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le matin et le soir, tous les jours de la semaine et même le dimanche: Il est de croyance que les abus ont été la cause de leur retraite. Plusieurs prétendent qu’elles ont été conjurées. Quoiqu'il en soit c'était une grande ressource aujourd'hui tarie. Tout paysan: avait alors la tourtre au pot, et nulle fille de ce temps ne se mariait sans apporter en dot un lit de plume et des oreillers aussi; ce beau temps n’est plus, mais... on se marie toujours.
On me permettra de parler de St-Jérôme en détail, à moi, enfant de la paroïsse. En revoyant le lieu ou je suis né, où j'ai passé mes plus jeunes années, que de souvenirs il évoque! je revois encore la maison paternelle perchée sur un coteau au pied duquel coule un ruisseau qu'on appelait, nous, ‘la petite rivière.” Au printemps elle inonde le ravin. Elle se jette dans la rivière du nord que nous appelions “la grande rivière.” C'eg au bord de cette petite rivière que s'est établie la première potasserie du nord. Qui le dirait, quarante ans plus tard, les cendres accumulées du residu de la potasse et conservées en tas, servaient à fertiliser les terres de la succession Montigny. Les prairies engraissées par ce procédé s’en ressentaient dix ans après, tant est énergique cet amendement.
Que de courses n’ai-je pas faites à travers les champs de la Côte St-Antoine que traverse le faible tributaire de la rivière du nord. J'yvois encore la petite pointe où je m’asseyais pour pêcher la carpe ronde; le bassin ou j'attrapais le mulet ; la talle d’aulnes où je capturais le crapet. Comme ils répandaient un fumet appétissant ces petits poissons quand, roulés dans la farine, ils rôtissaient dans le beurre. Il fallait nous voir arriver à la maison avec une brochée de poissons, les écorcher et les faire frire.
Et puis l'appétit avec lequel nous dégustions cette pêche nous faisait quelquefois avaler sans scrupule les pièces qui n'avaient pas été écaillées ou même éventrées. Dieu nous pardonne cette gourmandise ; car nous ne pensions pas faire mal.
Je vois encore, là-bas, cette petite baie où j'étendais mes pièges aux rats musqués, dont la chair convertie en ragout, a l'avantage de pouvoir s'offrir le vendredi. Rien de succulent comme la chair de la femelle du rat d’eau bien accommodée, au printemps, quand elle sort d’hivernement et qu'elle est dans toute sa graisse. Et puis la fourrure n’est pas à dédaigner, surtout depuis qu’on l’imite en poil de loup marin.
Mais à cette petite rivière St-Antoine se rattache un souvenir bien triste. J'étais encore enfant quand on vint avertir mon père, qui était magistrat, qu’une femme avait été trouvée morte dans une source près de la rivière. C'était Julienne Filion, femme d’un nommé Martin. La position qu’elle avait dans ce bassin ; les marques de violence qu’elle portait, tout dénotait qu’elle avait été assassinée. Ces événements
passent presqu'inaperçus dans une ville où l'on voit tant d’horreurs, mais à la Campagne, ils laissent dans le cœur une émotion profonde qui ne s'efface jamais. Pendant des années on venait de 20 lieues à la ronde pour voir ce lieu d’exécration où un crime avait été commis. Les passants, en voyant de loin le tronc d'arbre creux qui servait d'entourage à la source lorsque la victime y a été précipitée, sentaient un frémissement parcourir leurs membres. Les présomptions dirigèrent la main de la justice vers le mari de cette infortunée femme. Les jurés ont acquitté l'accusé Martin. Puisse le ciel l'avoir aussi acquitté. Quoiqu'il en soit ce meurtre, car c'en était un, est resté dans ma mémoire comme un souvenir ineffaçable. Cette Julienne Filion avait été pendant plusieurs années au service de mon père ; c'était un ange de femme ; et, après quarante ans, je la vois encore se dépensant au service de mes parents avec un dévouement gomme en avaient les domestiques d'alors. Elle est au ciel, et son mari est un bon chrétien. Qui a mis fin à l'existence de cette femme? Secret de Dieu, déposé depuis dans le sein d’un prêtre qui l’a emporté dans la tombe.
