaitement la semaille en lignes et les façons à la main. Sous ce rapport, cette plante est bien appropriée aux circonstances de la culture algérienne.

Ÿ 6. Moyen d'obtenir de bonnes semences.

Les colons trouveront de l'avantage à produire euxmêmes les semences des trois plantes que je viens de mentionner. Je ne doute même pas que, par ce moyen, ils n'obtiennent des variétés mieux appropriées que les nôtres au climat de l'Algérie.

Pour avoir des semences, on peut se borner à laisser quelques racines dans le sol, à l’époque où elles - montent à graines; mais des cultivateurs habiles assurent quil est préférable de suivre la méthode francaise, d'arracher les racines et de les conserver dans

316 COLONISATION ET AGRICULTURE DE L'ALGÉRIE. un lieu convenable, pour les replanter ensuite en mars. La graine mürit alors en juin et juillet.

Ÿ 7. Batates.

La batate qui, de l'Inde, sa patrie, a été importée dans le nouveau-monde, où elle s’est propagée presque aulant que la pomme de terre en Europe, n'est encore cultivée en Algérie que par des amateurs et par quelques jardiniers espagnols. Elle mérite, sous beaucoup de rapports, d’être plus répandue, et 1l est à désirer que les colons se mettent promptement au fait de sa culture, qui, en Algérie, n’est pas aussi compliquée qu'en France. Ajoutons cependant que, mème loin des villes, la batate ne sera jamais qu'une plante potagère, cultivée en petit pour la nourriture des hommes et non pour celle du bétail.

Une terre meuble, mais substantielle et fraiche, est la seule qui lui convienne. L’arrosage, sans être indispensable, est cependant nécessaire pour obtenir un bon produit, même lorsqu'on plante de bonne heure, à plus forte raison dans les plantations tardives.

La méthode qui me semblerait convenir le mieux en Algérie est la suivante, imitée, sauf l’époque, de celle usitée en grand aux Etats-Unis d'Amérique.

Dans le courant de janvier et à bonne exposition au nidi, on fait avec du fumier de cheval une couche de 0",50 d'épaisseur, qu'on recouvre de 0",08 de terre; on y place les batates, sur lesquelles on répand 0",40 à 0,42 de nouvelle terre. Lorsque les jets que pro-

PARTIE IV. — AGRICULTURE, 317 duisent ces tubercules ont atteint 0,08 au-dessus du sol, on les détache avec la main et on les transplante dans le terrain qui leur est destiné, en laissant un œil dedans et un œil dehors, et leur conservant une ou deux feuilles terminales. Si le temps est sec, on arrose; s’il est froid, on couvre les boutures ainsi que les batates-mères, pendant huit ou quinze jours, avec des pots ou avec trois petites branches plantées obliquement, et sur lesquelles on répand de l'herbe ou de la paille. On met ces boutures à 0°,50 les unes des autres dans les lignes, et celles-ci à À mètre de distance.

Quand on arrose, la meilleure disposition à donner au terrain dans lequel on met en place est celle en ados faits, comme je l'ai déjà dit, avec le buttoir et légèrement aplatis au moyen du rouleau. Cest sur ces ados qu'on plante les jets obtenus des batates-mères sur couche.

Quand la couche est bien faite et convenablement abritée, les premiers jets peuvent être enlevés un mois après qu'on y a mis les tubercules, et ceux-ci donneront un peu plus tard une seconde et une troisième pousse de jets qui seront encore bons à planter jusque fin de mars.

Quatre litres de batates plantées sur une couche de 40 à 50 décimètres carrés de surface peuvent donner une succession de jets dont le produit ira souvent jusqu'à À7 hectolitres.

Quand on a peu de batates, on les met en terre dès le mois de décembre. Les jets qu'on en obtient en jan-

vier et février, au lieu d’être mis en place, sont plantés également sur couche où ils produisent un grand nombre de drageons avec lesquels on garnit le terrain destiné à cette culture. \

Des binages et des sarclages sont nécessaires chaque fois que le sol se durcit ou se salit; et dans les terres sèches, il faut arroser en mai, juin et juillet, dès qu'on voit les feuilles se flétrir.

On récolte en juillet et août, en ayant grand soin de ne pas endommager les tubercules, car tous ceux qui ont une lésion quelconque pourrissent promptement. On consomme ceux-ci immédiatement de même que les plus gros, et on ne garde que les moyens et les petits.

Jusqu'ici on n'a pas encore trouvé un mode simple et peu coûteux de conservation. Exposées à l'air ou entassées, lés batates pourrissent au bout de deux mois. La méthode la plus ordinaire est de les stratifier dans des caisses avec du sable sec; mais ce n’est praticable que pour les petites quantités. On m'a dit, à Alger, en avoir conservé dans des silos faits en terre : sèche sous des hangars, en les stratifiant avec des balles de grain et en ayant soin de garnir le fond et les côtés d’une couche de paille.

Cette difficulté de conservation empêchera toujours que, même en Algérie, la batate se répande autant que la pomme de terre. Elle n’entrera pour une part importante dans l'alimentation que pendant les deuxou trois mois qui suivront la récolte, et on se bornera à

PARTIE IV, +7 AGRICULTURE. 319 conserver la quantité nécessaire pour la reproduction jusqu'à ce qu’on trouve un meilleur procédé.

On prépare les batates de la même manière que les pornmes de terre. Du reste, comme la graine mürit tous les ans à Alger, on finira par obtenir peut-être des variétés plus propres que celles connues au climat de notre colonie.

Parmi ces dernières, les plus estimées, dans le midi, sont la rose de Malaga, la blanche de l'Ile-de-France, et la batate igname.

Quant au souchet comestible (cyperus esculentus), qui croit spontanément dans les terres humides de l’Andalousie et qu'on y cultive dans plusieurs localités, 11 ne pourra jamais acquérir de l'importance en Algérie, mais il offrira quelque intérêt pour la consommation locale.

Cette plante porte au milieu de ses racines de petits tubereules d’une nature analogue à celle des amandes, dont on peut faire de l'huile, mais qui, à cause de leur saveur particulière, sont presque toujours mangés tels quels, et plus souvent encore employés à la confection d’un orgeat très estimé en Espagne.

On multiplie cette plante au moyen de ces mêmes tubercules qu’on enfouit à une petite profondeur, en février ou mars, dans uneterre humide ou arrosable. Quelques cultures données de temps à autre contribuent à augmenter le nombre et le volume des tubercules, en tenant le sol meuble autour du pied ; l’arrachage a lieu en juillet et août.

L'emploi de ces tubereules à la préparation de l'orgeat se fait comme pour les amandes.

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