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CHAPITRE VIIL

Cultures arborescentes.

\ 1. Considérations générales.

On sait déjà que ces cultures sont destinées à constituer, avec le bétail, la branche principale de production et de revenus pour les colons d'Afrique. Tout y concourt : les circonstances physiques comme les faits économiques. Cettechaleur, qui empêche ou rend chanceuses plusieurs cultures annuelles, permet et favorise la culture des plantes arborescentes les plus précieuses et ne nuit point à leur rendement, car ces plantes ont toutes la propriété d'enfoncer leurs racines profondément en terre et de peu souffrir de la sécheresse.

Ce sont, en outre, de toutes les cultures, celles qui exigent le moins de travailet qui, par conséquent, cadrent le mieux, sous ce rapport, avec la position des colons.

Enfin, le climat non-seulement permet, mais rend mème utile un certain degré d’ombrage pour les récoltes. C'est là un fait que beaucoup d'agriculteurs du nord ne voudront pas admettre, mais que ceux du midi ne révoqueront certainement pas en doute.

Je crois done pouvoir conseiller, sans crainte d'in duire en erreur, de complanter toutes les terresarables. L'inconvénient qui résulte de la présence des arbres,

pour les facons données avec les instruments attelés, existe en Algérie comme ailleurs ; mais 1l perd de sa gravité lorsque les arbres sont plantés en lignes espacées, comme nous l'avons dit. Et pour ce qui est de l'obstacle qu'offrent les racines superficielles à la marche de la charrue, il y a moyen de le diminuer beaucoup en supprimant peu à peu ces racines par un ébarbillage fréquent, ce qui est presque toujours autant dans l'intérêt de l'arbre que dans celui des récoltes et de la facilité des cultures, car, en Afrique surtout, à cause de la sécheresse, les arbres gagnent à être forcés de pivoter plutôt que d'étendre leurs racines latéralement.

Comme les terres seront alternativement en culture et en herbages qu'on fera souvent pâturer, il y aura là quelques précautions à prendre pour garantir les jeunes arbres dela dent du bétail. Lorsqu'ils n'auront pas au moins un mètre et demi de hauteur, on sera obligé, dans ce but, de les entourer d’épines,

Le seul, mais grave inconvénient des cultures arborescentes git dans les sacrifices de temps et d'argent qu'est obligé de s'imposer le planteur avant de recueillir le fruit de ses peines. Indiquer le moyen de réduire ces sacrifices, c’est donc aider à surmonter le plus grand obstacle qui s'oppose à l’extension de ces cultures.

F'ai déjà dit que les broussailles renferment en général une grande quantité de sauvageons de divers arbres fruitiers, oliviers, figuiers, citronniers, etc.

PARTIE IV, — AGRICULTURE, 399 Avec peu de travail, du moins dans le début, on pourra transformer ces broussailles en vergers. Il suflira de reconnaitre les pieds de ces arbres, de défricher le terrain dans un rayon d’un ou deux mètres autour de chacun d’eux et enfin de greffer. Plus tard, le colon profitera de ses moments de loisir pour continuer et compléter le défrichement, pour enlever les arbres trop rapprochés, en planter là où il en manque; en un mot, pour régulariser la plantation.

Ajoutons qu'il n'y a nul inconvénient dans ce mélanges d'arbres de diverses espèces dans le même terrain. En revanche, il y en aurait dans l'irrégularité de la plantation qui rendrait même impossible lemploi de la charrue pour la culture, si, au fur et à mesure du défrichement, on n'avait le soin de déplacer les arbres pour les replanter en lignes. C’est une opération qui compliquera les travaux, mais dont on ne devra se dispenser que dans les terrains que leur situation rendrait impropres à la culture ordinaire et forcerait à conserver en verger.

J'ai indiqué ( page 58 ), pour ces mêmes terrains, un moyen analogue d'économiser temps et peines : c'estla plantation sans défrichement préalable, ou du moins avec défrichement par plaques, moyen particulièrement avantageux dans les terres remplies de palmiers nains.

Pendant mon séjour en Algérie, j'en avais conseillé l’application à plusieurs colons. ignore si elle a eu lieu. Mais avant vu, depuis, plusieurs personnes com-

pélentes proposer éoalement ce procédé, je n'hésite pas à le recommander de nouveau pour tous les terraius qui, destinés à être complantés en arbres fruiliers, ne pourraient être défrichés immédiatement.

Si la terre doit être plus tard soumise à la culture proprement dite, on plantera en lignes régulières, espacées de 42 à 45 mètres. On réduira l'intervalle à 6 ou S dans le cas contraire.

L’étendue de la plaque défrichée se règlera sur la grandeur du plant et plus encore sur la hauteur des broussailles. Si ces dernières sont basses et si le plant est petit, une plaque de À mètre carré suffit, tandis qu'il faut jusqu’à 4 mètres carrés (un carré de 2 mètres de côté) dans les circonstances opposées.

Si ce procédé est moins parfait que le procédé ordinaire, on ne doit pas perdre de vue qu'il offre l’avantage de donner aux arbres une avance de plusieurs années, d'économiser un travail pénible, le défrichement du sol à une époque où le colon est déjà surchargé d'occupation, et de permettre d'exécuter cette opération à loisir, sans que la plantation en soit reiardée. Cet avantage multiple est assez grand pour compenser quelques inconvénients. Partout, maïs surtout en agriculture et surtout en Algérie, le mieux est souvent l'ennemi du bien.