Mais sortons de ces sombres réminiscences et courons les bois et les prés.
Là-bas est la savane où, avec mes frères j'allais tendre des collets aux lièvres dont les civets étaient si parfumés. Les perdrix étaient abondantes alors dans nos grandes savanes, et elles ont bien souvent
, servi de point de mire à mon mauvais fusil qui m'a fait manquer tant de bons coups. Nous faisions les hommes et surtout les commerçants. Nous nous fabriquions de petites voitures auxquelles s’attelait l’un de nous, et nous allions, l'hiver, au bois chercher notre gibier et, l'été, glaner dans la prairie. Nous érigions un comptoir et, chacun son tour, nous faisions le marchand, c'est d’instinct. Nous fabriquions impunément, même de la monnaie, pour payer un voyage d’herbe d'une botte de : grosseur, une peau de lièvre, un quartier d'écureuil. A trente ans de distance je me rappelle l’odeur des foins et le goût des fruits sauvages qui bordaient les haies. Que de papillons n'’ai-je pas empoignés dans ces champs où se fait entendre aujourd’hui le sifflet de la manufacture Rolland ! Combien d'oiseaux n'ai-je pas emprisonnés pour leur prodiguer mes soins dont ils sont souvent morts | Je m'en suis même confessé tant ma mère m'en faisait des reproches. Ah ! ma mère ! A chaque pas j'entends sa voix, je sens sa main qui me soutient. Je la vois nous conduisant, le soir, au pied de la grande croix de bois qui s'élevait à la fourche des trois chemins, et devant laquelle s’arrêtaient les convois funèbres pour récier le De profundis. Tout me parle d'elle : et le chemin par où elle me conduisait à l'Eglise, et la salle où elle déposait les roses doubles du jardin, et le salon où nous récitions la prière en
famille, et Ja chambre où je la vis rendre son âme au Dieu qu'elle nous
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dorreurs, profonde lieues à commis.
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plainte, ni un fremissement, ni un frôlement d'aile. On m'avait racon-
avait appris à aimer... Aujourd’hui cette maison est vide. Mon père, qui a arrosé le champ de ses sueurs, après avoir quitté le commerce, y est mort ; mes sœurs s'en étaient alors éloignées pour se marier ; mes frères, comme moi, ont leurs affaires ailleurs. Pourquoi ne garde-t-on pas le bien paternel où l'on puisse de temps à autre aller se nourrir des souvenirs si doux aux gens de cœur ! Hélas, maintenant pour sentir la présence de ceux que l’on a aimés il faut se rendre au cimetière. C'est là qué dorment à l'ombre de la croix et ma grand'mère et mon père, et ma mère et une sœur et tant d’autres qui nous furent dévoués. Ils sont là toujours, et quand l'herbe pousse sur leurs tombes, et quand Er la neige les couvre de son linceul, et quand le soleil réchauffe leur xs tertre, et quand l'étoile scintille aux cieux. Pensent-ils? Entendentils? Reconnaissent-ils? J'ai marché souvent près des saules de leur ds mausolée, je me suis agenouillé sur la marche qui recouvre leurs ve pieds ; j'ai versé des larmes qui jaillissaient de mon ‘“œur pressuré
par la douleur. J'ai écouté... Rien n’a répondu, ni ur: soupir, ni une
té bien souvent que les âmes apparaissent quand la nuit brunit la nature et que les oiseaux se taisent. J'ai regardé dans la feuillée qui s’agite, dans l'herbe penchée, dans l'air qui murmure, dans le firmament qui étincelle.. Rien de la voix de ceux qui sont là, sous l'herbe, le front aux étoiles depuis cinquante ans, quarante ans, trente ans, vingt ans, dix ans. Rien...” que la voix de la nature qui chante la toute puissance d’un créateur. Rien que la plante qui renaît au printemps par un miracle aussi grand que celui de la résurrection de la chair, et qui me dit: Espère. Et je me suis relevé. Et j'ai aperçu la croix qui me raconte les bontés de mon Sauveur et qui me persuade que tant de sacrifices, tant de douleurs, tant d'amour ne peuvent pas être à jamais ensevelis dans cette lugubre fosse. Non, non, ces fleurs parfumées, ces astres harmonieux, n'assisteraient pas à un tel anéantissement. Je crois, et cette croyance sèche mes larmes.
