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leur tribu pour chanter Îles faits d'armes des héros disparus. J'ai vu sur le flanc de ces grands fantômes cuirassés de granit, des blocs fièrement exposés et pouvant contenir en grossès lettres les noms bénis de nos Canadiens qui se sont sacrifiés pour l'avancement de la colonisation : les Morin, les Labelle, les Brassard, les Provost, et tant d’autres dont les noms resteront ensevelis si la reconnaissance publique ne les relève de l'oubli.
Cette route de St-Sauveur à Ste-Adèle, qui est à 18 milles de St-Jérôme, est très accidentée. Elle longe presque continuellement la rivière du Nord, qui reçoit quelques petits tributaires qu’on traverse sur de bons ponts municipaux. Plusieurs de ces cours d'eau font mouvoir des scieries. Nous avons admiré la force d'une turbine adaptée à plusieurs de ces moulins et qu'emploie un industriel de St-Jérôme,—Monsieur Honoré Matte, —pour utiliser les filets d’eau les plus insignifiants. Au moyen de cette turbine tout jet ‘’zau devient une puissance.
Ce monsieur Matte, il faut que j'en parle : ce n’est ni plus ni moins qu'un génie. Et quand je dis gérée, qu’on le sache, j'entends appliquer à ce mot toute sa signification. Il est né en juin 1840, dans cette partie de St-Janvier qui était alors de St-Jérôme. Il a fait ses études à l’école des commissaires. A 14 ans il entrait en apprentissage pour la carosserie, qu’il abandonnaïit à 27 ans, pour se livrer à la mécanique qu'il effectionnait d’une manière#particulière. Les moulins à farine qu'a fait renouveler M. Godfroi La violette à St-Jérôme furent le théâtre de ses premiers travaux. Il mettait en pratique perfdant le jour ce qu’il apprenait en théorie pendant la nuit. Aussi M. Laviolette, qui s’y connaissait, se plut-il à l’'employer dans les constructions nombreuses qu'il fit à St-Jérôme et qui ont puissamment contribué au dévéloppement de l’industrie dans cette localité. “ Je réussissais bien dans la pratique, m'écrivait lui-même M. Matte, à tel point que je commençais à me croire un homme de l’art. Je pouvais calculer la quantité d’eau qui s'écoulait dans une rivière en un temps donné ; mais figurez-vous mon désappointement, quand après une année d’un rude travail des bras et de l'esprit, je compris Que j'étais un grand ignorant, tant j'apercevais de loin et de près des choses que j'ignorais. Croiriez-vous que je regrette presque ces belles illusions que je n'aurai probablement plus ?”
Quoiqu'il en soit Mr. Matte, qui a toujours eu pour défaut d’être trop modeste, est devenu indispensable pour le Nord: Il ne se construit plus une usine de quelque importance sans qu’il soit appelé à en faire les plans, à conduire les travaux. C'est lui qui a fait exécuter les plans
de la manufacture de papier Rolland, dont la construction fait l’admiration des hommes de l’art, particulièrement de celui qui en a fait le dessin,
lequel écrivait en 1885. ‘ I certify that M. Matte superintended and performed the work of the Rolland Paper Mills at St-Jérôme, P. Q., after
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plans and specification executed by myself, to my entire satisfaction, and 1 most cheerfully recommend him as a very competent man and a first class millwright” E. D. Jones.
Ce Mr. Jones, qui demeure à Pittsfield, Mass, est considéré comme ayant fait le tracé des deux plus beaux mécanismes de l'Amérique du Nord: un aux Etats-Unis et celui de l'usine à papier Rolland. M. Rolland a tellement confiance dans le génie de M. Matte qu'il lui a dernièrement confié les plans et l'exécution d’un nouveau jeu de machineries à être adaptées à sa grande usine.
Parmi les travaux nombreux que cet humble artisan a fait tout le : monde admire le moulin Bisson à St-jov:te et le moulin du Nominingue. Ce sont deux petits chefs-d'œuvres de mécänique.
