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PARTIE IV, —— AGRICULTUREs

longtemps encore une colonie, et quoiqu'elle ne soit pas sous le même régime que nos autres colonies, il n'en est pas moins certain qu'on pourra toujours très facilement frapper ses provenances de droits d’entrée qui les empèchent de nuire aux articles similaires de ces dernières. J’ajouterai, pour répondre à une objeclion, que le sucre se prête peu à la contrebande,

C'est là du reste une question de peu d'intérêt pour le présent. Je n'ai voulu que constater la possibilité de faire du sucre de canne en Algérie, et cette possibilité ne saurait être douteuse en présence des faits que j'ai cités. Si les essais tentés jusqu’à présent n’ont pas donné de bons résultats, du moins quant à la richesse saccharine des cannes, cela tient à ce qu'ils ont été faits dans le Hammah , sur le revers du Boudjareah, dans des lieux enfin ouverts au nord et abrités du midi par des collines élevées. IT en eût été autrement si on avait cultivé les cannes à Bouffarikh et sur le revers méridional du Sahel.

La canne à sucre exigeun terrain arrosé ou du moins frais, et sa transformation en sucre demande des avances considérables. Ces deux faits, rapprochés du bas prix du sucre, empêcheront de longtemps que cette branche d'industrie ne s’établisse en Algérie. En revanche on y cultivera la canne avec profit pour fourrage, comme je Pai dit plus haut, et il est à croire que, dans l’intérieur, les colons finiront par la cultiver même comme plante à sucre, au moins pour leur propre consommation.

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En attendant il faut que les pépinières du gouvernement multiplient cette plante le plus possible pour pouvoir en distribuer des boutures.

Ces boutures ou plançons, de On,50 à On,50 de longueur, sont couchés obliquement en mars, dans

une petite fosse de 0m,15 à 0,20 de profondeur, et recouverts d’un peu de terre. En avril, les pousses sortent de terre et on les chausse, sarcle et butte au fur et à mesure qu'elles s'élèvent. On met ces plancons en lignes distantes d’un mètre environ et à 0,60 les uns des autres dans la ligne. On arrose tous les huit jours dans les terrains secs. En juin et juillet, on supprime les bourgeons qui poussent du pied si on cultive pour avoir du sucre; on les laisse au conlraire si c'est pour fourrage.

Dans les situations favorables, les cannes résistent parfaitement à l'hiver. On pourra done les couper en novembre de la même année ou en septembre de lannée suivante, Pour fourrage, on les coupe x et six fois l'an. *

Ÿ 19, Tabac.

J'ai déjà ditqu'un jour l'Algérie pourrait nous fournir la plus grande partie des tabacs que nous-tirons de l'étranger, et tout fait présumer, ou plutôt il est déjà certain, d’après les faits connus, que les tabacs algériens seront d’une qualité égale, sinon supérieure aux tabacs du Levant. Comme les étés de l'Algérie sont aussi chauds que ceux de Cuba, il n'y aurait même rien d'étonnant à ce qu'on arrivât à produire, dans

PARTIE IV, — AGRICULTURE. 369 certaines lerresel dans certaines situations privilégiées, du tabac peu inférieur à celui de la Havane.

Le gouvernement à compris l'importance que peut acquérir cette culture. [la envoyé en Algérie un agent intelligent, M. Lebeschu , employé supérieur de l’administration des tabacs, qui, après avoir suivi pendant quelque temps les essais des colons et la culture des indigènes, a rédigé une instruction détaillée sur cet objet. Nous utiliserons cette instruction qui renferme d'excellentes choses, en y ajoutant nos propres observations et celles de quelques auteurs sur la culture du tabac dans les pays méridionaux.

Il v a plusieurs espèces et variétés detabac cultivées.

Le tabac à larges feuilles est le plus répandu en Europe. Il offre l'avantage de donner un produit élevé et d'assez bonne qualité.

Le tabac à feuilles étroites ou tabac de Virginie donne un produit moindre, mais d’une qualité généralement supérieure. C'est l'espèce la plus répandue dans l'Amérique du nord et dans les Antilles.

Le tabac crépu, petite espèce provenant du Pérou, est le plus généralement cultivé dans l'Orient. I fournit une feuille remarquable par sa douceur. Le tabac dit du Levant se compose presque exclusivement de tabac crépu.

M. Lebeschu, dans sa brochure, recommande aux colons la culture de la variété appelée philippin, de celle connue sous le nom de /evant, et de l’une de celles cultivées par la tribu d'Hallouya, dans la Mitidja,

en annonçant que les colons trouveront de la graine de ces trois variétés dans les pépinières du gouvernement. I fait remarquer que ces variétés seules pourront être payées par l'administration à raisoh de 450 franes les 400 kilogrammes de feuilles, tandis qu'elle achète le virginie, par exemple, à moins de 40 francs. Il ajoute que le philippin, s'élevant peu, doit être placé de préférence dans les lieux exposés au vent.

Quoique ces trois variétés soient inférieures pour le rendement aux espèces désignées en premier lieu, il est probable que les colons trouveront leur compte à les préférer, vu le haut prix auquel on promet de les leur payer. Je crois cependant qu'ils ne devront pas renoncer entièrement aux autres tabacs. Si, par exemple, en introduisant les variétés havanaises, on arrivait à produire, sur quelques points de l'Algérie, un tabac sinon épal en qualité, du moins peu inférieur à celui de la Havane, il y aurait un avantage manifeste à le cultiver. L

ILeest à désirer, au reste, que les directeurs des pépinières du gouvernement continuent leurs essais comparatifs sur cet objet. Et, à cette occasion, Je erois utile de faire savoir que le jardin botanique de Heidelberg (grand duché de Baden) possède une magnifique collection de tabacs, et qu'on pourrait sans retard et à peu de frais s’y procurer les graines des meilleures variétés.

