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PARTIE IV, — AGRICULTURE

La graine demande à être à peine recouverte.

Dès que les plantes se montrent, on doit enlever avec soin les mauvaises herbes qui paraissent-dans les lignes et biner les entre-lignes chaque fois que le sol se dureit.

Si l’on eraint des gelées blanches, on répand avec précaution de la litière où des branchages sur les jeunes plantes. On peut encore employer le moyen que nous avons indiqué pour les patates ou toute autre méthode de couvrir le sol et d’empècher ainsi le rayonnement du calorique.

Dès que les plantes ont atteint 0®,05 ou 0®,04 de hauteur, on les éclaircit de manière à ce qu'elles soient à 0®,02 environ les unes des autres.

Lorsque le temps n'est pas trop pluvieux, on arrose la pépinière avec du purin auquel on peut ajouter, ainsi que cela se fait dans le nord, de la matière féeale et des tourteaux de graines oléagineuses.

La plantation a lieu du 4° février à la fin de mars, mais l'époque la plus favorable est de la mi-février à la mi-mars. L'humidité qui règne dans cette saison favorise la reprise du plant, et lorsque arrivent les chaleurs, le tabac a acquis assez de force pour leur résister sans arrosage, même dans les terrains plutôt secs qu'humides, pourvu qu'ils aient été profondément labourés avant l'hiver.

Le plant doit avoir au moins 0,08 à 0,10 de hauteur et être gros à proportion ; afin de ne pas l'endommager en larrachant, on arrose le sol abondam-

ment la veille. L'arrachage se fait à la bêche. On enlève la motte qu'on défait avee précaution et dont on retire les plants; ceux dont les racines ou les feuilles auraient été fortement lésées, ou qui seraient chétifs et mal venus, seront rejetés.

Une fois arrachés, les plants doivent être promptement repiqués, sinon enterrés jusqu'au collet dans du sable ou de la mousse humide.

On profite, pour repiquer, d'un moment où la terre n'est ni trop sèche ni trop humide. Le premier de ces défauts est, du reste, peu grave si le temps est à la pluie. Dans la même occurrence, on peut se dispenser d’'arroser après le repiquage.

La plantation se fait loujours en lignes qu’on trace soit au moyen du cordeau, soit avec un rayonneur, ou encore en suivant les sillons formés par la charrue.

L'espace donné à chaque plant varie suivant la richesse du sol et la variété cultivée. Les grandes espèces, dans les terrains riches, exigent au moins A mètre de distance entre les lignes, et 0",80 entre les plants dans la ligne. Les moyennes et petites espèces veulent être beaucoup plus rapprochées. On peut n’espacer les lignes entre elles que de 9",75 et mème de 0®,50, et y mettre les plants à 0,60, 0",50 et 0°,40 les uns des autres. Dans ce cas, il faut de 20 à 40 mille plants par hectare; dans le premier, il n’en faut que 42 à 45 mille.

On repique avec des plantoirs de 0",40 environ de longueur qu'on enfonce verlicalement à 0",25 ou

PARTIE IV, = AGRICULTURE, 373 0°,50 de profondeur. Après avoir placé le plant dans le trou jusque un peu au-dessous du collet (point de réunion de la tige et de la racine), et de façon à ce que les racines ne soient pas recourbées, on pique le plantoir une ou deux fois à côté et un peu obliquement, afin de presser légèrement la terre contre le pivot.

Pour que la reprise s'effectue bien, 1l faut que la terre soit suffisamment meuble, et cependant parfaitement rassise. Il est impossible de dire d’une manière sénérale par quel nombre de labours on obtiendra ce résultat. Néanmoins, deux ou trois suffiront ordinairement si la terre est naturellement meuble. Le premier doit être donné avant ou pendant les premières pluies d'automne, le dernier trois, quatre et même six semaines avant la plantation. La terre serait creuse et se dessécherait promptement si le labour n'avait précédé la plantation que de quelques jours. L'un des labours doit pénétrer à toute la profondeur de la couche arable; ce sera le premier si la terre est légère. le dernier si elle garde l’eau. Le rouleau ne devra être employé que par le see, et dans le cas seulement où le dernier labour aurait eu lieu trop peu de temps avant la plantation.

Des sarclages et des binages sont nécessaires toutes les fois que les mauvaises herbes se montrent et que le sol se durcit. Un léger buttage, lorsque la plante a atteint 0°,50 de hauteur, est évalement une bonne opération, surtout dans les localités exposées aux grands

vents. Ces façons, sauf les sarclages dans les lignes même, peuvent ètre données avec les instruments attelés dans la grande culture.

On doit apporter la plus grande attention à ne pas endommager la plante ou la racine dans les sarclages et binages qu'on ne saurait d’ailleurs trop multiplier.

