PARTIE IV. — AGRICULTURE
répandue dans nos départements méridionaux où elle remplace en partie la pomme de terre. Du moins elle entre pour une part considérable dans Palimentation d'été du paysan provençal et languedocien. Ce fait suffit pour faire son éloge. Il prouve autant en faveur du produit commealiment, malgré la famille très suspecte à laquelle appartient cette plante, que pour la simplicité et la facilité de sa culture.
Cependant, en Provence, on est obligé de semer sur couches. Ce n'est nécessaire en Algérie que lorsqu'on sème de très bonne heure, en décembre et commencement de janvier.
On en cultive plusieurs variétés ; les plus répandues sont la grosse aubergine et l'aubergine violette, moins productive, mais plus délicate que l’autre.
Onsème, d'ordinaire, dans le courant de février, en pépinière, sur des ados exposés au midi et bien abrités du nord et de l’ouest. Lorsqu'on craint une gelée blanche pour la nuit, on répand un peu de litière sur le sol. Vers la fin de mars et en avril, on transplante sur les ados disposés pour l'irrigation, car cette plante exige impérieusement des arrosages. Mais hâtons-nous d'ajouter que deux ares de terre peuvent suffire à lalimentation d’une famille, à partir de mai jusqu’en octobre. Les plants se mettent à 0",40 dans les lignes, et celles-ci sont espacées de 0,70,
Quand on cultive l’aubergine dans le potager, on peut la transplanter souvent dans un terrain déjà oc- ‘cupé par d’autres légumes dont la récolte est prochaine.
Parvenu à maturité, le fruit est à peu près eylindrique, d'environ 0",20 de longueur sur 0",08 de diamètre. À partir de mai, les plantes sont constamment chargées de fleurs, de fruits non murs et de fruits bons à cueilhr.
Quoique renfermant beaucoup d’eau, les auberptnes ne laissent pas que d’être assez nutritives.
Leur préparation est fort simple : on les coupe en deux parties sur la longueur ; on enlève une portion du milieu qu'on remplace par une farce composée de mie de pain, d'huile, de sel et de poivre, et on les fait cuire sur le gril ou entre deux plats. On les mange encore coupées par tranches et frites.
J'entre dans ces détails parce qu'ils sont inconnus aux cultivateurs du nord.
\ 10. Piment.
On en cultive une assez grande quantité dans nos départements du midi, mais seulement de quelques variétés à fruits moyens et petits, plus propres à con. lire et à servir d’assaisonnement qu’à être consommés comme mets. Les colons feront bien de cultiver également ces variétés et d’autres plus épicées encore, attendu que ce fruit a des propriétés toniques et stimulantes utiles dans les pays chauds ; mais ils devront y ajouter les variétés plus grosses, plus douces et plus productives, telles que le gros piment doux d'Espaone, dont le rendement est énorme dans les terres et les situations propices, el qui, accommodé comme les”
PARTIE 1V, — AGRICULTURE. 325 imélongènes où euit à la brochette comme cela se fait dans le midi, est un aliment sain et agréable.
Le piment exige la mème culture, les mêmes soms et les mêmes conditions que l'aubergine. Seulement, il ne craint pas, comme celle-ci, lombrage des arbres; aussi devra-t-on lui consacrer de préférence les terrains complantés.
Il est encore beaucoup d’autres plantes alimentaires qui pourront entrer dans la culture algérienne, mais elles sont plus spécialement du domaine du jardinage et n'offrent, par cette raison, qu'un intérétsecondaire. Je me bornerai done à celles qui viennent d’être mdiquées. Elles suffiront largement pour procurer aux colons une nourriture abondante, variée, saine et agréable.
Je passe maintenant à l’importante division des plantes servant exclusivement à la nourriture du bétail.
SECTION IIL. — Herbages naturels.
\ 1. Facilité d’en créer. — Avantages qui en résultent.
J'ai déjà parlé, à plusieurs reprises, des herbages naturels. Je n'aurai plus ici que quelques mots à dire sur ces natures de fonds d’un si haut intérêt pour l'Algérie.
