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“Petites ! Cette “ Montagne du sauvage ” nous offre du côté du sud une montée ris, un de quelque vingt arpents rocailleuse, et tout à fait impraticable à des ‘s. Cela charges tant soit peu pesantes. L’honorable M. Beaubien, qui s’est présllebore occupé tout pendant son voyage de la possibilité de faire arriver un chemin de fer jusqu’au fin Nord, a constaté qu'il est facile de contourilaété ner cette effroyable montagne. Et la preuve, c’est qu'après l'avoir gement montée il faut la descendre. De fait du côté du Nord où elle plonge à pic dans cette plaine qu'arrose la rivière, elle forme un qui y | vrai casse cou où le vertige prend. Cette Le Montagne du sauvage ? est v déte vraiment un obstacle à la colonisation, et je suis sûr que plusieurs faisant, colons se sont découragés en la gravissant. Ecoutez, c'est sérieux, tamolne aussi, quand on voit les chevaux avec la moindre charge, s'arrêter à MAR toutes les perches et quelquefois refuser d'avancer. Souvent le pauvre pour la colon, qui amène quelques cents livres de provisions, est obligé d’en décharger une partie pour revenir la reprendre après avoir conduit ave: trs l’autre au sommet. Il faut avoir une dose de courage plus qu’ordinaire, PERTE pour ne pas se désespérer. Cette muraille a beaucoup intrigué mon VE: compagnon, Mr. Beaubien, et longtemps après il répétait qu'il fallait à ue’ l'AG tout prix trouver les moyens de dévier de cette voie. Aussi l’un de ses | hgbita- premiers soins a été de recommander au gouvernement de chercher SR 'HbES un autre passage dans la gorge où coule la rivière. Je suis en lieu de es faits croire que ses observations ont été prises en bonne part, car Mr. Busie reau, employé du gouvernement, y a exploré le site et il a secondé les
elle le vues de Mr. Beaubien sur le changement du tracé. ences ; En gravissant ces montagnes je me suis reporté en Italie, où toutes loin les villes sont perchées sur des élévations, qui leur permettaient de se défendre contre les villes voisines, toujours en guerre entre elles dans Pour l'antiquité. Je me suis rappelé ces marches que lon faisait le sac au sat dos, la giberne aux reins, la carabine sur l'épaule, le bidon au côté, sur Lrtdans ces routes chaudes des Etats Romains, et que le soir après 8 ou 10
: lieues de marche, il nous fallait gravir l’une de ces montagnes pour hip de : i x aller caserner dans les couvents des moines de la localité ou le château
car en : $ Lo rE « :
ter. cÉ fort de la garnison. Et je me faisais une réflexion: tous ces points de Lin nos montagnes que la nature a élevés au-dessus de fossés profonds,
Elle sont de vraies fortifications que la nature a pris soin d’ériger. Cette 3 chaîne des Laurentides, qui s'étend du golfe au lac Supérieur, offre
uois du é F ae LAN + 1 avait des points stratégiques que l’art militaire pourrait utiliser à peu de frais. laïeë On fait de grandes dépenses pour former une milice. C'est un joli jeu dtlé:s et chacun sait conbien notre milice est effective. Moi j'ai rêvé des s pour colonies militaires. Et mon système est bien simple: vous, gouverirvios nement, vous ouvrez un bureau de recrutement pour engager cent, ertilité cinq cents, mille jeunes gens, que vous retenez pour trois, quatre ou cinq ans, et vous les envoyez à une ferme que vous vous êtes réservée
dans un canton où s'élèvent des points naturéls de stratégie. Là, vous avez un professeur expérimenté d’agriculture et un commandant de place avec le personnel d'officiers convenables, surtout un officier instructeur. Ces jeunes gens loin des villes, et par conséquent des dangers qui s’y rencontrent, seront occupés pendant certaines heures, à apprendre le métier des armes et, pendant certaines autres, l’agriculture. Ils construiront, avec le temps, des forts, des redoutes, qui rendront formidables ces travaux faits de longue maïn, en temps de paix, en vue de la guerre. Si vis pacem, para bellum. Pour le prix que vous dèpensez pour jouer au soldat, vous formerez des générations de jeunes gens agronomes et militaires, et vous rendrez le pays redoutable aux ennemis du dehors, contre lesquels il peut être appelé bientôt à résister, surtout quand il sera émancipé ; chose qui doit nécessairement arriver un jour ou l’autre, puisque les peuples, pas plus que les individus, ne sont destinés à vivre continuellement en tutelle ; et les progrès de notre pays, la sagesse de sa’ conduite, l'intelligence de ses affaires nous font présumer que bientôt il demandera poliment à sa tutrice de lui abandonner l'exercice de ses droits ; et quand l’heure de l'indépendance sonnera nous aurons avec ce système de colonies militaires une foule de jeunes citoyens, bons agriculteurs, apportant aux travaux des champs cet amour de la descipline, cet esprit d'ordre qu’acquiert le soldat, et qui au premier signal accoureront se ranger sous les drapeaux, soit comme soldats, soit comme officiers. On pourrait, outre l'équipement, la nourriture, le logement et la solde militaire, accorder aux élèves tant par heures passées aux travaux de la ferme, salaire qui leur serait payé à la fin de leur temps, et un octroi d’une certaine quantité d’âcres de terres par chaque année d'engagement. Et voilà tout.