J'aurais aimé à revoir au village la maison d'école où un maître m'a appris les grosses lettres et le petit catéchisme. J'y aurais peut-être reconnu la table marquée de la pointe de mon canif et le martinet du père Mathieu. Tout ça s’est effacé au souffle du progrès. Je vois bien le site où existait la maison d’école, la côte où l’on déchirait nos pantalons, la rivière où nous trébuchions sur nos patins, mais l’école n’y est plus. C'est à peine si quelques citoyens d’alors restent pour me dire que je ne suis pas trop vieux. La plupart sont partis, ceux qui vivent encore sont courbés vers la tombe. Et la génération qui pousse ne me connait que de loin. Pourtant l’église où j'ai fait ma première / communion existe encore, c'est la même ; la sacristie où j'ai souvent servi la messe, est la même, rajeunie même par une boiserie nouvelle ;
“le presbytère où ont vécu, et le révérend M. Blythe, qui m'a baptisé, et le révérend M. Thibault, qui m'a fait faire ma première communion, et le révérend M. Brunet qui a enterré ma mère, et le Rév. M. Groulx, qui a marié mon frère, et le revérend M. Graton qüi a enterré mon père. C'est à l'Eglise, autour de l'Eglise, au presbytère que se concentre la vie du passé. Que ne peuvent-ils toujours exister ces monuments pieux qui rappellent à l’âge mûr tant de douces émotions, et à la vieillesse tant de fêtes du passé. Aussi les paroissiens devraient-ils s’efforcer, quand ils bâtissent des églises ou des dépendances curiales,
de les construire solides, fortes, et adopter des plans de monuments,
qu'ils peuvent agrandir, sans jamais les détruire. C'est d'ailleurs le symbole de la religion implantée dans le sol qui répète à nos arrières petits enfants que nous étions catholiques, et qui leur recommande de l'être ; c'est l'arbre de la famille religieuse chargé des souvenirs d’autrefois et qui fait entendre aux générations la grande voix de l'espérance.
Aujourd'hui les hommes de profession qui existaient il y atrente ans sont presque tous partis. Le premier notaire qui se soit établi à St-Jérôme était M. André Bouchard Lavallée. Ce brave M. Lavallée était venu jeune s'établir à St-Jérôme où il avait épousé une demoiselle’ Testard de Montigny. Il fut agent des terres de la couronne, et dans le but de promouvoir les intérêts de la colonisation, il avait été s'établir à St-Adèle, où il avait une ferme qu’il faisait cultiver avec beaucoup d'art. Je vois encore sa maison peinte en blanc, læplus voisine de l'Eglise, et devant laquelle sont de grosses érables qu’il avait transportées sur son dos, il y a quarante ans. Le Lieut.-Col. Lavallée est venu mourir à St- Jérôme qu’il avait tant aimé et où demeurait sa vieille mère, née Duchesneau, qu'il affectionnait. Elle l'a suivi peu de temps après dans le tombeau. Des anciens notaires de l'endroit il ne reste plus que M. Melchior Prévost, qui pratique encore sa profession. Sa femme, fille du distingué Dr. Labrie de St-Eustache, est décédée ce5 années dernières.
Un autre notaire vient de s’éteindre dernièrement à la fleur de l’âge : M. Hervieux avait été régistrateur, directeur du cadastre et inspecteur des bureaux d’enrégistrement. Il avait épousé une des filles du Dr. Lachaine de Ste-Adèle, L'hon. M. J.-B. Lefebvre de Villeneuve aussi notaire, qui avait pris un jeune associé, M. Pepin, est aussi décédé. Il avait épousé en première noce une demoiselle Testard de Montigny et en seconde, une demoiselle Louprette, qui lui survit, M. Ls. de G. Lachaïîne, aussi notaire, est régistrateur du comté.
Le premier médecin résident à St-Jérôme fut M. le Dr. L. E. Larocque, frère de Mgr Jos. Larocque, évêque de Gratianopolis. 14 Dr. Larocque avait épousé une Dlle Testard de Montigny. Il vint s'établir à Montréal où il mourut il y a quelque vingt ans.