Un des plus grands avantages qu'offrent la plupart des terres de ce pays, c'est de se couvrir spontanément d'herbe dès qu'on cesse de les cultiver. Dans les plaines , dans le fond des vallées, au bas des coteaux, on
voit se former alors de riches prairies dont la luxuriante végétation étonne même les agriculteurs venus des contrées les plus fertiles de l'Europe. Mais même dans des situations moins favorables, sur des pentes, sur des plateaux et jusque sur les sommets arrondis des collines, grâce à la douceur et à l'humidité des hivers, on trouve, pendant toute cette saison et jusqu'aux premières chaleurs, une herbe abondante et fournie.
Cette circonstance doit être considérée comme extrémement importante, car elle facilite considérablement la tenue du bétail. Elle rendrait même superflue la culture des fourrages artificiels, si la sécheresse n’arrêtait toute végétation dans ces herbages, à partir de juillet jusqu’en octobre.
Ajoutons cependant que le seul perfectionnement apporté à la culture indigène par la récolte des foins suffirait au besoin pour remplir les principales conditions de la tenue d’un bétail nombreux. Et si l'on veut bien remarquer que c'est dans presque toutes les terres abandonnées quelque temps à elles-mêmes, après avoir été cultivées, qu’on peut obtenir ce foin, qui, par conséquent, n’est pas grevé, comme chez nous, de l'intérêt des quatre ou cinq mille francs que vaut l’hectare de prairie, et se rappeler que, grâce au climat, la fenaison est toujours facile, prompte et peu coûteuse ; que l'époque de ces travaux, au lieu d’être restreinte à quinze jours, s'étend, sur beaucoup de points, à plus de deux mois, par suite des différences
PARTIE IV, — AGRICULTURE, 327 de maturité entre les prairies sèches et les prairies humides, on restera convaincu des grands et réels avantages que présente l'Afrique pour la tenue du bétail.
Que l'industrie de nos colons vienne combler encore quelques lacunes que laisse la nature dans la production siabondante des fourrages en Algérie, tant par la culture des prairies artificielles et des récoltesracines que par l'amélioration et surtout par l'arrosage des prairies naturelles, et toutes les conditions seront remplies pour l'élève, la tenue et le perfectionnement graduel d’un bétail nombreux et choisi.
J'ai déjà parlé, à l’article des défrichements, des premiers travaux d'amélioration qu'exigeront les prairies naturelles. J'ai également traité des irrigations appliquées soit aux terres, soit aux herbages.
Il me reste maintenant à indiquer la création de ces derniers, leur mode d'exploitation et la récolte de leur produit; puis je passerai à la culture des fourrages arüliciels.
\ 2. Divers genres d’herbages. — Création et entretien.
La division des herbages naturels en prairies, c’està-dire en herbages fauchables, et en pâturages, e’est-àdire en herbages à pâturer, n’est pas applicable à P'AIgérle où, comme je viens de le dire, même les terres légères et placées dans des situations sèches produisent au printemps une herbe abondante et fauchable, grâce à la douceur et à humidité de l'hiver; où, d'ailleurs, même les prairies placées dans des situations humides
seront pèturées à certaines époques. Mais je crois que partout, excepté dans la zone jardinière des environs immédiats des grandes villes, il ÿ aura de l'avantage à avoir certains herbages qui resteront toujours tels, et certains autres qui ne seront que temporaires.
Lesherbages permanents seront nécessairement ceux situés dans le fond des vallées, sur le bord des cours d'eau, dans les situations enfin où non-seulement il existe une humidité suffisante et même excédante, mais où il y a danger d'inondation. Ce ne sera que lorsque ce dernier obstacle n'existera plus et que la surabondance d'humidité aura disparu devant les travaux d'assainissement qu'on pourra, s’il y a convenance, faire rentrer ces herbages dans la classe des prairies alternes.
Celles-ci ne sont aulre chose que des terres qui, après avoir porté un cerlain nombre de récoltes, ont été transformées en prairies pour un temps plus ou moins long, pendant lequel on les utilise comme Îles autres herbages, après quoi on les rompt pour les soumettre de nouveau à la culture arable.
