‹ Colonisation: le nord [microforme]Chapitre 6 sur 17 · ACTE FPIN EN RME UE · texte numérisé non relu

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le médecin, le notaire. Mais l’église attira les colons, et ce centre ombragé par le clocher, l'emporte aujourd'hui sur l’autre, tant il est vrai que l'église est le meilleur agent colonisateur, Aussi est-ce en bâtissant une chapelle, qui servait de logement au curé, et autour de laquelle se groupaient les premiers colons, les gens de métier et de profession, que l'on a fait faire, ces années dernières, un immense pas à l'œuvre de la colonisation du Nord. Le village de St-Sauveur est assez pittoresquement bâti sur une élévation, et il ne manque pas de montagnes pour accidenter le terrain et faire écho à la cloche de l’église, Plusieurs lacs poissonneux se trouvent dans la paroisse, (uelques montagnes recèlent certainement des mines qui se traduisent à la surface par des minerais significatifs. Une mine de plombagine, qui gît non loin du village, paraît remarquablement abondante.

La paroisse a été érigée canoniquement par décret du 6 fevrier 1854, se composant ‘des côtes St-Godfroid, Ste-Elmire, St-Lambert et. St- Gabriel, à l'exception des neuf premiers lots de la dite côte St-Gabriel, des seplième et huitième rangs du township d'Abercrombie, et de toutes les terres qui se trouvent des deux côtés de la rivière du Nord depuis William Shaw inclusivement, jusqu’à la côte St-Lambert.”

La paroisse a été organisée civilement le 6 août 1855, en vertu du 18 V. c. 100—* bornée au Nord par le canton de Morin; à l’est partie par le canton d’Abercrombie, partie par les dix premiers lots du 8e rang d'Abercrombie et partie par la paroisse de Ste-Adèle ; au sud par la paroisse de St-Jérôme ; et, à l’ouest, par la municipalité des Mille Isles.— Ziste des municipalités par C. E. Deschamps.

En 1872 (36 V., c. 345. 2) une partie du 8e rang du canton d’Abercrombie, qui faisait alors partie de la municipalité de la paroisse de St-Sauveur, et qui se trouvait dans St-Hypolite, a été détachée de la dite municipalité et annexée à la municipalité d'Abercrombie.

En 1883 fut tracé un grand chemin, partant de Morin et traversant Howard jusqu’à la chapelle St-Adolphe, sur le bord du Lac St-Joseph, continuant de biais sur les 6e 5e 4e rangs, et ensuite dans Montcalm sur les rangs 7 et 8, pour recontinuer dans la ligne de division des cantons de Salaberry et Arundel jusqu’au chemin de la Rivière Rouge. Cette artère fait passer au village de St-Sauveur les produits de ces cantons. ,

La population de St-Sauveur était,-en 1881, de 1616 habitants, dont 1423 étaient catholiques. Il y avait alors 17,181 acres de terres occupées, dont 10,513 en exploitation, 6995 en culture, 3,489 en pâturage, et 29 acres en jardinage. A cette époque il y avait 49 acres consacrés à la culture du blé rapportant 740 boisseaux de blé du printemps. Les autres produits étaient les suivants : 780 boïsseaux d'orge ; 34,100 minots d'avoine, 2 boisseaux de seigle, 762.boisseaux de pois et fèves,

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8,435 boisseaux de sarrasin ; 559 boisseaux de maîs ; 220 âcres de terre étaient alors consacrés à la culture des patates qui ont produit 19,993 boisseaux ; on y recueillit cette année là 424 boissezux de navets, 2772 boisseaux d’autres racines.

Le foin.a donné, sur 1927 acres, 2,174 tonneaux. On y a recueilli 194 boisseaux de graines de mil et de trefle. Le blé comme on le voit rapportait 27 minots l'acte.

On constate par cet état qu'on y a semé un peu de tout. Cette expérience démontre aux habitants ce qui peut y réussir et ce qui leur sera le plus utile, vu l'éloignement des marchés.

Le canton Morin, où se trouve St-Sauveur, a été érigé par proclamation du re septembre 1853. 1 n'avait plus en 188r que 8,281 acres de terre non vendues. Le sol de ce canton, dit le “ guide du colon,” est généralement bon, mais en grande partie rocheux et montagneux.

