PARTIE IV, — AGRICULTURE
La plapart de ces récoltes sont tres lucratives ; mais, à côté de cet avantage, elles ont un inconvénient qu'on ne saurait trop signaler : elles exigent toutes beaucoup d'engrais, et n'en produisent point ou presque point. Cette circonstance les a rendues maintes fois fatales aux cullivateurs avides et imprudents qui, ne voyant que l'intérêt du moment, leur ont donné trop d'extension sans avoir les moyens de prévenir l'épuisement du sol. Aussi a-t-on dit avec raison qu'elles enrichissent les pères et appauvrissent les fils.
Malgré la fertilité d’une grande partie des terres de l'Algérie, les colons devront se garder de donner lrop de développement à ces cultures. Is pourront en faire partout, mais seulement sur une pelite échelle, toujours proportionnée à la quantité d'engrais dont ils disposeront. Cette règle s'accorde d’ailleurs par faitement avec les circonstances agricoles de l'Algérie, car presque toutes ces plantes exigent beaucoup de main-d'œuvre que les colons ne pourraient fournir si elle devait s'appliquer à de vastes espaces et qui, d'un autre côté, ne serait pas rémunérée si lesel n'était pas abondamment pourvu d'engrais, etsi, par conséquent, le produit n’était pas élevé.
Ajoutons, du reste, que ce ne sera que plus tard que ces cultures prendront une véritable importance pour les colons, car pendant plusieurs années ils devront borner leurs efforts à produire les denrées nécessaires à leur entretien et à celui de Parmée, ainsi
qu'à préparer pour l'avenir, par de nombreuses plan-
tations, une culture arborescente développée et fructueuse.
On divise les plantes commerciales en plantes oléagineuses, textiles , tiictoriales , alimentaires , à épices, ete. Toutes ces catégories pourront avoir des représentants dans la culture algérienne.
Ÿ 2. Colza.
Cette plante; aujourd'hui si répandue en France, réussit parfaitement en Algérie lorsqu'elle est semée assez tôt, c'est-à-dire vers la mi-octobre, et quand le printemps est humide. La récolte s’en fait dès le mois d'avril. Je ne crois pas néanmoins que le colza soit appelé à jouer un rôle quelque peu important dans [a culture algérienne. Celle-ci est déjà, et à plus forte raison, sera dans l'avenir suffisamment pourvue en huile, par le fait seul de lolivier, pour n'avoir pas à s'occuper des plantes oléagineuses annuelles.
Comme fourrage, le colza et la navette n'offrent également qu'un médiocre intérêt, attendu qu'il y a abondance de nourriture verte à l’époque où on pourrait les faire consommer.
Cela s'applique également au sésame oriental dont la culture a pris depuis quelques années une immense extension en Égypte et parait devoir en prendre une plus grande encore dans les États du sud de l'Union américaine. À la vérité, cette plante fournit une
huile bien supérieure à celle du colza; mais elle ne
peut êlre semée qu'au printemps, etlout porleà eroire
PARTIE IV, — AGRICULTURE. 347 dès lors qu'en Algérie comme en Égypte, elle exigerait l’arrosage. On pourra l'essayer, mais en petite proportion. |
Il est probable que cette circonstance empêchera pareillement l'extension de la culture de l’arachide où pistache de terre (arachis hypogea). Les graines qui s’enfoncent en terre pour y mürir sont mangées crues ou rôties et donnent une huile assez abondante, mais qui conserve toujours un goût de légume sec.
Il n’est pas probable que cette plante, malgré les éloges qu'on lui a donnés, s’étende au delà des jardins des colons ; mais elle pourra convenablement y occuper un petit espace.
Elle exige la même culture que les haricots, et surtout des binages fréquents à l'époque où les filets blanes qui portent les fruits commencent à paraitre.
Il est encore une plante oléagineuse dont la culture deviendra peut-être de quelque importance dans les parties chaudes et à sol frais de l'Algérie, c’est le ricin. Cette plante, qui en Europe est annuelle ou tout au plus bisannuelle, dure en Algérie 7, 8 ans et plus, et s'élève à 5 et 6 mètres de hauteur. Malheureusement l'huile qu'on retire de ses graines abondantes est épaisse, visqueuse et n'a pu encore être employée utilement qu'en médecine. Peut-être trouvera-t-on un moyen de l'appliquer à d’autres usages, notamment à la fabrication du savon, et alors la culture si simple et si facile du riein pourra recevoir une certaine extension dans notre colonie.
348 COLONISATION ET AGRICULTURE DE L'ALGÉRIE, 3. Lin.
Cette plante, déjà cultivée par les indigènes et qui croit spontanément dans toute l'Algérie, aura plus tard de l’intérêt pour les colons, quoique, du reste, sa culture ne puisse jamais recevoir un grand développement.