Qu'eñt été cet homme s’il eut fait un cours d'étude qui lui eut permis d’équilibrer ses facultés et de donner à son esprit tout le développement dont il était susceptible? Sans doute la gymnastique qu’il lui a fallu faire pour parvenir seul à un tel degré de perfection, a puissamment contribué à son succès, mais les études classiques sont aussi une gymnastique qui !.‘ urait permis de consulter les anciens, d'apprendre des notions de + de mathématique, tandis qu’il lui a fallu pour ainsi dire les d°\
J'ai parlé de cet homme modeste que tout le monde admire plus encore pour soi tunilité que nour sôh savoir. Mais je pourrais mentionner bien d’autres Can. liens jui, sars études, sans moyens, étonnent par la hardiesse de leur conception, et par l’habileté de leur exécution, et qui prouvent que notre population a des talents naturels extraordinaires. Les manufactures des Etats-Unis sont en grand nombre conduites par des Canadiens qui deviennent des contre-maîtres indispensables. En Canada, on a, dans toutes les branches d'industrie, des compatriotes sans éducation qui exécutent des ouvrages étonnants. Il n'y a qu'à voir agir nos Canadiens, les entendre parler, pour s'apercevoir qu’ils sont d’une nature supérieure. Il leur manque du capital, et disons-le, de l’encouragement Jde leurs compatriotes qui s'imaginçent souvent qu’un ouvrage n'est bien fait que quand il l'est par un étranger. Pourtant la plupart du temps c'est un Canadien qui l'exécute en sous main.
Reprenons notre route vers Ste-Adèle. La rivière du Nord court à cet endroit à travers monts et vallées et offre à Chaque instant des changements subits. Tantôt elle se cache sous d'épais feuillages qui retombent des gros sapins de la rive, tantôt elle se révèle souriante aux caresses du soleil ; quelquefois elle gronde en fouettant les rochers qui emprisonnent sa taille, quelquefois elle lèche en murmurant les granits qui l’encadrent. A ce point de son cours, c'est une jeune fille à son adolescence qui sourit à l'avenir et qui murmure quand des obstacles gênent ses allures. Un feuillage à son corsage dérobe en partie
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sa tailleonduleuse. Eile fait la moue et sourit tour à tour ; elle charme plus par ses grâces naïves que par ses attraits empruntés. Son air reflète les objets qui l’entourentet la pureté de son teint laisse voir la limpidité de soh âme. Elle s’avancé timidement sur le sol accidenté de la vie sans se douter même du rôle qu’elle doit jouer et de la mission qu’elle doit accomplir.
Enfin nous arrivons à Ste-Adèle. C'est le soir, temps où les laboureurs reviennent des champs. On entend le bruit que font les pièces du collier et du harnais à chaque pas du cheval, que monte un paysan ou l'un de ses enfants. Il chante d’une voix tremblottante et nasillarde, un air du bon vieux temps où les ss et les tt ne font pas défaut. Je voudrais pouvoir noter l'air de quelques-unes de ces romances, pour les offrir au public et les rendre impérissables, Il y en a qui sont un bijou du genre. Ceux qui ont entendu les paysans italiens roucouler leurs chansons amoureuses aux fenêtres de leurs dulcinées, sont forcés d’y reconnaître un trait de ressemblance avec les nôtres.
Je ne puis pourtant pas résister au désir d’en copier une dont je vous chanterai l’air quand je vous rencontrerai, et que j'ai entendu fredonner par un gars qui s'appelait Louis probablement.
C'est Aselie Campeau
Ti reste par en haut,
Oh! cé ann’ ben bell’ fille Vous la connaissez t-il,
Par un dimanche au soir
P'ti Ouis s’en va la ouoir
Et en ouvrant la porte
Y d'mande comment a s’porte,
Bonsoir, mon Aselie’
C'est y vrai qu'tu maries Avec le p'tit Charli
Et qu'tu laisses là pti Ouis ?
Non, non, mon cher ti Ouis, C’est toutes des mentries,
» Si jamais j’sus mariée Ça s'ra ben avec toué.
Tirons le rideau...
Autrefois le chemin qui conduisait au village de Ste-Adèle offrait une
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montée d’un mille de long, depuis la ferme Morin jusqu'au som-
met où est bâtie l'Eglise. C'était à échiner hommes et bêtes. Aussi
les honnêtes gens qui y grimpaient avec une charge, commençaient-ils au bas à s’approvisionner d’une bonne dose de patience qui se dépensait quelquefois avant d'atteindre le demi échelon de ce calvaire.