Le Dr. Prévost, successivement en société avec ses fils Couetteux et
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Guillaume, s'est partagé la clientèle du Dr. Larocque avec le Dr. de Martigny. Les Drs. Marsan et Fournier y ont exercé la profession d'Esculape, et le Dr Labelle y est décédé.
Quant aux avocats ils y sont depuis une date assez récente. M. Filiatrault y a pratiqué pendant quelque temps. M. Chs. de Montigny, aujourd'hui protonotaire du district de Terrebonne, s'y est établi en permanence le premier. Aujourd'hui MM. Boisseau et Nantel y exercent avec honneur la noble profession. Ce:‘dernier est représentant à la législature provinciale du comté de Terrebonne, dont St-Jérôme est le chef-lieu. Il y publie Ze ÆMVord, qui se partage avec Ze National, édité par M. Morrisette, les faveurs des lecteurs.
Les marchands y sont aujourd’hui nombreux et y font des affaires considérables, avec les gens de la localité et des environs. Le genre de commerce est cependant changé. Autrefois on vendait beaucoup à crédit. Et, il faut le dire, ça été la ruine de plusieurs habitants. Il y a un adage américain: ‘“ Qui s’endette s'enrichit.” Oui, quand
on s’endette d’une manière rationnelle ; quand on emprunte à six
pour faire un commerce qui rend douze. Mais quand on emprunte pour . acheter ce qui n’est pas nécessaire on peut dire: ‘“ qui s’endette se ruine.” Le crédit est aussi la ruine de la plupart des marchands. Voilà pourquoi ceux de St-Jérôme ont tué le crédit, et ils s'en trouvent bien.
Les habitants de la ville et de la campagne sont entreprenants, et ils savent au besoin faire beaucoup de sacrifices pour promouvoir les intérêts de leur localité. Les conseils municipaux exemptent de taxes ceux qui désirent y établir quelques bonnes industries. La ville est divisée en deux camps pendant les élections, mais l'esprit public les réunit aussitôt après pour travailler à l'avancement de cette municipalité, qui est la première en importance, et que l’on intérroge toujours dans les affaires publiques, parce que ses hommes d’affaires sont reconnus pour avoir beaucoup d'initiative et surtout un grand dévouement. Un sens moral d'élite les distingue, et l’on n’y connait pas parmi les classes dirigeantes de bipèdes appelés Æbres penseurs. Ce sont des gens qui savent prier et qui se font un honneur de le faire.
Il peut y avoir quelques négligents, mais je n’ai pas connu d'incrédules. Je ne pense pas que plusieurs personnes aient été enterrées hors du cimetière béni pour cause d’impénitence finale. Dieu en soit loué, et prions-le qu’il préserve la paroisse d’un tel malheur. C'est bien la plus belle des consolations du chrétien, de pouvoir espérer qu'il se trouvera un jour réuni à tous ceux qu’il aura connus, avec qui il aura été élevé, avec qui il aura vécu, et à tous ceux qu'il aura aimés ici-bas.
J'ai voulu consacrer un chapitre spécial à un homme de la ville de St-Jérôme que tout le monde connait et qui est l’ami de tout le monde, parcequ'il est l’un des plus grands bienfaiteurs de son pays. DE
AS
Le curé Labelle est à lui seul toute la personnification du Nord. Il en a les proportions, Dieu merci ! ! ! Je me suis dispensé d'apprécier aucun des hommes dont j'ai parlé, parce que j'y voyais de graves inconvenients, Mais ici les obstacles cessent, car pour un prêtre, il ne peut s’enorgueillir qu'on le vante et il ne peut se fâcher qu'on lui dise de grosses vérités. Et je ne m'en gênerai pas. A tout tableau il faut une
ombre, c’est ce qui f.: ressortir les couleurs. Aussi le tableau que
je vais faire du populaire curé.Labelle comportera-t-il son ombre. M. Labelle a les défauts de ses qualités poussées à l'excès. La difficulté pour faire son portrait git dans la question de savoir si je vais commencer à poser les ombres avant les couleurs, ou si je ne devrais pas plutôt étendre le coloris et ensuite y estomper les ombres. Les modèles sont assez rares en ce pays où l’on blâme ou louange exclusivement son sujet, mais sans presque jamais mélanger ces deux éléments si essentiels à l'art pour être vrai. Aussi la plupart du temps on ne distingue guère la copie d'avec l'original.