Ce système bien dirigé donnerait au pays une armée, et de fait toute la population serait en quelques années composée de défenseurs de la patrie et de bons agriculteurs ; tout cela À assez bon marché, puisque s'ils sont bien conduits ils devront faire rapporter à la ferme plus que le nécessaire à leur entretien ; ils doteront le pays de fortifications, et cela sans compromettre leur avenir, puisque, après quelques années, ils seront et soldats et cultivateurs, ayant quelques économies en argent et en terrains, qui leur assureront une existence d’autant plus certaine qu’ils auront âcquis des habitudes d'ordre et de descipline. Je sais bien que cette organisation n'est pas facile, mais elle est possible, “t le résultat serait si avantageux qu'il vaut bien la peine qu'on s’en occupe. Et après tout, la seule difficulté est de trouver une bonne tête. ‘Pas nécessaire de commencer immédiatement en grand, on peut d’abord former un bataillon, puis un régiment.
Ce que l’on fait à St-Jean pour former les cadets n'est pas plus aisé que cela, et pourtant tout le monde s'accorde à dire qu’on y réussit
À, vous dant de officier ent des Ieures, à iculture.
‘endront , en vue vous dèe jeunes able aux résister, t arriver vidus, ne de notre ous font abandonsonnera le jeunes et amour à premier Idats, soit riture, le ar heures à la fin de erres par
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plus aisé y réussit
admirablement. Non seulement les hautes autorités militaires en sont contentes, mais les citoyens de St-Jean sont édifiés de voir la descipline de cette troupe de jeunes cadets. Ce qu'opère là le colonel d'Orsonnens, par une stricte mais juste discipline, peut se faire peut-être plus facilement sur une ferme. Surtout si l'on avait là un instructeur comme notre populaire colonel Labranche, et un maître d'armes comme l'ami Legault . Quoiqu'it en soit je jette cette idée que j'ai émise il y a vingt ans, à mon retour du service militaire en Italie, et elle sera probablement encore vingt ans sans germer.........Ah | si j'étais donc ministre de la milice ! Pourtant ce ne sont pas les ressources qui ont manqué. Depuis dix ans le Parlement a voté pour la milice près de dix millions de piastres. Qu'en est-il résulté ? Chacun sait ça.
Nos militaires ne seraient pas pour cela millionnaires, mais ils pourrajent chanter :
Dans le service de l’Autriche Le militaire n’est pas bien riche, Chacun sait ça ; Mais quand la paye est trop légère On s’en contente, c’est la guerre Qui la paiera.
Vive le vin, l’amonr et le tabac ! é Voilà, voilà le refrain du bivouac. À (Os)
Quant à moi je continue ma route et j'arrive à Ste-Agathe-des-Monts.
Deux routes nous conduisent à Ste-Agathe. L'une, qui passe à l’ouest, aux fermes de Madame Dr. Larocque, c’est la plus ancienne. La nouvelle est maintenant la plus fréquentée et passe aux moulins de M. Adolphe Marier. Le voyageur qui traverse nos campagnes est souvent embarrassé sur le choix des routes à prendre pour se rendre à destination. Il s’engouffre souvent dans un chemin où il n’y a pas d’habitation, et il parcourt quelquefois de longues distances sans reconnaitre qu'il a fait fausse route. Il me semble qu’il serait très à propos, de la part des conseils municipaux, d'indiquer, aux fourches de tous les chemins, l'endroit où ils conduisent et la distance à parcourir pour s'y rendre. Le code municipal, Article 519, autorise les conseils de comté à placer ainsi des pôteaux indicateurs. D'ailleurs le coût en serait si minime, comparé aux avantages que le public en retirerait, que les municipalités devraient se presser de donner l'exemple dans cette voie.