Lorsquelescolons auront terminéles travaux les plus indispensables de premier établissement, ils devront songer à créer des pépinières pour y élever du plant de semis et de boutures, et pour y placer pendant quel-

PARTIE IV. — AGRICULTURE. au ques années les sauvaseons qu'ils auront pu se procurer dans leurs alentours. On sait, en effet, qu'il est avantageux, el pour les arbres el pour la culture tout entière, de laisser les jeunes sujets pendant quelques années dans un terrain qui leur est exclusivement consacré, qui peut être disposé et cultivé de la mamère la plus favorable à leur bonne venue, et de ne les planter à demeure que lorsqu'ils ont atteint des dimensions suffisantes pour ne plus avoir à souffrir du bétail et des facons à la charrue. C’est dans la pépimère qu'on les greffe et qu'on leur donne la forme voulue.

Les colons habiles trouveront même, dans la création d’une pépinière, une source assez importante de revenus, s'ils ont su choisir des espèces vraiment utiles et les soisner convenablement.

Le sol de la pépinière doit être plutôt meuble que compacte, plutôt sec qu'humide, fertile, sans ètre d’une richesse exceptionnelle, mais surtout profond et profondément labouré.

Avec dix ou quinze ares consacrés à cet objet, un cultivateur intelligent pourra faire beaucoup.

Pour plus de brièveté, j'indiquerai iei quelques régles qui s'appliquent à tous les arbres en général, ce qui me dispensera d'y revenir en traitant de chaeun d'eux en particulier.

La transplantation est une opération contre nature, à laquelle, toutefois, on est obligé d’avoir recours fré-

quemment, mais qu'on doit se garder de multiplier LE 26

ainsi que le font certains arboriculteurs, ear elle nuit incontestablement. Pour ‘que la transplantation fasse le moins de mal possible, 1l faut observer plusieurs précautions dont nous allons indiquer les prineipales.

Le sujet doit être jeune encore (en général deux ou trois ans au plus). S'il est déjà d’un certain âge, il ne peut être planté qu'en motte, c'est-à-dire avec la terre qui entoure ses racines et qu'on a soin de laisser intactes lors de l’arrachage.

Cette dernière opération doit se faire de manière à léser le moins possible les racines. Toutes celles qui sont déchirées ou écrasées seront coupées avec une serpette tranchante.

Avant d'être mis en terre, l’arbre sera dépouillé d'autant de branches, proportion gardée, qu'ila perdu de racines. Cette taille sera plus abondante pour les arbres à feuilles caduques que pour les arbres à feuilles persistantes, et surtout que pour les résineux qui même peuvent s'en passer tout à fait. L’étètage n’est nécessaire que pour les jeunes arbres trop élancés. Dans aucun cas il ne doit être pratiqué sur les résineux.

La plupart des sauvageons qui existent dans les broussailles ont eu à subir plus ou moins les effets du feu et de la dent des bestiaux. Laissés tels quels, rarement ils feraient de beaux arbres. Il sera done presque toujours nécessaire deravaler ceux qu'onutilisera, c'està-dire de les couper à quelques centimètres de terre.

Quand on ne pourra planter immédiatement après

l'arrachage, on entourera les racines de terre ou de mousse humide, de façon à ce que le chevelu ne se dessèche pas.

La dimension des fosses influe beaucoup sur le succès de la plantation. Plus le sol est compacte ou mauvais, plus les trous doivent être larges et profonds. Une dimension moyenne, pour les petits sujeis, est un cube de 0,60 de côté, c’est-à-dire de 0°,60 de larseur, autant de longueur et de profondeur.

Il est bon que les trous soient faits plusieurs mois à l’avance, surtout dans les sols de mauvaise qualité. Après les avoir terminés, on donnera dans le fond quelques coups de pioche ou de bêche à dents, pour l’ameublir.

Avant de placer larbre dans la fosse, on y met 40 à 42 raquettes ou feuilles de cactus qui procurent longtemps de la fraicheur aux racines de l'arbre et forment un bon engrais en se décomposant. On écréte pardessus ces raquettes, c’est-à-dire qu'on remet dans la fosse à peu près moitié de la terre qu'on a tirée, en ayant soin de mettre au fond celle de la superficie. Puis, on place l'arbre au centre de la fosse en allonseant avec précaution les racines qu'on recouvre avecle reste de la terre. On introduit de celle-ci avec la main dans les cavités que forment les croisures des racines. Enfin, on plombe toute la surface de la fosse en la piétinant à mesure qu'on la remplit.

Autant que possible, l’arbre doit être placé à la hauleur qu'il avait auparavant, c'est-à-dire avee le collet

au niveau de la surface, On aura égard toutefois au tassement qui se produit ordinairement après quelque temps, surtout lorsqu'il a plu ou qu'on a pu arroser. On recharge alors, à moins que l'arbre ne doive se trouver dans une cavité, cequi est nécessaire pour ceux qu'on arrose habituellement.

D'après ce que nous avons dit précédemment, on ne devra pas craindre d'enlever les racines les plus superficielles. Du reste, on ne coupera aucune pousse du jeune sujet pendant la première année.

Voilà bien des soins pour la plantation d’un arbre. Mais, malgré ma tendance constante à tout simplifier, je n'hésite pas à recommander lobservation rigoureuse de ce qui précède ; car, tous les planteurs le savent, économiser sur le travail de la plantation, c’est perdre le centuple sur le produit futur. Quoi qu'il arrive, jamais un arbre mal planté ne se relève complétement.

L'époque ordinaire de la plantation est l'automne. Plus le terrain est sec plus il faut se hâter. Ce mest que dans les sols humides ou pour les arbres qui devront être arrosés, qu'on peut risquer la plantation en février et mars.

Dans le courant de l’été qui suit, les jeunes sujets devront être cultivés au pied, avec la binette ou le crochet, toutes les fois que le sol se durcit. C’est le moyen d'empêcher la sécheresse de gagner les racines. Dans le même but, on répand de la paille, du foin, des feuilles, eic., au pied de Parbre.

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