On a maintenant pour se rendre au village, deux routes dont l'une détourne la montagne à gauche, et l'autre suit la rivière, en passant par la ferme qu'avait établie M. A. N. Morin, et aujourd’hui la propriété de M. Lachaine, fils du regretté Dr. [Lachaine, l’un de nos hommes de mérite qui, par goût et par calcul eh grande partie, mais aussi pour servir les intérêts de la colonisation dans une grande mesure, se sont établis loin des grands centres, au milieu des colons. Ils contribuèrent puissamment à encourager les pionniers par leur présence, leur instruction et leurs sacrifices. Cette route a été parachevée en 1883 du onzième rang de Morin, depuis le moulin Marier jusqu'au pont Fâche. Les travaux ont consisté en minage et enlèvement des cailloux.
Cette ferme Lachaine d'environ sept cents arpents de terre, qu'orne une jolie maison de campagne, contient d'excellents moulins à farine et à scie.
Ce coin du canton Morin offre bien des souvenirs à tous les Canadiens de cœur. Çà été le centre des opérations colonisatrices du Canadien le plus dévoué et le plus sincèrement ami de ses compatriotes.
C’est en effet M. Morin qui est le fondateur de la paroisse de Ste- Adèle, du nom de sa digne épouse Dile Adèle Raymond. Mais son œuvre se fit sentir bien loin dans le Nord, car son grand cœur ne pou vait distinguer aucune paroisse, aucun canton, et il fut une providence pour tous ceux qui venaient lui demander secours et conseils. Il aimait à venir se réfugier dans ces montagnes et il faisait ses délices de quitter pour cette sauvage retraite les grandes villes où ses occupations de ministre, de juge ou de codificateur le retenaient longtemps. C'était son bonheur de venir s'asseoir au milieu des colons de Ste-Adèle qui tout pauvres qu’ils étaient, l’approchaient avec confiance. Qu'il est touchant d'entendre raconter ses traits de générosité, aussi humble que gracieuse. Son honnêteté excessive lui faisait récompenser avec
. largesse le moindre service rendu. La misère des premiers colons lui faisait verser à pleines mains même ce qui lui était nécessaire. Monsieur Morin, l'honorable A. N. Morin, fut un grand homme d'état, mais aussi un saint dont nous voudrions voir la vie écrite en détail pour servir de modèle à nos hommes publics. Nous ne pouvons ici que soulever un coin du voile qui recouvre la figure de cet homme |
de bien, de ce charitable citoyen, mais les parfums qui se dégagent des À
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qu'offrirait sa vie écrite dans un livre accessible à tous, comme elle l'est dans le cœur de ceux qui l'ont connu.
Un modeste monument a été érigé dans l’église de Ste-Adèle, à la mémoire de son bienfaiteur, mais ce n’est pas assez pour satisfaire la reconnaissance publique. Et nous avons intérêt à ce que nos enfants sachent ce que peut faire l'amour de son pays dans un cœur chrétien et catholique.
C'est dans cette maison qu'il avait fait bâtir, où il recevait les colons, et qui fut le théâtre de ses bienfaits les plus abondants, qu'il s’éteignit un soir, après une journée de grande charité, en grâce avec son Dieu dans le sein duquel il s’endormit paisiblement.
Ses cendres ne sont pas restées à Ste-Adèle. Son épouse, femme d'élite ‘et de piété, ne pouvant supporter cette perte qu’à l'ombre des cloitres, voulut qu’elles fussent transportées au monastère du Précieux Sang, à St-Hvacinthe,où elle-même est enfermée avec le souvenir de celui qu'elle a apprécié, et pour lequel elle croit devoir consacrer tout le reste de sa vie dans la douleur et les bonnes œuvres. Touchant spectacle de l'amour purifié par la religion et qui continue au delà de la tombe.
