‹ Colonisation et agriculture de l'AlgérieChapitre 97 sur 141 · PARTIE IV. — AGRICULTURE · texte numérisé non relu

PARTIE IV. — AGRICULTURE

cest celle du mode de répartition des travaux de culture dans le courant de l’année, répartition qui dépend essentiellement du choix et de la succession des récoltes.

Une bonne répartition des travaux, de façon à ce que jamais il n'y ait rien à faire, jamais il n°y ait trop à faire, est plus difficile en Algérie qu'ailleurs, dans les terrains non arrosés, à cause de linterruption qu’amènent forcément les mois les plus chauds de l’année dans la végétation. D'un autre côté, elle y est plus nécessaire qu'ailleurs, parce que ce n’est qu'avec une bonne distribution des opérations culturales qu'on peut arriver à faire beaucoup avec peu de monde, circonstance dont tout le monde appréciera l'importance en Afrique.

Parmi les règles qui président au choix d’un assolement, j'ai omis la plus importante, la nécessité d'équilibrer la consommation des engrais avec leur production; en d’autres termes, de consacrer à la culture des fourrages et des plantes alimentaires, pour le bétail, une étendue suffisante pour produire le fumier nécessaire, non-seulement à la conservation de la fertilité primitive du sol, mais à l’accroissement constant de cette fertilité. Cela ressort néanmoins de tout ce que j'ai dit précédemment sur le système de culture et sur les engrais; mais je crois devoir insister de nouveau sur ce point si essentiel. Que les colons soient bien convaincus que toutes les récoltes sont lucratives dans un sol riche, et que toutes les récoltes

sont pauvres el onéreuses dans un sol pauvre. L'engrais est done, en Algérie comme en France, la base de toute culture avantageuse, et c’est à en accroitre la masse que doivent tendre lous les efforts des cultivateurs algériens.

On me permettra de présenter ici, comme simple exemple et sans avoir nullement la prétention d’en recommander l'adoption, l'entrée en culture d’un colon, dans certaines circonstances données.

Je suppose que ce colon aura reçu une maison, le mobilier et le cheptel dont j'at parlé plus haut; un jardinet de 40 ares et 42 hectares de terres, dont 2 en sol frais et humide, situés dans un fond, sur les bords d'un cours d’eau et déjà en gazon ; 2 autres en terrain rocailleux fortement incliné et garni de broussailles ; enfin 8 en terres de moyenne compacité et en plaine, ou sur des pentes faibles. Sur ces 8 hectares, 2 ont été défrichés par l'administration.

Le colon arrive avec sa famille vers la fin de l’été ou en automne. Ce n'est pas la meilleure saison sous le rapport hygiénique, mais c’est la meilleure au point de vue agricole.

Il n'aura pas de trop de quelques mois pour s’inslaller, pour reconnaitre sa propriété, les ressources qu'elle offre, ce qu'elle renferme en sauvageons d’arbres fruitiers ; enfin, pour combiner et préparer ses moyens de production.

Je n'ai point supposé d'arrosage. Ce sera presque partout une affaire d'avenir. Heureux le colon qui,

PARTIE 1V, — AGRICULTURE, NY dés l'abord, pourra irriguer son jardin, même par des moyens artificiels!

Il ne peut être question d'assolement dans le début ; iais il sera bon que le colon ait déjà, sinon un cadre tout tracé, du moins quelques données à cet égard, d'après lesquelles il puisse diriger ses premiers travaux de culture. Ce sera, pour le système général, la conservation en broussailles, qui plus tard deviendront laïllis , de tous les terrains situés sur une forte pente ; la plantation de toutes les terres susceptibles de porter des arbres fruitiers, et la mise en herbages d’une portion plus ou moins considérable de ces mèmes terres. Pour le système spécial qu'il conviendra d'appliquer aux terrains soumis à la culture, je crois qu'un assolement de deux ans, dont on pourrait faire à volonté un assolement de quatre, six, huit ou dix ans, en divisant chaque sole en deux, trois, quatre ou cinq parties, sera le mieux approprié aux circonstances, car il deviendra ainsi un véritable assolement libre, sans présenter les inconvénients d’une absence complète de régles. Le colon combinera donc sa culture dans ce sens ; mais, je le répète, 1l ne pourra l'appliquer dans le début, car il devra viser, avant tout, à créer le plus promptement possible des produits alimentaires pour sa famille et ses bestiaux.