J'ai déjà dit que cette transformation s’opérait par le simple repos, La même chose a lieu partout ailleurs, mais en général d'une manière moins complète qu'en Algérie, soit parce que le sol de cette der-nière contrée est particulièrement herbu, soit, ce qui est plus probable, parce que ses hivers doux et pluvieux favorisent la pousse de lherbe plus que ne peut le faire l'humidité irrépuliere de nos étés. Tou-
PARTIE IV, — AGRICULTURE, 329 jours est-il que presque tous les terrains cultivés de l'Algérie se couvrent d’une herbe abondante, dès le premuer hiver qu'ils restent en repos.
Il est cependant des terrains dans lesquels cette vé gsélation spontanée n'offre qu'un fourrage de médiocre qualité pour les bestiaux. Jai cru remarquer que c'étail principalement le cas pour certaines terres fortement calcaires. Nul doute que cette végétation ne s’améliore par la suite; mais comme il importe d'avoir le plus promptement possible un produit abondant et de bonne qualité, il y aura de l'avantage à répandre en automne des graines de plantes fourragères dans les terres de cette nature qu'on voudra laisser en herbages.
Dans tous les ouvrages d'agriculture, on indique les mélanges de plantes les plus propres à composer les herbages dans les diverses natures de sol; mais, méme en France, on suit rarement ces indications, si ce n’est pour des pelouses de parcs et des gazons de jardins, parce que la graine de beaucoup de ces plantes est fort chère. Aussi ne recommanderai-je aucune de ces recettes. Je me bornerai à conseiller la semaille de quelques graines qui, comme celle du trèfle blane, du trèfle inearnat, de la lupuline, et celle encore du raygrass commun et du fromental, sont à un prix peu élevé. Le trèfle incarnat et la lupuline ne sont, à la vérité, qu'annuels ; mais oulre qu'il y a toujours un certain nombre de pieds qui se reproduisent dans les
années suivantes, il suffit au besoin d'assurer le pro-
duit de la première année. A la seconde, la végétation spontanée aura déjà pris assez de développement pour couvrir parfaitement le sol. D'ailleurs, on pourra toujours mêler à ces deux plantes le trèfle blanc et le raygrass qui sont vivaces.
J'ai dit qu'il serait utile que les colons fissent alterner, dans la plupart de leurs terres, la culture avec la mise en herbages. Outre les avantages généraux qui en résulteront pour la culture tout entière, ils y trouveront encore celui d'obtenir ainsi des herbages placés dans des situations sèches, ce qui est très important pour le bétail en hiver, car dans cette saison les bords des cours d’eau et les fonds de vallées, même après les travaux d'assainissement, seront toujours très humides.
A ce que j'ai dit sur l'irrigation j'ajouterai que les arrosages d'hiver, qui sont à peu près inutiles aux terres arables, attendu qu’à cette époque le sol est déjà saturé d'humidité, sont fort bons pour les herbages toutes les fois que l'eau qu’on emploie charrie du limon en certaine quantité.
Je rappellerai également qu'il est essentiel d’interdire le pâturage dans les prairies irriguées aussi longtemps que dure l’arrosage, et en général que le sol est humide. C’est autant dans l'intérêt du bétail que dans l'intérêt de la prairie.
On a, dans la Lombardie, des espèces de prairies que l’on appelle prati a marcita, qui sont les prairies d'hiver. On les fauche dans celle saison dès que l'herbe
PARTIE IV, — AGRICULTURE. 331 a atteint 0%,45 à 0,20 de hauteur, c’est-à-dire presque tous les mois. Le produit en est consommé en vert par les vaches dont le lait sert à faire le fromage dit de Parmesan. Cette végétation hivernale n’est obtenue, sous le climat assez rude de la Lombardie, qu'au moyen d’une abondante irrigation qui protége l'herbe contre les effets du froid et procure aux plantes le degré de chaleur nécessaire pour croitre.
On peut dire que grâce à la douceur des hivers de l'Algérie tous les herbages sont des prairies d'hiver ; mais l’arrosage contribuera encore à en augmenter le produit et surtout à le rendre plus précoce, et dans les situations élevées, par conséquent plus froides, il pourra rendre à peu près les mêmes services qu’en Lombardie.