Pour moi d’autres pensées encore m'assiégeaient en passant près de cette maison de la ferme Morin, assise sur un monticule que baignent les rapides qui font mouvoir les moulins. C'est là que madame Lefebvre de Villemure, dans un âge encore tendre, s’est affaissée en donnant le jour à un enfant. Son mari était alors agent de M. Morin ; l'avenir était souriant pour ce jeune couple au seuil de l'existence. Qui aurait dit, lorsque j'allais passer partie de mes vacances dans cette maison champêtre, embellie par mon imagination de quinze ans, que la mort était embusquée près de ce séjour si tranquille, attendant une heure déjà marquée. Je passai là en retournant la tête pour voir longtemps à travers mes larmes ce toit où cette jeune mère æ échangé sa vie pour celle de son enfant, et je priai sur la route assombrie qui conduit au village. On ne peut donc faire un pas sans se heurter aux ossements des morts!!......... À peine éloigné de cette ferme où sont morts l’hon. M. Morin, Madame de Villemure, M. le Dr Lachaine et sa sainte femme, en détournant le sentier qui contourne la montagne, j'aperçois une jolie résidence que baigne une coquette petite rivière se jetant à travers les roues d’un moulin à scie, dans la rivière du Nofd. C'est la Rivière aux Mulets avec les dépendances qu'avait fait construire le lieutenant colonel A. B. Lavallée, notaire et agent des terres de la couronne, Encore un qui s'était plu à embellir d’une manière vraiment féerique cette residence terrestre. Tout se prête à faire de ce lieu un oasis des plus poétiques, et les montagnes qui l’entourent, et les caprices de la rivière qui fourmille de poissons, et la fertilité du sol et les plantations devenues charmantes. Cependant M.
Lavallée, autre citoyen dévoué, après avoir quitté St-Jérôme pour venir dans les montagnes seconder les efforts de M. Morin, et se sacrifier pour la grande cause de la colonisation, a, aussi lui, pris le chemin du cimetigre, Il lui a été donné d'apprécier la reconnaissance des amis de ce monde auxquels il avait pendant vingt ans donné la plus géné: reuse des hospitalités. Après avoir déplacé l'agence qu'on lui enleva les amis politiques l’abreuvèrent de promesses pendant dix ans; sa propriété, unt des plus belles dû Nord, appartient aujourd’hui à M. Jean-Baptiste Bohémier, marié à l’une des filles de M. le docteur Lachaine.
C'est bien le temps de dire avec le poëte de Mâcon :
‘Revenez, revenez, O mes douces pensées.
Laissez le vent gémir et le flot murmurer, Je veux rêver et non pleurer.”
Le village Ste-Adèle, est adossé à une montagne élevée sur le sommet de laquelle s’est creusé un lac dont les bords en pente longue et douce l’encadrent régulièrement. C'est sur ce penchant que l’église est bâtie, et le village, dont les maisons placées en emphithéâtre bordent de larges et belles rues toujours sèches, s'étend jusqu'aux rives du Lac Rond.
L'église, qui a remplacé une chapelle temporaire, est l’une des plus jolies du Nord et par son site et par son architecture. La flèche de son clocher qui domine les montagnes environnantes est svelte et bien proportionnée.
Le premier curé résident a été le Rév. M. Dequoy.
La paroisse de Ste-Adèle a été érigée canoniquement par décret du 18 juillet 1854.
Elle comprend 1o. les %e, 10e et 11e rangs du canton d’Abercrombie ; 20. toute cette partie de la Côte St-Gabriel dans la continuation de la Seigneurie des Milles-Isles, à l’ouest de la rivière à Simon, qui n’est pas comprise dans la circonscription connue comme paroisse de St- Sauveur, la dite partie comprenant 9 lots ; 80. la partie comprenant les le, 2e, 8e, 4e, be et 6e rangs du canton de Morin, qui se trouve dans le comté de Terrebonne, et les 10e et 11e rangs du dit canton de Morin; depuis le No. 1 jusqu’au No. 25, tous deux inclusivement ; 40. les 10 prémiers lots des 11 rangs du canton de Wexford, dans le comté de Montcalm ; cette partie du canton de Wexford ne fait partie du comté de Terrebonne que pour les fins municipales seulement, (24 V., c. 29, S. 26. Sanctionné le 18 mai 1861.)