Je me décide à prendre le premier procédé ; ça tient plus de la sculpture, et c'est ce qui convient à la taille de mon héros, j'entends la taille morale,
Je veux être fidèle, et ceux qui me liront, en voyant un grand homme pétri de boue comme nous, se sentiront encouragés à le suivre ou à limiter. En voyant que celui-ci a ses défauts qui le font ressembler aux autres, les hommes de bonne volonté sentiront que malgré leur faiblesse ils peuvent aussi accomplir de grandes choses.
Le désir d’être utile engage le curé de St-Jérôme à s'occuper d’une foule de choses à la fois. Aussi traite-t-il de tout: philosophie, physique, chimie, agriculture, politique, chemins de fer, mines, théologie, questions sociales, d'économie politique, etc., etc. Mais il arrive quelquefois qu’il perd en profondeur ce qu’il gagne en superficie. Il s'appuie sur ses talents naturels qui sont transcendants; mais la vie de distraction qu'il a menée ne lui a pas permis d'approfondir tous ces sujets sur lesquels il parle avec beaucoup de bons sens. La force de son jugement lui fait tirer des conclusions justes quand il saisit les prémisses, Mais comme la majeure et la mineure sont le fruit de connaissances acquises, il arrive quelquefois que son esprit, qui va jusqu’au génie, se fourvoie. A lui comme à d’autres on est obligé d'appliquer le dicton : “ qui trop embrasse, mal étreint.”
L’ardeur qu'il met à résoudre une question le rend violent dans la discussion, et lorsau’il se sent contredit avec avantage et qu’il ne peut, avec la subtilité qu’il possède, s'emparer des connaissances de son adversaire, il s’emporte au point de s'éloigner des régles 4e la modération. Il se rattrape alors par des mots très heureux, qui lui assurent le concours des rieurs, mais qui ne résolvent pas toujours la auestion d’une manière satisfaisante,
Nord. Il ’apprécier ves inconil ne peut ii dise de 1 faut une
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Afin de mieux faire saisir son idée, même quand elle est juste, il
emploie des comparaisons précises souvent, mais avec des expressions
qui ne convienr ent pas toujours à son caractère, Il s’est tellement familiarisé avec ce .angage, qui a fait rire bien du monde, qu’il n’en voit pas la rudesse et il le ramène trop souvent dans la conversation.
Cette manière de parler lui échappe même quand il n'a pas de contradicteur, et jusque dans les assemblées publiques où, à tort ou à raison, on exige un langage plus en harmonie avec les oreilles non endurcies au contact du réalisme,
Le désir de faire prévaloir ses théories qu'il croit bonnes, je n’en doute pas, et de les faire comprendre aux gens, l’a amené quelque fois à oublier qu'il ne doit pas s’amoindrir en descendant jusqu’à eux, mais bien les élever jusqu’à lui.
Dans ce pays où l'aristocratie côtoie la démocratie par plus d’un côté, les hommes de profession tiennent quelquefois des propos de corps de garde ou de halles, et s'imaginent par là cultiver leur popularité, S'ils savaient combien cette popularité est éphémère et à quel degré elle ôte le respect dû aux classes dirigeantes, ils ne voudraient certainement pas renoncer au titre si apprécié d'hommes bien élevés.
Inutile de dire que si ces allures se trouvaient parmi les membres du c'ergé elles feraient mauvaise école. *
Puisque nous y sommes, disons aux hommes de profession qu'ils oublient quelquefois leur dignité jusqu’à se plier aux exigences exagérées de ceux avec qui ils font affaire, jusqu'à paraître partager des principes qu'ils n’approuvent en aucune manière. Cette tactique, que l'amour-propre fait adopter, est désastreuse, puisqu'elle prête main forte arx ennemis d’une cause quelquefois sacrée, et qu’elle fait déprécier grandement ceux qu’on sait ne pas avoir le courage de leurs opinions.