Du reste, la fauchaison de l'herbe pendant la mauvaise saison, pour être donnée en vert au bétail, à l’étable, pourra bien avoir lieu exceptionnellement lorsque des pluies froides et tenaces empêcheront de conduire les animaux au pâturage et qu'il y aura pénurie de fourrages secs et de racines; mais ce ne sera que dans un avenir fort éloigné, je pense, qu'elle pourra devenir pratique usuelle, et encore seulement pour certaines localités.
En revanche, l'établissement de marcite d'été, c'està-dire de prairies arrosées pendant toute cette saison, le fauchage réitéré et la consommation en vert de l'herbe qu'on en obtiendra, seront d'un inappréeiable avantage en Afrique, car les trois meis de juillet, août
el septembre y sont, pour la pénurie des fourrages frais, équivalent de notre hiver; et comme la chaleur qui règne à cette époque rend les aliments verts plus nécessaires que jamais au bétail, l’arrosage d'été devra être principalement consacré à la production des fourrages, soit naturels, soit artificiels, partout où on ne pourrait l'appliquer fructueusement à la culture maraichère. J'at entendu parler d'herbages bien arrosés qu'on avait pu faucher tous les quinze jours, pendant l'été, et qui avaient donné ainsi des produits qui sembleraient fabuleux pour la France, mais qu'on s explique facilement par l'effet extraordinaire de l’eau jointe à une grande chaleur.
La fumure des prairies est une opération assez répandue en France ; mais comme tous les herbages, même ceux qui sont irrigués, seront pâlurés, au moins une partie de l’année, soit par toute espèce de bétail, soit par les moutons seuls (si l’on a peur que les gros animaux ne détériorent le gazon par leurs pieds), et que le bétail engraisse les lieux où il pâture, je ne pense pas qu'il soit nécessaire de fumer les prairies. Je n'excepterai que celles qui sont arrosées loule l'année, fauchées trois, quatre fois et plus, et jamais pàturées. Ces prairies pourront être fumées par les moyens indiqués plus haut. J'excepterai également les herbages qu'on aurait établis sur des terrains épuisés. En thèse générale c’est une faute, et jamais on ne doit altendre qu'un champ soit appauvri par la culture
pour le mettre en herbage ; mais on sera parfois obligé
de commettre celle faute, surtout dans le début, et on ne pourra l'atténuer qu'en fumant après coup soit avec du purin, soit avec des engrais pulvérulents, ou mème avec du fumier ordinaire.
\ 3. Fenaison.
Rien n'est simple comme la fenaison en Algérie. Si beaucoup de colons la pratiquent avec toutes les complications qu'elle nécessite en France et prennent, par exemple, cinq et six faneurs pour un faucheur, cela tient à celte absurde tendance, non-seulement des agriculteurs, mais de tous les hommes en général, à marcher dans la vieille ornière, lors même que les circonstances sont changées. Il a fallu que la pauvreté de quelques colons les empèchât de recourir à ces bras inutiles pour leur prouver que non-seulement ces fanages réilérés n'étaient pas nécessaires, mais qu'ils étaient mème nuisibles. En effet, si la pluie n'est pas à craindre en Algérie, en revanche le soleil est fort à redouter, et lorsque la dessiccation a été trop complète, le foin n’a plus d’arome ; il est cassant, ligneux ; il a perdu une portion de sa valeur.
D'après ce que j'ai vu et ce que j'ai entendu dire, je crois que la meilleure méthode serait de laisser les andains tels quels jusqu'au lendemain après que la rosée a disparu, el alors de les retourner une, deux ou trois fois, suivant qu'ils sont plus ou moins épais, puis de les rassembler, avant la nuit, en tas moyens (de un mètre et demi de hauteur et autant de dia-
331 COLONISATION ET AGRICULTURE DE L'ALGÉRIE. mètre), qu'on rentrerait le lendemain dans l'après midi après les avoir entr'ouverts, ou les jours suivants.