L'écimage est une opération qui a pour but de réduire le nombre des feuilles et de leur donner plus de développement. On la pratique lorsque le bouquet terminal des fleurs commence à paraitre et que la plante a de huit à quinze feuilles. L'écimage s'exécute soit en coupant, soit en pinçant le sommet de la plante, au-dessous du bouquet.

Les bourgeons axilliaires et les rejetons du pied, qui se montrent ordinairement après l’écimage, devront être enlevés avec soin tous les cinq ou six jours. On profitera d’un temps chaud pour cette opération, que l’on combinera avec l’arrachage des plantes malades et surtout de celles sur lesquelles on apereevrait des marques de rouille.

Il est à peine nécessaire d'ajouter que les plantes destinées à produire de la graine, et qu'on choisira parmi les plus vigoureuses, ne devront pas être éeimées. Ces plantes seront récoltées avec précaution, en parfaite maturité qu'on reconnait à la nuance brune que prennent les capsules.

On ne doit commencer la récolte des feuilles que lorsqu'elles présentent tous les indices de la maturité, car il est essentiel, tant pour là quantité que pour la

PARTIE 1V. — AGRICULTURE, 379 qualité du produit, de ne pas cueillir trop tôt. On attendra done que les feuilles se boursouflent et se nuancent d’un jaune clair, qu'elles se recoquevillent sur les bords et aux extrémités, et que la matière résineuse et aromatique qu'elles renferment se montre extérieurement et signale sa présence par une odeur forte et vive.

C'est ordinairement dans la première quinzaine de juillet que ces indices deviennent apparents en Algérie. A cette époque, le temps est presque toujours beau, et favorise la récolte qui ne doit s'exécuter que lorsque toute trace de rosée a disparu de la plante, et que la chaleur a rendu les feuilles souples, par conséquent après midi.

On récolte de deux manières, par tiges et par feuilles. Cette dernière méthode est la seule usitée dans le nord, mais ne convient nullement aux pays chauds. En Algérie, on ne devra donc récolter que par tiges.

On coupe la tige avec une serpette tranchante, à quelques centimètres au-dessous de la feuille la plus basse; on laisse flétrir les pieds coupés dans un lieu Pa jusqu'après le coucher du soleil, moment propice pour les rentrer dans le séchoir. Là elles seront déposées régulièrement par trois ou quatre, les unes sur les autres, sur une couche de paille ou de foin, pendant trente où quarante heures plus ou moins. Ondes relouruera et on les soulèvera trois ou quatre lois pendant cel intervalle, alin d'empêcher un échaul

370 COLONISATION ET AGRICULTURE DE L'ALGÉRIE. fement irrégulier, Lorsque après trois ou quatre jours de cette légère fermentation, les feuilles seront toutes devenues jaunes et auront acquis une grande souplesse, on tordra les tiges une par une, puis on les lixera verticalement par le pied à des ficelles tendues dans le séchoir et placées de manière à ce que les feuilles ne se touchent pas. On les visitera journellement, et on aura soin d'agiter les ficelles de temps à autre.

Le séchoir peut être un lieu couvert quelconque, grange, grenier, etc., pourvu qu'il soit disposé de façon à pouvoir être, à volonté, aéré et parfaitement elos, car il importe, avant tout, d'éviter une dessiecalion trop prompte qui aurait pour effet de nuire à la qualité du tabac, On doit épalement en éloigner toute “ause de mauvaise odeur et toute matière organique en décomposition ; d’un autre côté, les colons devront bien se garder d'employer leurs loyements comme séchoirs ou magasins, car leur santé pourrait en recevoir de graves atteintes. $

Au bout de huit ou dix jours, plus ou moins, les feuilles passeront à la couleur marron-elair, sauf sur les côtes qui auront conservé un reste de verdeur : c’est le moment de les détacher de la tige, en commencant par les feuilles inférieures qui, étant les moins aqueuses, atteignent plus promptement la nuance convenable. Ces feuilles seront exposées pendant quelques heures au soleil couchant; on les placera, dans ce but, sur une couche de paille, les unes à côté des autres, de facon à ce que les pointes des unes soient

PARTIE IV, — AGRICULTURE. 317 recouvertes par les côtes des autres. On les retournera une ou deux fois pendant cette exposition, qui ne doit avoir lieu que par un temps calme, et que l’on conlinue deux ou trois jours de suite, jusqu'à ce que la côle ait perdu son humidité et que la teinte des feuilles soit devenue luisante,

Parvenues à ce point, les feuilles seront réunies par paquets de cent, qu’on liera, sans serrer, avec un boul de ficelle. On séparera avec soin les feuilles qui ne seraient pas suffisamment sèches, ou celles quise seraient gâtées dans les opérations précédentes.