Le surplus de la partie du canton de Morin qui se trouve dans le comté de Terrebonne et le cantôn de Beresford, continue d’être annexé à la municipalité de la paroisse de Ste-Adèle. (Id., S. 26, Sub., Sec. 3.)
Moins cette partie comprise dans Ste-Agathe.
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La population de cette paroisse en 1880 était de 1668 habitants tous catholiques.
A cette époque il y avait 29,940 acres de terres occupées ; 11 962 acres de terres améliorées ; 8,400 acres sous culture ; 3,481 acres en pâturage et 71 acres en jardinage.
Il y avait alors 127 acres cultivés en blé du printemps qui ont rapporté 961 boisseaux. On y a recueilli cette année là 1,173 boisseaux d'orge, 33,712 boisseaux d'avoine et 36 boisseaux de seigle ; 2,262 boisseaux de pois et fèves ; 10,910 boisseaux de sarrasin et 620 boisseaux de maïs. Cent vingt-cinq arres étaient affectés à ia culture des patates dont le rendement a été de :1,728 boisseaux ; il y a été alors recueilli 882 boisseaux de navets et 498 boisseaux d’autres racines ; 2,159 acres étaient consacrés au foin qui a produit 1,873 tonneaux, La graine de mil et de trèfle a produit 617 boisseaux.
En voyant l'aspect de cette paroisse où il y a un bon hôtel, plusieurs marchands, le notaire J. Filiatrault, le Dr. Grignon, des industriels pour répondre aux besoins de la population, les résidences des habitants, la propreté de leurs fermes, non seulement nous sommes persuadés qu’ ‘ils vivrat à l'aise, mais qu'ils ont reçu l'impulsion de personnes qui leur ont donné du goût, et l'intelligence de la culture.
Il n’y a rien comme l'exemple pour exercer une influence sur les habitants. Nos paysans ne lisent pas ou lisent peu. Aujourd’hui pourtant tous fils ou filles de cuiltivateurs savent lire, mais ils n'aiment pas la lecture assez pour l'entendre ou la faire après des journées de fatigue ; et puis par une fausse économie ils ne veulent pas s'abonner à un journal d'agriculture. Pourtant aujourd'hui des revues sont à le portée de leurs bourses. A part les journaux spécialement consacrés à l’agriculture la plupart des publications quotidiennes ont une édition appropriée à leurs ressources. Pour un prix très modique ils pourraient acquérir des connaissances dont une seule leur rapporterait plus que le prix de leur abonnement. Mais ils ne veulent pas ou du moins la presque totalité d’entr'eux ne veut pas se soumettre à ce sacrifice.
Il y a d’ailleurs un préjugé parmi nos gens qui flatte singulièremer.i le manque d'énergie sous ce rapport, c’est que les livres n’apprennent rien à l’agriculteur et qu'il n’a besoin que de pratique. Ils pensent, où ils feignent de croire, qu'il y a bien plus d'avantage à tâtonner des années durant, ou à interroger son voisin pour apprendre à bien faire uné chose, que de consulter un livre qui est le fruit des expériences d’un grand nombre d'hommes de savoir. La précaution qu'ont la plupart des savants d'écrire pour ne pas être compris, il est vrai, a considérablement contribué à décourager de braves laboureurs qui n’ont pas les données suffisantes pour comprendre le langage scientifique. Mais il y 4 des journaux et des livrés qui sont à la portée de tous, et les hommes
de profession devraient se faire un devoir de les indiquer à leur coparoissiens.
Et puis il y a encore mieux à faire. C'est de prêcher d'exemple. Nos habitants croient à ce qu'ils voient. Il n'y a pas que nos canadiens qui imitent Saint-Thomas exigeant pour croire, de toucher aux plaies de son Maitre. Il est raconté quelque part que Franklin, s'étant évertué inutilement à faire comprendre à ses compatriotes (des américains pourtant) que le plâtre avait un effet merveilleux sur les prairies artificielles, eut la fantaisie d'écrire au printemps sur une prairie en déclin et donnant sur le chemin-passant: ‘ Ceci est plâtré.” Quand le foin commença à croître on distinguait parfaitement du chemin, et par la couleur plus foncée et par l'abondance de l'herbe, cette assertion qui était par ellemême une preuve de l'excellence du procédé.