Ces défauts se trouvent malheureusement souvent chez les hommes les mieux doués, surtout du côté du cœur, car ils se laissent entraîner à une fausse conciliation par amour de la paix. Mais cette manière d'agir se fait aussi remarquer chez des hommes qui ne pêchent pas par le cœur, Ils agissent ainsi par calcul. <
En politique on appelie ces hommes des fins, des politiciens, des smart. En religion on les appelle des catholiques à l’eau de rose. Ils veulent concilier toutes les théories, plier la religion à tous les caprices ; ils concèdent que chacun peut pratiquer à sa guise ; que la religion n’a rien à faire dans les questions temporelles ; que pour le succès d’une entreprise on peut $acrifier un principe qui ne produit point la richesse et que “ la vertu sans l'argent est un meuble inutile.”
Je ne veux certes pas prêter au populaire curé de St-Jérôme des idées incompatibles avec son caractère sacré ; mais l’ardeur qu’il met
à faire triompher de bonnes et saines théories a pu facilement faire croire qu'il ne soumettait pas toujours les moyens au contrôle de certains principes rigoureusement interprétés.
Ceux avec qui il a travaillé, auxquels il a prêté un appui puissant, ont peut-être donné lieu de lui attribuer ce qui n’était que l’œuvre de ses collaborateurs. Tout ce qu'il y a de certain, c'est que sa bonne foi est au-dessus de tout doute. Car on n’est pas aussi dévoué, et pendant si longtemps, au succès de causes que l’on ne croirait pas bonnes.
Ilest de ceux qui pensent que la religion n'est pas incompatible avec le progrès, et ila travaillé à établir qu’elle lui est même favorable. Voilà pourquoi il s'efforce de servir les intérêts de la religion en favorisant les intérêts temporels. Aussi son rôle ne se limite-t-il pas à prêcher l'évangile, il donne encore à ses habitants des leçons propres à les faire prospérer. Le curé est bien l’homme qui peut le mieux se faire croire, car les habitants ont tellement été trompés par quelques. hommes politiques qu’ils n'ont plus guère confiance qu'en leurs curés.
L'éducation qu'il reçoit lui donne d’ailleurs des connaissances précieuses et le rend propre à tout apprendre, surtout cette science sociale qui guide sûrement les hommes dans la voie du vrai progrès.
Aussi d’après les conseils du curé de St-Jérôme ses habitants ont-ils fait un pas sensible dans différentes branches d'industrie, mais surtout en agriculture. L’estime dont il jouit parmi les hommes de profession lui a rendu la tâche comparativement facile, en ce qu'ils secondent ses efforts. Il existe dans cette paroisse un esnrit d'union fort remarquable dont le curé semble être le lien le plus puissant.
L'amour du bien public passionne cette nature d'élite, au point de ne lui laisser aucun repos. Le jour, la nuit il travaille au triomphe de ses idées patriotiques. Veilles, voyages, rien ne lui coûte pour accomplir ce qu’il croit conduire au bien de ses compatriotes, car son patriotisme s'étend au delà de sa paroisse. Il connaît bien son pays, ses ressources et ses besoins. Ses visées larges et lointaines ne sont pas toujours comprises, les moyens qu’il emploie ne sont pas toujours approuvés, et c'est ce qui le porte à des impatiences propres à froisser les autres. Mais il lui sera beaucoup pardonné, parcequ'il aura beaucoup: aimé. Et tout le monde est si persuadé que c’est par amour pour son pays qu'il agit, qu'on ne fait pas trop attention à l'énergie de ses expressions. Une de ses grandes qualités, grande surtout chez un prêtre, c'est qu'il n’a rien qu’il ne soit prêt à sacrifier pour le bien public. Non seulement le pauvre l’aide à manger sa dime qu'il ne calcule jamais, mais les étrangers trouvent dans son presbytère une généreuse hospitalité. Tout le monde est chez soi dans la maison curiale, où tout se fait avec une grande simplicité. Il ne connaît pas le luxe, et depuis le fumoir jusqu’au salon, tout est réduit à sa plus simple expression. Je
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ssant, ont re de ses ne foi est endant si es. k ible avec avorable.