Quoiqu'il en soit, nous avons pris la route Est que traverse la rivière du Nord ainsi que la décharge du lac des Sables. C'est sur cette décharge qu'est placé le moulin de M. Adolphe Marier dont je me plais à faire l'éloge. C’est un homme d’une grande intelligence et surtout d’un solide jugement. Il a fait preuve d’un rare dévouement à la cause de la colonisation. M. Marier jouit d’une réputation sans tache, et son honnêteté proverbiale lui a assuré l'estime et le respect de toute la population. Il aime les honnêtes gens, et il était sincèrement attaché à l’Hon. M. Morin, qui voyait en lui un homme d’une extrême droiture.
Quand je dis extrême, c'est à dessein, et le fait de ne jamais revenir sur sa parole donnée, lui fit une fois une ennuyeuse affaire. C'est la seule tache que je lui connaisse dans sa vie; mais la langue me démange trop pour résister à l'envie de raconter les incidents qui lui ont valu cette flétrissure.
M. Marier est un grand pêcheur devant l'Eternel. De fait, MM. Lavallée, Lachaîne et Marier étaient considérés dans le Nord comme les plus passionnés amateurs de pêche et de chasse qu'il y ait eu dans les temps modernes. Ils s'étaient livrés à la pêche quand ce n'était pas
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péché de pêcher et quand on ne chassait pas ceux qui chassaient en n'importe quelle saison de l’année. Mais la loi vint, et un inspecteur de pêche, pour donner signe de vie, dût faire respecter la dura lex sea lex, qui consistait à prohiber la capture de la truite depuis le rer octobre jusqu'au 31 décembre,
L'épreuve était rude, la tentation forte, surtout au temps où cette truite des lacs est la plus succulente, et la plus facile à prendre. On comprend aussi que l'appréciation s’en fit en raison de la défense. Le bon M. Marier n'y put tenir :
La faim, l’occasion, l'herbe tendre et, je pense, Quelque diable aussi le poussant,
Mais le cerbère du gouvernement était là, l'œil au guet. Et un employé du gouvernement fédéral, encore! Pour une truite, mais une belle, dame! capturée à contretemps, le grand pêcheur fut pris et amené devant le juge, et condamné à $20 d'amende ou un mois de prison dans la géôle du district de Terrebonne. ‘ Eh, bien ! j'irai en prison,” s’est dit M. Marier, dans un moment d’exaspération. La parole était donnée. La réflexion arriva : il reconnut qu'il avait eu tort d’avoir fait cette promesse ; mais c'était fait et il se croyait obligé de ne pas revenir sur ce qu’il avait dit. Il fit son mois de prison. Voilà le caractère de l’homme, parlant peu ; mais une fois la résolution prise, il l’exécute à la lettre.
Il faut tout dire: peut-être ne se figurait-il pas ce qu'était l'incarcération. Il avait été autrefois un prisonnier d'état. Il s’en faisait gloire. Et cet emprisonnement qu'il subit avec les bons lurons de 37-38 lui miroitait à la mémoire comme l’époque poétique de sa vie. Toujours est-il qu’il se rendit tranquillement entre les quatre murs de la prison de Ste-Scholastique et il y fit son mois. Il faut l'entendre raconter ses ennuis pendant ces trente longs jours de consignation.
Cet homme tenait à honneur de ne jamais revenir sur sa parole. Il faut avouer que c’estennuyeux par fois, et la plus saine doctrine la représente un peu plus flexible. Quoiqu’il.en soit, nous n’avons pas cru dégénérer en saluant en passant ce grand coupable du meurtre de quelques truites gloutonnes, mordant à l’appat en un jour d’abstinence.
Nous nous dirigeons vers le village de Ste-Agathe, à 30 milles de la paroisse de St-Jérôme, dont elle est une des plus jolies filles. Comme toutes les paroisses que nous avons traversées, celle-ci a eu pour noyau principal des colons venus de St-Jérôme. Plusieurs raisons ont contribué à cela, et la proximité des lieux, et le courage de ses habitants initiés à la vie de défricheurs ou de voyageurs, et l'encouragement des, curés qui se sont succédés à St-Jérôme et surtout de M. Labelle, qui a fait de la colonisation du Nord une question d'état.