Eh bien, nos habitants, soit par manque de temps, soit par fatigue, soit par répulsion ne lisent pas. Il faut faire comme Franklin: pratiquer au milieu d'eux, leur faire voir les résultats de telle ou telle culture, de tel ou tel procédé, de tel ou tel engrais. Et encore est-il qu’il faut leur pointer ces choses du doigt, car autrement ils ne les verront pas ou sembleront ne pas les voir, Voyez plutôt: tout le monde remarque bien dans une prairie, ou dans un champ de grains, des touffes plus fortes, plus foncées, plus élevées les unes quE les autres ; et en examinant il est facile de constater qu’elles empruntent leur vigueur au voisinage d’une bouse, d’un peu de cendre, d'une carcasse, d’un os, de l’eau de savonnage, d’une corne, d’un sabot de cheval, etc. Et pourtant vous voyez à la porte des écuries se détériorer le fumier découvert, dont les gaz sont pompés par le soleil et dont le jus coule dans les fossés. Vous voyez fréquemment ou plutôt généralement se perdre les ossements, les déchets de cuisine, les eaux de vaisselle et de lavage, et les cendres de toute espèce. Il faut non seulement le dire à nos agriculteurs, mais leur faire comprendre que la terre engraissée produit deux, trois et quatre fois plus, et qu’une tomberée de fumier ou de cendre qui coûte vingt-cinq centins, doit rapporter cinquante, soixante-quinze centins ou une piastre.
La paroisse de Ste-Adèle a eu cet avantage de posséder des espèces de fermes modèles. L'hon. Mr. Morin s’appliquait particulièrement à faire cultiver ses terres d’une manière intelligente. Feu Mr. le Dr. Lachaine et son fils, qui lui a succédé, ont tenu leurs fermes avec un soin qui en a fait de véritables écoles. Il y avait autrefois dans cette paroisse Mr. Adolphe Marier, quis'appliquait à mettre en pratique des données solides en agriculture. Mr. Lavallée tenait à utiliser de grandes connaissances en agriculture, en horticulture et en arboriculture. Il n’en faut pas plus pour donner à une paroisse de l'élan, et c'est ce qui a été fait, car dans leur manière de cultiver et dans la
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tenue de leurs fermes, on voit que les habitants de Ste-Adèle ont mis à profit ces leçons. C'est toujours l'histoire d'un bon exemple donné, d'une bonne parole jetée, Tôt ou tard la bonne semence germe, donne du fruit et glorifie ceux qui l'ont ainsi propagée,
Un de ceux qui ont contribué à fonder Ste-Adèle est un homme d'un grand mérite. Encore un mort !1! Je veux parler de feu Mr. Auguste LaBrie, fils du Dr. LaBrie, de St-Eustache, auteur d’un petit traité sur le droit constitutionnel.
Mr. A. Labrie avait autrefois tenu un magasin à St-Jérôme. Un grand esprit d'entreprise l'avait poussé dans un commerce que les événements n'ont pas favorisé. Il s'est alors courageusement lancé dans le Nord et là, avec une activité brûlante, il a établi à Ste-Adèle un comptoir et une per/asserie. Il a lutté contre la mauvaise fortune, il a de nouveau succombé, mais en laissant derrière lui l'exemple d'un citoyen dévoué, d'un grand ami de son pays et d’un sincère chrétien. Ila légué à ses enfants l'héritage d’un nom estimé et d’un courage admirable dans les revers. Et ce n’est pas peu.
Cette race d'hommes se perd malheureusement. Les caractères fortement trempés sont rares. Le bien-être dont nous jouissons nous amollit, il n’y a pas à le nier. Surtout dans les villes, où l’on ne voit plus clair avec une chandelle et même avec une lampe, où l'on fait bourrer soû banc à l’église, on se décourage devant le moindre obstacle et l'on fléchit devant les grandes entreprises qui présentent des difficultés. Que sont les courages d'aujourd'hui comparés avec ceux de nos pères |! Que de choses n’avons nous pas abandonnées faute d'énergie pour les conserver ! Depuis la politesse jusqu'aux pratiques religieuses, tout ce qui demande des sacrifices s'est envolé pour faire place à l’'égoïsme et au scepticisme. On en est certes bien puni pourtant : les constitutions sont affaiblies, les santés délâbrées, et la moindre maladie nous culbute. Notre égoïsme, qui étouffe l'esprit de sacrifice et de charité, nous prépare cette ère arrivée dans notre mére-patrie et que décrivait ainsi un écrivain énergique :
‘“ Voilà qu'après avoir essayé de tarir la source de ces dévouements sublimes qui s’envolaient comme des aigles ou des colombes à travers la barbarie, et portaient sous d’autres soleils les gloires du Christ, mariées aux gloires de la France, ils cherchent, dans les lointains des océans quelques vastes dépotoirs pour enterrer les vices et les flétrissures de la France divorcée avec le Christ.”