Pour que le foin soit bon, il faut que, quoiquesee, il ait encore assez d'humidité, lorsqu'on le rentre, pour que, étant mis en gros {as, 1l s’'échauffe modérément, qu'il sue, comme disent nos cultivateurs. Cet échauffement spontané, d'où résulte, en effet, une espèce de transpiration, un dégagement de vapeurs aqueuses, non-seulement n'est pas nuisible, mais est même indispensable pour donner au foin cette flexibilité, cette nuance verte et l’arome particulier qui distinguent les bons foins.
J'ajouterai qu'on peut améliorer beaucoup les foins des prairies marécageuses en les entassant, tandis qu'ils ne sont encore qu'à moitié secs, et en les laissant s’échauffer etsuer pendant un ou deux jours. On défait le tas si la chaleur devient trop forte, sinon on le laisse ; l'échauffement cesse, et le foin a pris alors et conserve un arome, un goût et une nuance qui en
augmentent beaucoup la valeur.
Ÿ 4. Conservation du foin.
Les fenils sont inutiles en Afrique : la constance du beau temps, à partir de l’époque où on rentre les foins jusqu'en automne, permet au cultivateur de confectionner des meules tout à son aise et d’y adapter les dispositions nécessaires pour les garantir des pluies de l'hiver.
S'il les fait allongées, elles devront être dirigées du
PARTIE IV, — AGRICULTURE, 335 nord-ouest au sud-est, de manière à présenter les faces étroites à ces deux expositions ; s'il les fait rondes, il les penchera un peu du côté du nord-ouest pour combattre l'effet du vent violent qui souffle de ce côté pendant une partie de l'hiver. Dans les deux cas, il fera la base plus étroite que la partie moyenne ; autrement dit, il donnera du ventre à la meule.
Si le sol sur lequel il asseoit celle-ci n’est pas parfaitement sec, il l’exhaussera de quelques décimètres de terre, ou, mieux encore, il y placera une couche de fagots.
Il importe beaucoup, pour la bonne confection des meules, que le foin soit parfaitement tassé et le soit partout uniformément ; mais la partie capitale, c’est la couverture : on fera bien de létablir lorsque la meule se sera {assée, c’est-à-dire quelques mois après son établissement. Cette couverture doit être faite, au moins pour le sommet et pour le côté qui regarde l'ouest et le nord-ouest, en paille longue ou en jones, roseaux et autres plantes des marécages, et d’une manière analogue à celle qu’on emploie pour les couvertures en chaume. C'est nécessaire pour que la meule ne soit pas percée par les pluies hivernales.
J'ai à peine besoin d'ajouter qu'on ne doit l’entamer que du côté opposé au vent dominant.
SECTION IV. — Fourrages artificiels.
Malgré l'étendue des herbages naturels et la facilité d'en créer de nouveaux, les prairies arllicielles ne
seront pas, tant s'en faut, dénuées d'importance pour les colons algériens. Qu'on les cultive avee ou sans arrosages, il arrivera, sinon toujours, du moins fréquemment, qu'elles donneront plus que les herbages naturels.
\ 1. Luzerne.
Le grand nombre d’especes de luzernes qui croissent spontanément en Algérie prouverait assez, à défaut même de l'expérience, que cette plante doit parfaitement y réussir. Les essais nombreux tentés par les colons ne laissent, du reste, plus le moindre doute à cet égard.
Cependant la luzerne n’a encore figuré que sur de pelits espaces dans la culture algérienne. Ce sont principalement des jardiniers des environs des villes qui en ont semé quelques ares (dans des terres arrosables), pour en vendre le produit en vert; mais nulle part on n'a établi de vastes luzernières.
Cela tient sans doute, d’une part, à cetfe facilité d'avoir des herbages naturels, et à ce que les terrains arrosés sont encore rares en Algérie; d’une autre, à ce que la luzerne donne infiniment moins dans les terres non arrosée; que dans les terres arrosées.
On a essayé, aux environs de Bône, de la cultiver dans des terrains frais et riches; mais là cette plante est étouffée par l'abondante végétation des graminées.
Malgré l’exiguité du produit de la luzerne dans les seccanos, comparé à ce qu'elle donne dans les arro-