‹ Colonisation et agriculture de l'AlgérieChapitre 86 sur 141 · PARTIE IV. — AGRICULTURE · texte numérisé non relu

PARTIE IV. — AGRICULTURE

peu d'eau comparativement aux autres méthodes.

On peut commencer l'arrosage dès le mois d'avril; mais c'est dans les quatre mois suivants qu'on lapplique le plus fréquemment, Si lon peut alors arroser tous les cinq ou six jours, on peut compter sur une coupe pleine par mois ; mais comme il est avantageux de faire consommer cette luzerne en vert, et que le bétail la préfère jeune, on fait une coupe tous les quinze jours.

. 2. Sainfoin.

Cette plante ne réussit pas moins bien en Algérie que la luzerne, mais elle n'offre pas les mêmes avantages. A la vérité, elle vient bien dans les terres pierreuses, sèches, pourvu qu'elles soient calcaires ; or, on sait que cette dernière nature de sols est fort répandue sur le territoire de l'Algérie; mais son produit est bien moindre que celui de la luzerne. On ne peut que difficilement en obtenir plusieurs coupes, par conséquent la faire consommer en vert. Saisie par la sécheresse, elle fleurit et grène immédiatement. Les seuls avantages qu'elle offre sur les herbages naturels sont de donner un produit plus considérable et de meilleure qualité, et un pâturage abondant et sain en automne et en hiver. Ajoutons néanmoins qu'il y a souvent danger à faire pâturer le sainfoin par les moutons. parce que ces animaux rongent la plante de trop près et endommagent le collet, ce qui nuit à la repousse.”

On sait, du reste, que le sainfoin donne un des meilleurs fourrages secs qui existent, et que la graine

qu'il produit en grande quantité, quand on retarde la coupe, est mangée avec plaisir par les chevaux.

La plante la plus répaudue dans les herbages naturels d'une grande partie de l'Algerie est une espèce de sainfoin que je crois être le sainfoin d’Espagne (hedysarum coronarium). Cette plante donnant un produit tres abondant et d'excellente qualité, pourrait être cultivée avec avantage partout où elle ne vient pas spontanément. Elle parait mieux résister à la sécheresse que le sainfoin ordinaire ; je ne doute pas qu'on ne puisse la perfectionner encore par la culture.

\ 3. Trèfles.

Notre trèfle ordinaire, déjà peu avantageux dans le midi de la France, me paraitrait devoir l'être bien moins encore en Algérie. On pourra faire des essais, mais je doute qu'on en soit content. On pourra le semer, comme la luzerne, en octobre et novembre, dans une céréale; mais il est fort à craindre qu’il ne résiste pas à l'été, excepté dans quelques terrains compactes et très frais, qu'on utilisera néanmoins beaucoup mieux comme herbages permanents que comme terres arables.

Quant au trèfle d'Alexandrie, quoique originaire de l'Egypte et cultivé en grande quantité dans ce pays, il parait également exiger de la fraicheur dans le sol, ou mieux encore l'arrosage. C’est ce qui semblerait du moins résulter des essais faits en France. Disons.

PARTIE IV, — AGRICULTURE. 341 néanmoins, que la rapidité de sa végétation est un avantage réel.

On fera donc bien de l'essayer également en le semant en automne, soit seul, soit dans une céréale.

Le trèfle incarnat est déjà cultivé en Afrique, et tous ceux qui l'ont essayé n'ont eu qu'à s'en applaudir. Semé seul, en automne, après une céréale récoltée dans l’année et sans autre préparation qu'un fort hersage donné au sol, 1! fournit dès le mois de novembre un abondant pâturage jusqu'en février, époque où on le laisse monter pour en obtenir une coupe en mars. Si l’on a soin de labourer immédiatement apres, on pourra le faire suivre d’une semaille de maïs ou de haricots. 4

I sera surtout précieux pour les colons qui manqueraient d’herbages naturels et seraient pressés de se procurer de la nourriture pour leurs bestiaux, par conséquent dans toutes les localités à makis. Ce trèfle réussit presque toujours sur un premier défrichement.

Le fourrage du trèfle incarnat n'est pas très recherché des animaux lorsqu'il est sec. Cependant, en le coupant de bonne heure, c'est-à-dire au commencement de la floraison, on obtient un produit meilleur. Du reste, les bestiaux de l'Algérie n’en sont pas encore arrivés à être de la délicatesse des nôtres, pour la nourriture.