Dès les premières pluies d'automne, il plantera done en pommes de terre l’un des deux hectares défri-

chés ; l’autre sera ensemencé en blé dans le courant d'octobre.

En décembre et janvier, il récoltera ses pommes de terre qui, si le temps n'a pas été trop défavorable et s'il a planté assez tôt, lui rendront 6 et 7 pour 4. Il se hâtera d’égaliser le terrain par de forts hersages, s'il ne peut le labourer, et y sèmera de l'orge sur une partie, des pois, des lentilles, des fèves, et plus tard du maïs sur l’autre. Il aura semé des choux hâtifs en pépinière, dans son jardin, en septembre et octobre ; il en repiquera également dans ce même terrain après les pommes de terre.

À la suite de ces travaux, il profitera des moments de loisir qu'il aura jusqu’à la fenaison, pour défricher, soit à bras, soit à la charrue, une partie des six hectares restants. Il aura soin, comme nous l'avons dit, de réserver et de garantir les plants d’oliviers, d’oransers, citronniers, figuiers, ete., qui se trouveraient dans les broussailles.

Ses bestiaux pacageront dans toutes les places où il y a de l'herbe, et même dans les deux hectares d'herbages frais dont nous avons parlé ; mais là seulement jusqu'en février, afin d'y réserver encore une bonne coupe. S'il le peut, il ajoutera à cette nourriture, chaque jour, un peu de paille et même une petite quantité de grains pour les bêtes qui travaillent et pour les femelles qui vont bientôt mettre bas ou qui nourrissent.

En avril, il récoltera les choux hâtifs plantés après les pommes de terre. Dans le courant de mai, il fauchera ses deux hectares de prairies, et dans le cou

rant de juin et juillet, les blés, orge, pois, lentilles et fèves.

Les terrains qu'il aura défrichés en janvier, février et mars, auront pu être plantés immédiatement en pommes de terre, en maïs, en choux et betteraves dont le jardin aura fourni le plant, ou ensemencés en millet, sarrazin pour graines, et en mélange de vesces pour fourrage.

Les moments de loisir que lui laisseront ces récoltes, il les emploiera à continuer le défrichement des six hectares mentionnés. La terre qui, dans les champs, est à cette époque d'ordinaire impénétrable aux instruments, est beaueoup moins desséchée et moins dure dans les lieux garnis de broussailles ou de gazon. Aussi le défrichement pourra-t-il se prolonger, avec quelque peine sans doute, pendant une partie de l'été.

Après cest ravaux et la récolte des plantes semées sur les défrichements de l'hiver, les premières pluies d'automne ramèneront le cultivateur aux importantes opérations de la semaille des plantes hivernales. Dans cette seconde année , il pourra déjà établir une certaine répularité, se rapprocher de l’assolement et des règles que nous avons indiqués. Ainsi, il divisera tout le terrain cultivé en deux soles, autant que possible égales d’étendue, dont lune comprendra la terre qui a porté le blé et une partie du terrain nouvellement défriché, et l’autre, celle qui a donné les pommes de

= . nf * A terre, ainsi que le reste des nouveaux défrichements.

Cette année, la première deviendra la sole des plantes sarclées et fourragères, la seconde celle des céréales. Du reste, 1l ne pourra jamais y avoir dans cette distribution des récoltes la même régularité qu’en France, parce que la possibilité de faire des récoltes dérobées ou intercalaires permettra presque toujours de eultiver des plantes sarelées ou fourragères dans la sole des céréales. IF s’en faut toutefois que ce soit là un inconvénient.