“Le canton de Morin, dit la proclamation du 19 février 1852, (Ziste de C. E. Deschamps, p. 355Ÿ comprendra ‘“ toute cette étendue ou compeau de terrain borné et limité comme suit: au nord est, partie par le canton de Doncaster, partie par le canton de Wexford, partie par le canton G’Abercrombie; au sud-est, partie par le canton d’Abercrombie et partie par l’augmentation de la seigneurie de Mille Isles ; et à l’ouest, partie par le canton de Beresfoïd, partie par le canton projeté de Howard, et partie par le canton de Wentworth. Commençant à un poteau et borne en pierre planté à la ligne extérieure sud-ouest du dit canton d’Abercrombie, et définissant l'angle le plus au nord de la dite augmentation de la seigneurie de Mille Isles et ‘l'angle est de la dite étendue ou compeau de terrain; de là, longeant la ligne nord-ouest de la dite augmentation de Mille Isles, astronomiquement sud-ouest, 617 chaînes et cinq chaînons, plus ou moins, jusqu'à un poteau ou borne en pierre planté à l'intersection de la ligne extérieure est du dit canton de Wentworth, et définissant l’angle le plus au sud de la dite étendue ou compeau de terrain ; de là, la longeant dite ligne extérieure est du canton de Wentworth, nord, 9 degrés est, 336 chaînes, 16 chaînons, plus ou moins, jusqu’à un poteau ou borne en pierre planté pour marquer l’angle le plus à l’est du dit canton de Wentworth et l'angle le plus au sud-ouest du canton de Howard; de là longeant la ligne est du dit canton de Howard et en continuation le long de la ligne est du dit canton de Beresford, nord, 11 degrés 15 minutes est, 1024 chaînes, 84 chaînons, plus ou moins, jusqu'à un poteau et borne en pierre planté à l'intersection de la ligne extérieure sr. ouest du dit canton de Doncaster, et définissant l'angle le plus au no: d de la dite étendue ou compeau de terrain ; de là, longeant ladite ligne extérieure sud-ouest de Doncaster, et en continuation le long de la ligne extérieure sud-ouest du dit canton de Wexford, sud, 45 degrés

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Organisé le 1° juillet 1855. Voir Dossier No. 1565, 85, Secrétariat Provincial.

Moins : cette partie comprise dans Ste-Agathe.

Moins: cette partie comprise dans Ste-Adèle, (44-45 V., c. 30.)

‘“ Dans Morin, dit la géologie du Canada de 1863, la roche est composée d’une pâte felsdpatique à grains fins, d’un gris pourpre, blanchissant à l'air et renfermant des masses clivables de feldspath bleu lavande de plusieurs pouces de diamêtre. Plusieurs de ces masses montrent un beau chatoiement vert jaunâtre et bleu foncé, et les mêmes teintes émanent quelquefois de certains points dans la pâte. Ces roches sont généralement massives, et il est parfois très difficile de trouver aucune marque de ces surfaces parallèles qui sont si souvent dans le gneiss à orthose. Les grandes masses clivables de labrodorite, cependant, aussi bien que l’hypersthène et l’ilménite qui se trouvent dans la roche, forment la plus grande partie des bandes qui paraissent être parallèles les unes aux autres ; et des bandes grenatifères, pyroxéniques et micacées indiquent occasionnellement la même disposition.”

Nous ne pouvons nous défendre d’une impression qui s'impose en voyant aujourd’hui St-Sauveur si prospère, en constatant les défrichements qui s’y sont faits et l’aisance qui y règne. Il y a quelque trente ans, alors que cette paroisse était naissante, on prenait pitié des colons qui s’y dirigeaient, la poche sur le dos et la hache au côté : c'était l'avoir de plusieurs d’entre eux. Aujourd’hui ils sont presque tous des cultivateurs indépendants, quelques-uns sont riches ; et leurs enfants sont établis à côté d'eux, avec chacun un lot de cent acres, quelquefois avec plusieurs de ces lots.

Ils jouissent de tous les bienfaits de l’organisation municipale qui offre aux citoyens une somme considérable de liberté.

Il faut que je parle d’une espièglerie de mon temps. Je n'y di pas pris part, mais je suis tout de même coupable d’en avoir ri. C'est pourtant une affaire effrayante ! |

Il y avait alors, au petit village de St-Sauv-ur un farceur de marchand qui aimait à jouer des tours, mais des tours à faire tordre le cou...l Pendant les fêtes de... disons 1864, nous étions en promenade

à cet endroit lorsqu'il nous prit fantaisie d'aller avec ce diable de marchand, pour ne pas dire plus, chercher au grand village un voyage de paille. Quel plaisir de revenir sur ce meulon et de descendre la grande côte qui sépare les deux endroits! Le marchand, à qui appartenait la #raîne à bâtons, s'était bien galamment constitué le cocher et poliment avait donné les places d'honneur à ses invités. Il n'avait pas plutôt pris la côte que l'imbécile, puisqu'il faut parler net, mit le feu au voyage de paille, et lança son cheval au galop. L'histoire de faire tuer ses amis, tout simplement. Car, comme bien .'‘on pense, il fallut déguerpir, et sans les délais réservés par le code au plus gredin des locataires. Heureusement qu’une épaisse couche de neige permit aux éxcursionnistes de sauter à bas sans danger. Mais vous voyez d'ici l'équipage qu'emportait la bête, je devrais dire les deux. Heureusement, il faut le dire par charité, que ce ne fut qu’ux feu de paille et que le vent l'éteignit avant son entière consommation. Et de rire à gorge déployée. Le pingre n’en fut pas quitte, car si je me rappelle bien, on lui fit payer quelque chose ! !!

Mais continuons notre route. Il passe midi, et il faut aller camper à Ste-Agathe.