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Jour son > ses ex- 1 prêtre, ic. Non jamais, e hospitout se epuis le on. Je
fais une exception pour la table qui est généralement riche et abondamment servie. Il ne semble pas même s'en douter, car pour lui i n'y mange pas de plus grand appétit que quand en route pour les cantons du Nord, il gruge sous le pouce un morceau de pain et de lard. Pourvu que la salle où il reçoit soit bien pourvue de pipes et de tabac, de grands crachoirs, d'échantillons de cailloux, des grains de la vallée d'Ottawa ou des plantes de la Rouge, il est heureux dans sa soutane d'étoffe du pays et sa chaise de hêtre à éclisses d’orme.
Il y a quelques années je lui avais donné un petit tableau assez original et qui contenait son portrait entouré de petits cailloux, de quartz, de mica, de sable, etc., tirés d'une mine qu'il faisait explorer à
" St-Jérôme. Le tout était encadré de quatre petites branches d'érable
brute; c'était d’un cachet parlant. Je ne vois plus ce petit tableau. Qui l'a ôté? Pourquoi l’a-t-on fait disparaître? Pourtant il n’y a pas d'enfants dans cette maison. Toutefois on l’a remplacé par le portrait du curé fait à l'huile et fidèlement exécuté par un artiste résidant à St-Jérôme, M. Colin, décédé depuis. Dans ce temps là on ne lui entendait parler que de mines, comme avant il n’avait parlé que de chemin de fer qu’il donnait même à faire comme pénitence en confession, ‘comme ensuite il ne parla qu’agriculture. Gare à ceux qui ne s’intéressaient pas à ces sujets. Il fallait qu'ils les digérassent sous peine de ne pouvoir rester plus longtemps au presbytère. Quand il ne pouvait accrocher quelque martyr pour en administrer il se rendait chez les voisins, leur ingurgitait des doses de cette panacée et les faisait dormir bien avant l'heure, C'est pourtant à répéter bien des fois la même chose qu'il est venu à bout de persuader les gens de se remuer et de travailler à ces industries.
Comment voulez-vous qu'il ne convainque pas ceux qui se tiennent ‘éveillés? Il a une lucidité d'esprit extraordinaire, une explication persuasive et une conviction qui lui donne une grande persévérance dans cet apostolat.
Le succès lui a donné beaucoup d'assurance et lui a acquis le <oncours de puissants amis.
Comme prêtre il est certainement admirable, D'un désintéressement <omplet, il oublie ses propres affaires pour s'occuper du bien public, Il est charitable et d'une piété éclairée ; il est toujours à son poste
quand les affaires publiques ne l’entratnent pas ailleurs, et alors il est.
toujours remplacé.
Le curé Labelle a accompli de grandes choses, et il fait plaisir de le classer parmi les biénfaiteurs du pays.
Son œuvre principale est la colonisation qu'il a développée d'une manière étonnante. L'un des grands avantages qu'il a procurés à cette cause, ça été de donner une direction à de jeunes collaborateurs qui
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se sont inspirés à son école. Aussi les populations du Nord de Montréal lui vouent-elles un culte que partagent les curés de ces paroisses surgies depuis quelques années.
La paroisse de St-Jérôme doit beaucoup à ses conseils qu'il sait donner quand l’occasion s’en présente. Il ne croit pas indigne du prêtre de leur parler d'intérêts matériels, même dans la chaire de vérité, persuadé qu’une honnête aisance offre des conditions favorables au développement de la vertu. L'économie, la propreté, le travail, la sobriété, la simplicité, la politesse, tout cela est recommandé par lui, et les étrangers ne sont pas sans remarquer que les habitants de St-Jérôme ont profité des leçons de l’apôtre sous ce rapport. ;
Nous ne pouvons parler du curé Labelle sans parler de sa mère, de sa sainte mère, que tout le monde appelle “ Madame Curé.” C'est l’âme du presbytère qu’elle conduit encore à l’âge de 75 ans. Elle prévoit tout, elle a une parole d'amitié pour tous ceux qui visitent la maison, et a une larme pour toutes les douleurs. Femme de dévouement incomparable elle se consume dans l’accomplissement d’un devoir fatiguant, puisque le presbytère de St-Jérôme est le rendez-vous des hommes importants qui visitent la ville, le lieu de réunion de tous les prêtres du Nord, et le refuge des pauvres de la paroisse. Madame Labelle, pour suffire à cette tâche, se lève à 5 heures du matin, se couche souvent à onze, et elle se croit bien payée de ses fatigues et de ses sacrifices, quand elle voit ses hôtes contents et donner des marques d’estime à celui qu’elle appelle son “p'tit garçon.” C’est son fils unique que le ciel lui a donné miraculeusement. Aussi vit-elle pour lui, car | son seul désir est de lui survivre. Il faut tout dire : elle le gâte, et | nous ne savons pas comment il ferait sans sa mère qui l'a habitué à n'avoir jamais souci du lendemain. Il est vraiment difficile de rêver mère plus dévouée que madame Labelle que tout le monde aime, estime et vénère.