Le colon continuera ainsi, en ajoutant à l’une et à l’autre sole, par parties égales, les terres qu'il défrichera chaque année ; et tout en défrichant et cultivant, il soignera les arbres fruiliers qu'il aura trouvés sur les lieux, déplacera ceux qui génent et en plantera de NOUVEAUX.

Lorsque le colon aura défriché et mis en culture régulière 4 à 5 hectares, il songera à créer des herbages. Dans ce but, pour chaque nouvelle portion de terre qu'il défrichera, 1l laissera reposer et sengazonner une égale étendue de terres cultivées, prise de préférence parmi les plus éloignées ou les moins bonnes. En effet, 4 à 5 hectares de bonnes terres en culture sufliront pour occuper convenablement le colon et sa famille, et leur procurer non-seulement leur subsistance, mais encore des produits de vente : tout cela néanmoins à une condition, e’est que le sol sera fortement et fréquemment fume.

Dans des circonstances pareilles, on peut espérer récolter par hectare 20 à 25 hectolitres de blé, 50

PARTIE IV, — AGRICULTURE. 593 d'orge, eL une proportion à peu près égale des autres produits.

Voici quelle serait la distribution des 42 hectares après quatre, cinq ou six années de culture : les 2 heclares d'herbages frais resteraient en prairies permauentes, les 2 hectares de terrain caillouteux et en pente seraient laissés en bois, et, sur les 8 hectares restants et défrichés, il v en aurait toujours 5 ou 4 en herbages temporaires, et les 4 ou 5 autres en culture. Ces derniers seraient soumis à l’assolement biennal suivant : 2 ou 2 hectares et demi en céréales, moitié blé, moitié orge; le reste en récoltes sarelées, commerciales, alimentaires et fourragères, dont la plupart, comme nous l'avons vu, peuvent en se suivant permettre double récolte dans l'intervalle qui sépare deux céréales, c’est-à-dire depuis le mois de juin d’une année jusqu'au mois d'octobre ou de novembre de l’année suivante.

En rapprochant ces données des chiffres que je viens de présenter et qui, loin d’être exagérés, seront au-dessous de la réalité, si on fume et cultive convenablement, en se rappelant en outre que les 2 hectares de prairies permanentes, les 5 à 4 hectares d'herbages temporaires et les fourrages artificiels permettront de tenir un certain nombre de bestiaux, deux à trois vaches et leur suite, deux ou trois chèvres, une vingtaine de brebis, outre les deux bœufs et le cheval nécessaires aux travaux; qu'enfin, il y aura encore le jardin qui, grâce aux soms qu'on pourra lui donner

et à l'arrosage que tout colon finira bien par pouvoir lui appliquer, produira une portion notable des aliments végétaux frais nécessaires à la famille, on ne doutera pas que ces 4 à 5 hectares en culture ne suffisent pour assurer la subsistance du cultivateur et pour produire une certaine quantité de denrées de vente, telles que tabac, chanvre, et, un peu plus tard, coton, indigo, etc.

Ce ne sera, du reste, que lorsque les plantations seront devenues productives, c’est-à-dire après six ou huit ans que les colons retireront tout le fruit de leurs (ravaux el acquerront une aisance qui ne fera qu'augmenter avec l’âge de leurs arbres et l'amélioration de leurs terres.

Voici pour la petite culture.

Quant à la grande, ce que je viens dediresur l'emploi dela surfaceetsur l’assolement pourra également lui être appliqué, avec cette différence, cependant, que l’espace cultivé devra être proportionnellement plus restreint encore. Ce ne seront done plus les cinq douzièmes, mais ce sera le tiers, le quart, ou même une proportion plus faible encore de la superficie totale qu'on soumettra à la culture proprement dite, dans les domaines dépassant 200 hectares. Le reste sera en herbages complantés, temporaires ou permanents, et en bois.

Je sais qu'avec des capitaux considérables, on peut, jusqu’à un certain point, lutter contre les faits et surmonter matériellement tous les obstacles. Mais je sais aussi que ces sortes de tours de force nesefont jamais

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