Oui, on en arrivera là, car quiconque ne sait souffrir ne peut marcher avec le Crucifié et sans lui nulle œuvre n'est solide, Sans celui qui a dit: ‘“ Aimez-vous les uns les autres,” il n'y a plus de lien social sérieux, plus de société possible,
Le canton Morin qui se trouvait ci-devant dans l'agence de Mr. A.
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B. Lavallée est aujourd’hui dans celle de Mr. C. J. Marchand, dont la résidence est à Ste-Agathe des Monts.
En 1880 il y avait encore 8,281 acres de terres arpentées et en vente.
Le sol du canton Morin est généralement bon, mais en grande partie rocheux et montagneux. Nous avons vu ce que disent les savants de l’état géologique du canton Morin où se trouve Ste-Adèle. Aux yeux du vulgaire plusieurs des rochers qui contiennent des veines de différentes couleurs semblent contenir des minéraux précieux. La rouille Æoule dans plusieurs fossés et rougit le lit des petits ruisseaux, des feuillets de mica se voient en grand nombre et des métaux qui ressemblent à de l’argent luisent au soleil. Un jour viendra où ceux qui y auront passé regretteront de n’avoir pu découvrir les richesses que ces croûtes bouleversées contiennent.
A propos de métaux laissez moi vous raconter une histoire vraie. Il y a quelque quinze ans, un habitant vint au village St-Jérôme annoncer qu'il trouvait sur sa terre des grains jaunes qui ressemblaient à de l'or. Il avait l’air si naïf que les futés de l’endroït croyaient avoir affaire à un dindon qu'il convenait de plumer. De fait il faisait l'âne pour avoir de l’avoine. C'était de voir comme chacun le tiraillait pour se faire raconter à l'écart les merveilles qui se passaient sur cette propriété enchanteresse, (Chacun lui faisait des propositions, mais tout bas. Malgré qu'il eut l'air de ne pas apprécier ces grains d’or à’ leur juste valeur, il était assez rusé pour faire semblant d'acquérir cette connaissance par l’envie que manifestaient les capitalistes d'acheter sa terre. Pour enlever la pièce il fallut former une société. Dans ce temps on ne connaissait pas les syndicats. Il fallait voir les participants chuchoter dans tous les coins, courir à la ville, faire analyser les grains d’or, et revenir à bride abattue se concerter pour acquérir cette californie en germe. On ne dormait plus en certains quartiers, si l’on fermait l'œil c'était pour voir en rêve les millions sortir de la mine convoitée. On se défiait des amis et on se défait l’un de l’autre. L’un des suciétaires était un ancien mineur de la Californie qui assurait aux autres que c'était de l'or tout pur ; l’autre avait été en cachette trouver un chimiste qui lui avait donné de grandes espérances et qui n’avait qu’un doute, c'était que l'or fût trop pur pour être à l’état naturel. Vous pouvez voir d'ici quels projets ces messieurs faisaient. Ils achetèrent donc ce pactole pour un prix qui laissait encore croire à la naïveté du vendeur, et ils se mirent en frais de ramasser la fortune qui passait si souriante en leur tendant les bras. Quand un beau matin on découvrit que ce coquin de vendeur avait fait répandre des grains d’or dans le sable d’un petit ruisseau par l’un de ses frères arrivant de Californie. Heureusement pour ce bandit, car c'en est un, il eut affaire à des hommes d'esprit, qui rirent bien de leur aventure et qui le laissèrent tranquille en retenant
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