On comptait de ces femmes autrefois, maintenant c’est presque uñ phénomène. L'éducation y est pour quelque chose, —surtout l'éducation domestique.—-Madame Labelle est bien cette femme forte de l’Evangile. En la connaissant on a une idée de quelles immolations une femme est capable, quand elle sait vivifier et raffermir son âme au contact de l'amour qui sauva le monde par le sacrifice. ‘ Telest l'amour maternel, sans égal dans la création ; il naît en un instant, sans calcul, faisant de la douleur un plaisir, de la privation une jouissance, et opérant des miracles sans le savoir. Il ne connaît ni progrès ni décadence. Le tmps ne l’éteint pas: la vieillesse ne le glace pas.”
e Montaroisses
il sait gne du > vérité, bles au , la sor lui, et Jérôme
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Le rendez-vous était au presbytère de St-Jérôme où vinrent nous rejoindre les deux fils de M. Beaubien, deux fiers gaillards, qui ne respiraient que les courses, l’eau et la poudre. Aussi annoncèrent-ils leur arrivée par des coups de carabine qui faisaient frissonner une paire de belles juments : l’une anglaise, (Jenny) l'autre, canadienne (Rosée),, attelées à un wagon rempli des objets nécessaires au voyage et au colon que M. Beaubien allait établir sur ses terres du Nominingue. Il fallait voir ce chariot encombré de vivres et d'outils sur lequel étaient perchés Bigras, le colon, deux de ses petits garçons et les deux jeunes Beaubien. Les gens qui s’y connaissent disaient un peu haut: ‘C'est une trop forte charge pour les montagnes”. Les pauvres bêtes, eussent-*° elles été habituées à ces montées et descentes continuelles trente-trois lieues durant que c'était, en effet, impruuvut de les exposer avec une telle charge.
Pour nous, M. Beaubien et moi, nous avions loué d’un charretier de l'endroit, Moïse Piché, un grand cheval maigre attelé à ce qu'on appelle au Nord une barouche. Ce véhicule consiste en une planche flexible jetée sur deux essieux et quatre roues. Cette planche est de bois d’épinette, de frène ou d’un autre bois qui, quoique flexible, doit être assez fier pour, à l’ège, se redresser à son état naturel. C’est la voiture par excellence pour les mauvais chemins et les montagnes. Elle est d’une légèreté extraordinaire, ne pesant ordinairement que 125 livres. Elle reçoit un ou deux sièges et il reste assez d'espace pour mettre sur la planche un bagage de 500 à 7: livres. On monte du on descend facilement de cette voiture, qui est basse, et elle n'offre aucun danger, mêre au cas de chavirement. Aussi nous sommes nous promis de n’en avoir jamais d’autres pour une nouvelle excursion. Lorsque nous calculâmes que les chevaux de M. Beaubien traînaient, en sus d’une charge de 2000 livres, un wagon d'environ 1200 livres, nous fûmes effrayés d’avoir exposé ces pauvres bêtes, pesantes de 1200 à 1300 livres, à se morfondre. Hourrah donc pour la barouche et le cheval maigre du charretier Piché qui, trois jours durant, et de longs jours, tenait le devant, de bonne humeur, au bas comme au haut des monts qu'il gravissait pour la moitié au galop. Mais quel art