J'ai déjà mentionné le trèfle blanc et la lupuline. Je doute que leur culture offre de l'avantage, en Algérie, dans d'autres cas que celui que j'ai signalé. *

342 COLONISATION ET AGRICULTURE DE L'ALGÉRIE. \ 4. Chicorée sauvage.

Cette plante me semble pouvoir devenir précieuse pour l'Algérie, non-seulement à cause de la qualité de son fourrage, qualité que les Arabes apprécient parlaitement, car ils [ui donnent le nom d’herbe au lait, mais encore et surtout par la faculté remarquable quelle possède de résister à la sécheresse. Je l’ai souvent trouvée verdoyante dans des terrains où tous les autres végétaux autour d'elle étaient desséchés, et ce qu'on m'en a dit est venu confirmer ce fait.

Il est quelques animaux qui, dans le début, la mangent avec répugnance ; mais ils ne {ardent pas à sy faire et s'en trouvent parfaitement bien, car c’est un des fourrages les plus salutaires que nous ayons.

Quoiqu'on puisse la mettre dans une céréale, comme les autres fourrages artificiels, la meilleure méthode de la cultiver, en Algérie, est de la semer seule, en automne, dans un terrain frais, profondément la bouré au printemps, et qu’on n’a plus qu'à herser un peu avant et après la semaille.

On met 42 à 45 kilogrammes de graine sur un hectare.

Elle fournit une coupe dès le commencement d’avril suivant; on en obtient une seconde en mai, et presque foujours une froisième en juillet. Cette dernicre est extrémement précieuse et suffirait seule pour justilier ce que j'ai dit de cette plante. Une quatrième

esCencpre obtenue peu après les premières pluies d'au-

PARTIE 1V, — AGRICULTURE. 343 tomne, à une époque où aucun autre fourrage ne saurait être récolté, et où les tiges et les feuilles desséchées des graminées et autres plantes fourragères, pourrissant sur place, empêchent les bestiaux de pâturer les nouvelles pousses aussitôt qu'ils le pourraient sans cela.

Toute espèce de bétail, même les porcs et les chevaux, mangent la chicorée. De même que les carottes, elle convient particulièrement aux juments qui allaitent. ;

J'ai à peine besoin d'ajouter que cette plante est toujours consommée en vert et qu'elle dure einq ou siX ans.,

1 \ 5. Jarosses.

Une plante très cultivée dans tout le midi pour fourrage et qui, par cette raison, semble devoir convenir à l'Afrique, c'est la jarosse ou gesse-chiche (lathyrus cicera) qu'on sème également pendant fout l'hiver, seule ou en mélange avec d’autres légumineuses et des céréales. Elle réussit particulièrement dans les terres crayeuses el en général calcaires, et donne un fourrage précieux quoique fort échauffant. La graine ne peut être consommée ni par les hommes ni par les animaux, car elle a des propriétés très malfaisantes.

Parmi le petit nombre de plantes fourragères indigènes, j'aurais dû menlionner le fenu grec. Cette plante, qu’on cultiveen certaine quantité en Égypte et qu'on sème en automne, nest remarquable que sous

un seul rapport : elle renferme dans toutes ses parties

une substance aromatique qui est surtout très développée dans la graine. Les animaux qui n'y sont pas habitués la rebutent à cause de cela, dans les commencements ; mais il paraitrait que, soit en see, soit en vert, le fenu grec donné comme accessoire, serait très salutaire pour les chevaux et les moutons par suite de ses propriétés toniques. Les colons feront, je erois, bien d'en essaver la eulture sur quelques ares de bonne terre. On Île traite comme les vesces.

Je ne terminerai pas l’article fourrages sans rappeler que la canne à sucre, lors mème qu'on ne pourrait en obtenir du sucre en Algérie, mériterait l'attention toute spéciale des colons, en ce qu'elle produit, dans les situations favorables, un fourrage vert très abondant et de qualité tout à fait supérieure aux autres. Ce seul emploi la rendrait bien digne de figurer parmi les cultures des arrosages. Jy reviendrai plus loin,

| SECTION V. — Plantes commerciales.

\ 1, Définition et particularités de ces cultures.

On appelle plantes commerciales où économiques celles qui sont cultivées principalement pour leur emploi dans les arts et les manufactures.

Comme j'ai déjà eu occasion de le dire plusieurs lois, le climat de l'Algérie permet la culture d’un grand nombre de ces plantes et notamment de plusieurs que nous ne pouvons produire en France ou que nous ne produisons pas en quantité suffisante ou en qualité convenable.

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