Le tabac est une plante rustique qui, à Pexception

PARTIR IV. — AGRICULTURE. 367 du sable -pur et de l'argile trop compacte, s'accommode detouslessols; maisilne prend tout son développement que dans les loams (terres franches) profonds, riches en détritus organiques, meubles et surtout suffisamment frais. D'un autre côté, 1l acquiert plus de qualité dans les terres un peu sèches, léoères, graveleuses et surtout calcaires que dans les sols très frais et compactes.

On croit avoir également remarqué que les engrais fortement azotés, comme la matière fécale, les fumiers de moutons ou de chevaux, la colombine, nuisent à la qualité du produit lorsqu'ils sont employés en grande abondance et incorporés au sol peu de temps avant la plantation.

Comme, néanmoins, il importe de ne mettre le tabac que dans un sol riche, qui seul peut indemniser largement le cultivateur desnombreux travaux qu'exise cette plante, on lui consacrera de préférence les nouveaux défrichements en bonne terre, et en général les terrains riches en détritus végétaux qui n’ont pas sur la qualité du tabac l'influence fâcheuse des engrais de nature animale. Lorsque, à défaut de terres naturellement riches, on sera obligé de se servir de ces derniers, on aura soin de les répandre et de les mélanger au sol plusieurs mois avant la plantation du tabac, c’est-à-dire par le premier labour, donné, si c’est possible, avant les premières pluies d'automne, ou en n’employant que du fumier consommé qui, précisément parce qu'il a perdu une partie de la ma-

lière azotée qu'il renfermait, ne nuit plus à la qualité du tabac.

On pourra encore remédier aux mauvais effets des engrais azotés en fumant non pour le tabae, mais pour la récolte qui le précédera, en ayant soin, bien entendu, de fumer très largement. Cette pratique s’accorde parfaitement avec le système que j'ai développé plus haut et qui consiste à cultiver toujours deux récoltes sarelées l’une après l’autre, en mettant en second celle qui exige le plus de menues cultures. Après des pommes de terre, des betteraves, des topinambours, des choux, etc., le tabac trouvera une terre riche encore, meuble et parfaitement propre, c’est-àdire offrant toutes les conditions qu'il exige.

Enfin, on peut très facilement donner au sol une grande quantité de matières végétales, le mettre artificiellement dans l’état où se trouve la terre restée longtemps en broussailles ou en gazon, par le moyen des fumures vertes, c'est-à-dire par des récoltes de lupins, de sarrasin, de trèfle incarnat et autres plantes analogues, qu'on enfouit, lors de la floraison, par le dernier labour donné avant la plantation du tabac. Ces fumures vertes réussissent beaucoup mieux dans les sols légers et secs que dans les terres compactes et humides.

La transplantation est le mode de culture le plus sénéralement adopté, même dans les contrées où le climat permettrait les semis en place. En conséquence, il faut une pépiniere dans laquelle on élève le plant

PARTIE IV, — AGRICULTURE, 269 qu'on repique en place lorsqu'il a atteint une certaine srosseur .

Dans le nord, on est souvent obligé de se servir d'une couche pour pépinière, afin de pouvoir semer assez tôt et d'avoir un plan suffisamment gros lors du repiquage, condition essentielle d’un produit élevé.

En Algérie, on peut établir la pépinière en pleine terre, pourvu que le lieu soit parfaitement abrité du nord et du nord-ouest, un peu incliné vers le midi, et disposé de facon à ce que l’eau s’en écoule facilement.

Le sol de la pépinière doit étre léger, profond, ameubli par deux ou trois labours à la béche ou à la pioche, abondamment fumé et parfaitement émietté à la surface.

Dans les situations bien abritées on peut semer dès le mois de novembre, mais l’époque la plus ordinaire est le courant de janvier. On remarquera, du reste, que plus le sol de la pépinière est riche et en général favorable à la végétation du tabac, plus on peut semer tard.

Les colons qui ne cultiveront pas une grande étendue en tabac pourront consacrer un coin de leur jardin pour former la pépinière.

Il est tellement important d’avoir du plant fort et bien nourri, que les cultivateurs devront se garder d'économiser sur l’espace qu'ils consacreront à la pépiniere. On peut, sur une dizaine de mètres carrés, produire de quoi planter un hectare; mais le plant

ainsi obtenu est faible, étiolé et ne donne jamais un bon résultat, Car 1 ne faut pas oublier que pour les plantes comme pour les animaux, c'est dans l'enfance quon pose en elles les bases de la force et de la visueur. Il faudra donc une surface de 50 à 40 mètres carrés au moins pour chaque hectare à planter.

Pour plus de süreté, on fera bien de diviser cet espace par liers qu'on sèmera à six ou huit jours d’intervalle les uns des autres.

On peut semer à la volée, mais les personnes qui n'ont pas l'habitude de cette opération délicate feront mieux de semer en rayons distants de 0",40 les uns des autres, et dans lesquels on répandra la semence de façon à ce qu'il y ait une dizaine de grains par décimètre de longueur.

Je ne saurais recommander la méthode qu'on a souvent préconisée, pour le tabac comme pour toutes les graines fines, de méler la semence avec vingt, trente ou quarante fois son volume de terre, afin de la répandre plus ésalement. J'ai l'expérience-que le résultat est presque toujours mauvais. La différence de pesanteur spécifique fait que, mème après un mélange parfait, les secousses qu on imprime nécessairement à la masse séparent les graines et les réunissent sur un seul point. On sème alors, dans une partie de la pépinière, de la terre seule, et dans une autre une quantité beaucoup trop considérable de graines. La semaille en rayons permet une répartition très régulière et facilite en outre les binages.

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