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De St-Sauveur à Ste-Adèle la route est pittoresque. On parie beaucoup de la Suisse dont les montagnes, les vallées, les glaciers enchantent les voyageurs et font rêver les amoureux. C’est grandiose, certes, et j'avoue que c'est le seul pays, avec Venise, que les illusions ne m’avaient pas fait entrevoir autrement que je l'ai vu à vingt-deux ans. Mais si nos montagnes du Nord étaient, comme celles de l’Helvétie, ornées de grands hôtels placés dans de beaux sites, près des lacs, où les voyageurs trouveraient avec le logis pour leurs familles, des appareils de pêche,.des embarcations, des bains, des montures pour faire des ascensions sur les pics qui dominent la plaine, des guides pour visiter les grottes, dont quelques-unes sont féeriques, enfin ce qui, pendant un séjour à la campagne, répond aux exigences des citadins en santé et surtout des malades, je ne doute pas qu’une foule de personnes s’y rendraient en villégiature. Et ce séjour, je le dis sans médire, serait souvent préférable à celui des bords de la mer où bien des personnes faibles vont grelotter une partie de l’été, tandis qu’un air calme et serein conviendrait bien mieux à leurs faibles poumons ou à leurs bronches irrités. Ce que c’est que la confiance ! Il y a de bonnes âmes qui vont à la mer parceque leur médecin leur a dit que c’est salubre. Passe pour une première fois, elles en reviennent plus mal, mais elles y retournent tant qu’elles ne sont pas exténuées. Vous voyez des personnes dyspeptiques qui persistent à manger d’un met auquel leur estomac est rebelle, parceque leur médecin,qui a vu ça dans un livre, leur a dit qu’il leur convenait. Qu'on me permette donc une grosse malice : le chien et le chat sont plus intelligents ; ils ne mangent plus de ce qui leur a fait mal une fois. Le bœuf qui se fait piquer par les moustiques s'approche de la fumée qui les éloigne ; le cheval fuit l'ombre pour rechercher l'endroit exposé au soleil, afin de se débarrasser des mouches qui le tracassent.

Quoiqu'il en soit il y a dans nos montagnes des séjours calmes où l'âme fatiguée peut respirer tranquillement loin des émanations fétides,où les poumons délicats peuvent se réconforter, où les constitutions débiles peuvent se tonifier, dans des bains d'air pur. Et, je n’en doute pas, la science fera découvrir des sources d'eaux minérales qui s'offrent depuis

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longtemps à Tattention des valétudinaires. Et pourquoi le fer qui suinte des montagnes, et le souffre qui flotte sur nos mares d'eau n’auraient-ils pas été recueillis en dissolution par le suprême chimiste dans des réservoirs creusés au sein de son vaste laboratoire? Toutefois, tenez vous le pour dit, lecteurs et surtout lectrices que la nature ou l’art a rendu rachitiques, scrofuleux, goutteux, rhumatisants ou etc., vous trouverez dans les Laurentides, comme dans les Alpes, et mieux qu’à Orchard Beach ou Cacouna, l'air pur, l’eau limpide, les délassements de la campagne, pourvu bien entendu, que vous n'y passiez pas partie de vos nuits à danser, jouer, boire ou manger. Contre ce régime, je vous en donne mon billet, aucun séjour ne tiendra. si ce n’est le séjour des morts où encore vous ne resterez qu'à condition de vous tenir tranquilles, enfin.

Pas nécessaire, jeunes garçons et jeunesfilles, en allant là, de déposer à la porte vos sentiments, vos amours. Non, non. Car dans ces grandes forêts aux chevelures si abondantes, dans ces montagnes aux formes si gracieuses, sur ces lacs profonds à la sérénité si candide, le cœur s'ouvre mieux, on rêve mieux à celle qui est belle comme la nature, à celui qui est fier et loyal comme ces bois de la colline couronnée de chênes et d'érables. Oui, il y a là de quoi répondre aux aspirations d’âmes ardentes qui cherchent le beau et veulent seressouvenir. Aussi entonnions nous quelquefois, mes compagnons et moi, lorsque nous étions au sommet de ces collines parfumées, ce vieux soupir Normand bien connu de nos pères :

‘J'ai vu les champs de l'Italie Et Venise et ses gondoliers, J'ai vu les champs de l’Helvétie , Et ses châlets et ses glaciers.

En saluant chaque patrie, Je me disais: aucun séjour N'est si beau que ma Normandie, C’est le pays qui m’a donné le jour.”

En voyant ces silencieux rochers abruptes que l’on aperçoit sur la route de Ste-Adèle et qui semblent attendre qu'on les fasse parler, je me suis demandé pourquoi on ne s’en servirait pas pour élever des monuments impérissables à la gloire de nos hommes éminents, de ceux qui ont travaillé au bonheur de leurs compatriotes et surtout de ces zélés apôtres de la colonisation ?

J'ai vu de ces pics qui se tiennent là debout, défiant les orages, et qui dans leur imposante majesté raconteraient merveilleusement les œuvres de nos bienfaiteurs. Ils nous rappeleraient ces grands orateurs Hurons ou Iroquois qui se levaient fièrement au milieu de

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