Ces paquets seront placés en un gros tas el par qualités dans un lieu fermé et à l'abri de l'humidité où les feuilles reprendront en quarante-huit heures la souplesse qu’elles avaient avant d’être exposées au s0leil. On visite le tas plusieurs fois par jour, et dès qu'on remarque un commencement de moiteur, on le défait, on secoue les paquets en les frappant lépèrement les uns contre les autres, et on en forme ensuite des couches très peu épaisses, dans un lieu sain et fermé. On aura soin de placer les paquets de manière à ce que les pointes des feuilles soient à l’intérieur et les côtes à l'extérieur. Après une quinzaine de jours, si aucune trace de moisissure ou d'humidité n'a été remarquée, on pourra sans crainte doubler les couches, en ayant soin de mettre en dessus les paquets placés d’abord en dessous. Si quelques feuilles paraissaient humides, on les extrairait des paquets pour les mettre à l'air,

Dans cette mise en paquets, on aura soin de séparer les feuilles inférieures, les feuilles supérieures et celles du milieu de la tige qui forment trois qualités bien distinctes ; on triera également toutes les feuilles malsaines où endommagées. Ces soins faciles, dans cette circonstance, seront largement payés par le haut prix de la marchandise.

Placé, ainsi que nous venons de le dire, en couches peu épaisses, le tabac exige encore une surveillance de tous les jours. Si le cultivateur aperçoit des indices d'humidité et de fermentation, il remuera les couches et ouvrira momentanément le magasin pendant les instants chauds de la journée.

« Vers la fin du mois d'octobre, dit. M. Lebeschu, toute fermentation prompte ne sera plus à craindre, le tabac sera fait; on pourra commencer à le mettre en poignées égales de vingt-cinq ou trente feuilles, appelées généralement manoques ; la vingt-cinquième ou la trentième feuille servira à lier les autres du côté des pétioles, qui devront être égalisés.

«Le nombre de feuilles que nous déterminons pourra varier suivant leur développement ; nous conseillons seulement d'en adopter un pour se mettre toujours à même de se rendre compte du produit de la récolte. Il conviendra, autant que possible, d’attendre que le vent du nord souffle pour faire le manoquage, car ce vent a la propriété d’assouplir les feuilles et de les rendre très maniables.

« Les manoques formées seront mises eu couches

PARTIE IV, == AGRICULTURE. 379 par qualités; ces couches pourront ètre compactes ; en les formant, on aura soin que les pointes des feuilles soient placées à l’intérieur. On fera bien de recouvrir la masse d’une grosse toile, pour garantir de l'air et préserver de la poussière. Il n'y aurait pas d’inconvénient à couvrir ensuite de planches, sur lesquelles on poserait des pierres ou tout autre corps pesant. Cette dernière précaution servirait à établir et à maintenir la souplesse des feuilles.

« En élevant les couches, 1! faudra songer à introduire dans leur centre une latte bien unie ou une baguelle qui pourront toujours être tirées facilement. En visitant de temps en temps ces guides, on connaitra le degré de température qui sera au milieu des couches. Tant que l’on ne sentira qu'une chaleur douce et une odeur pure qui n'ait rien d’aigre, Ja couche sera maintenue. Si la chaleur augmentait, si le goût devenait âcre, ce qui annoncerait manque de maturité ou mauvaise dessiccation, on devrait s’empresser de décharger la couche, de battre les manoques les unes contre les autres, avant de les remettre en tas moins élevés qu'il ne faudrait plus recouvrir. »

Pour la vente, on forme ordinairement des bottes avec les manoques. Voici la méthode que recommande M. Lebeschu :

« On se progurera une caisse solide, sans fond ; sa longueur intérieure sera, moyennement, de 0",60 à 0",70; elle devra, du reste, être proportionnée au développement des feuilles; la largeur pourra lou-

jours être de 0",50 et la hauteur de 0",40. Comme il n'y aura que la longueur qui pourra varier, on fera bien d'adopter la plus forte dimension, que l’on réduira, quand il sera nécessaire, à l’aide de faux fonds ou de bouts de planches,

« On commencera par placer dans la caisse trois liens en cordes ou en jones dont les bouts dépasseront les bords ; un sera placé au centre, les deux autres vers les extrémités. Les manoques seront ensuite introduites par qualité dans la caisse et rangées sur les liens ; les pointes des feuilles devront être croisées sur celui du milieu, On égalisera les têtes des manoques en leur faisant toucher les bouts de la caisse, Quand deux ou trois lits seront placés dans cet ordre, on les couvrira d’un morceau de toile et on les tassera ensuite avec les pieds. On continuera ainsi jusqu'à ce que la caisse soit pleine ; alors on en fera rejoindre les liens que l'on nouera solidement. On fera bien de mettre un nombre égal de manoques par botte.

« La caisse, ou mieux le moule qui servira au bottelage, devra avoir, sur chacun de ses côtés, un tasseau qui permettra de l'enlever quand une botte sera achevée. »

Grâce au climat, on peut faire, en Algérie, une seconde récolte de feuilles dans tous les terrains suffisamment frais et riches. Lorsqu'on peut surtout arroser immédiatement après la première récolte, la seconde récolte n’est guère moins abondante que la premiere, et fournit presque toujours un produit

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