On peut cultiver avec un égal suécès le lin d’hiver italien et notre lin commun, en les semant tous deux
avaut lhiver, dans le courant d’octobre, sur une terre labourée dès Le printemps et parfaitement ameublie, Lorsqu'on vise principalement à la production de la graine, on répand de 400 à 425 litres de semence par hectare, et 2 à 5 hectolitres si l'on tient au contraire à obtenir une belle filasse.
Le lin, et c’est là son plus grand avantage pour l'Algérie, accomplit presque toute sa végétalion pendant la saison humide; car dès la mi-juin et souvent plus tôt il est bon à récolter, mème lorsqu'on le laisse venir à parfaite maturité, ce qui n'a lieu quelorsqu on s'attache principalement au produit en graines.
Je n’entrerai dans aucun autre détail sur la culture
et l'emploi de cette plante, car ils sont parfaitement connus de tous les cultivateurs et sont les mêmes en
Afrique qu'en France.
\-4. Chanvre.
Cette plante ne végétant que pendant l'été exige l’arrosage où un sol tres frais, En revanche, on pourra
PARTIE IV. — AGHICULTURE. ( 349 cultiver en Algérie, dans les situations favorables, c'esià-dire dans les terres fertiles et fraiches, ces chanvres sigantesques qu'on ne produit que dans quelques localités du Piémont et du Bolonais, et qui ont une si orande valeur pour la confection des cordages. C’est là l'espèce dont je recommanderais spécialement, je dirai même exclusivement, la eultuŸe en Afrique. Il serait utile que le gouvernement fit venir des graines de ce chanvre et les répandit parmi les colons.
La culture de cette variété est du reste la mème que celle de l'autre, sauf qu'on sème moins épais : 400 à 450 litres par hectare suffisent. L'époque de la semaille est en février et mars. La terre doit être abondarmment fumée, labourée dès l'automne et fortement hersée au printemps. On arrose, à partir du mois de mai, tous les sept ou huit jours, et même plus souvent
si le sol n’est pas naturellement frais. L’arrachage se fait dans le courant de juillet.
La mise en œuvre de ces deux plantes textiles offre un inconvénient qui est réel partout, mais particulièrement grave en Algérie : je veux parler du rouissage et de ses effets sur la salubrité publique.
Je crois que le rouissage ordinaire, à l’eau courante et surtout stagnante, devrait être interdit d’une manière absolue. Il faudrait done recourir au rouissage à la rosée. Malheureusement cette méthode ne peut être appliquée en Algérie qu'au printemps ou en automne, époques où les travaux agricoles ne sont déjà que trop nombreux. ]l faudrait d’ailleurs conserver la
récolte en parfait état jusqu'en septembre et octobre, et ee rouissage a de plus l'inconvénient d’être fort long. Peut-être pourrait-on réunir à ce procédé celui qui est usilé en Espagne pour le spart, et qui consiste à entasser les plantes à rouir dans une fosse d’un mètre environ de profondeur, qu'on remplit aux trois quarts de spart bien tassé, et qu'on recouvre ensuite avec de la terre meuble. On arrose tous les jours deux ou trois fois, et dès qu'on aperçoit les signes manifestes d'une fermentation, c’est-à-dire l’échauffement et le tassement des matières renfermées dans la fosse, on se hâte de vider celle-ci et d’en répandre et sécher le contenu. On pourrait, dis-je, commencer le rouissage ainsi et le terminer à la rosée. Je me garderai de conseiller l'application de cette méthode en grand, mais je crois qu'elle mériterait d’être essayée. En arrêlant promptement la fermentation, on ne courrait aucun risque et on aurait toujours l'avantage que ce commencement de décomposition abrégerait beaucoup le temps nécessaire pour le rouissage à la rosée.
On pourrait évalement essayer la méthode proposée par M. Duhellès pour le lin, méthode qui consiste dans les procédés suivants : le lin, arraché et égrené comme à l'ordinaire, au lieu d’être immédiatement mis au routoir, est au préalable écrasé avec des fléaux sur une aire à battre; on le place ensuite dans un rouloir disposé de façon à pouvoir être rempli et vidé
(1) Il est probable qu’une machine à teiller ou qu’une machine à cylindres cannelés, produirait encore plus d’effet.
PARTIE IV. — AGRICULTURE. 39 à volonté, au moyen d'une ouverture pratiquée au niveau du fond.
La première et la seconde eau ne sont laissées que quarante-huit heures sur le lin; les autres y restent jusqu’à ce qu’elles commencent à répandre de l’odeur, mais jamais assez pour entrer en putréfaction.
Si ce procédé obtient la sanction de l'expérience, il offrira le grand avantage de n’exercer aucune influence fâcheuse sur la santé publique, avantage auquel, suivant l’auteur, il faudrait ajouter ceux d’une plus orande promptitude dans la macération et d’une augmentation de produit dans la filasse obtenue. Du reste, la question du rouissage est à l’ordre du jour. Des hommes éminents s’en occupent, et tout fait penser qu'elle ne tardera pas à recevoir une solution satisfaisante. {