Le village Ste-Agathe des Monts est placé én amphithéâtre sur le bord du grand Lac dés Sables dans le troisième rang du Canton de Béresford. L'aspect en est ravissant ; au soleil levant d’un beau jour d'été, alors que les vapeurs du lac se dissipent et que surgissent les bords enchanteurs de cette nappe d’eau et les pointes qui s’y avancent, vraiment je n’ai jamais rien vu de plus poétique ni sur les bords du lac de Genève, ni sur le lac d’Albano.
L'église, qui est un petit bijou de style et d'ornementation, est sur un large terrain donné par le regretté M. le Dr L. E. LaRoque, qui était le frère de Mgr Joseph LaRoque, évêque de Germanicopolis. Il avait sacrifié une partie de son temps €. de sa fortune au succès de cet établissement. Il y a mis l'énergie qu'il mettait en tout ce qu'il entreprenait. Il fut l’un des bienfaiteurs de‘la localité, où il s’est empressé de faire bâtir un moulin pour le bénéfice des colons qui devaient venir après lui. Son nom est béni de tous et gravé dans le cœur des paroissiens, en attendant qu'il soit gravé sur le marbre de l’église pour laquelle il s'est montré d’une grande générosité.
M. le Dr LaRoque a laissé à sa mort plusieurs propriétés, entr'autres cette magnifiqué pointe de laquelle a été détaché le terrain de l'église, et une ferme à deux milles du Village.
La paroisse de Ste-Agathe a été érigée canoniquement par décret du 4 mars 1875, et civilement par proclamation du 17 août de la même année. Elle comprend lo. tout le canton de Beresford, 20. les 7e, 8e et 9e rangs du canton de Morin, et dans les 10e et 11e rangs du même canton tous les lots depuis le No. 26 inclusivement, jusqu’à la ligne du susdit canton de Beresford, 30. les 8 premiers lots dans tous ies rangs du canton de Doncaster ; et la dite paroisse est bornée au nord et au nord-ouest, par le canton d’Archambault ; au sud, par le canton de Howard; à l’ouest, par les cantons de Wolfe et Howard ; au nord-est par le lot No. 9 dans tous les rangs du canton de Doncaster ; enfin, au sud-est, partie par le canton de Wexford, partie par le lot No. 25 des 10e et 11e rangs du canton Morin et partie par le 6e rang du dit canton Morin.
A cette époque 123 acres de terre étaient consacrés à la culture du blé qui a produit 1,026 boisseaux. On a récolté 977 boisseaux d'orge, 25,602 boisseaux d'avoine ; 246 boisseaux de seigle, 1,419 boisseaux de pois et de fèves ; 15,964 boisseaux de sarrasin ; 154 boisseaux de maïs. On y avait consacré 91 acres à la culture des patates qui ont produit 13,408 boisseaux. On y a récolté 593 boisseaux de navets et 17 boisseaux d’autres racines ; 1,939 acres ont été mis en foin dont la quantité récoltée a été de 1,355 tonneaux. On y a récolté 1,551 boisseaux de graines de mil et de trèfle.
Nous arrivâmes à Ste-Agathe à la soirée, alors que les quinquets s’allu-
mé D se
re sur le maient successivement, suivant le besoin ; à la campagne les gens veillent ; inton de en partie aux portes, pendant ces soirées chaudes d’été où l'air est insup- ; eau jour portable sous les mansardes, tandis qu’on respire avec tant d’aise sur ? ssent les les perrons ou même sur la renouée des devants de portes. vancent, Quelques-uns passent des soirées entières sans allumer de chandelles, ords du soit par économie, soit par agrément. De fait il y a un certain charme à passer la soirée sous les lustres du firmament, surtout quand t sur un la grande lampe du ciel répand sa lumière argentée. Les enfants même | était le en apprécient les faveurs :
avait sa- —Quelle est-ce que t'aime mieux, toi, Toto, la lune ou le soleil? tablisse- —Va-t-en donc avec ton soleil qui n'éclaire que quand il fait clair. nait. Il Parlez-moi de la lune, elle, elle éclaire quand il fait noir. ire bâtir * Eh ! oui, elle éclaire quand il fait noir, et dans les montagnes qu'elle lui. Son illumine d’un côté pour laisser l’autre dans l'ombre, et dans les grands n atten- lacs où elle se mire, elle a l’air de rendre plus de services que le soleil. st mon- Quel tableau que celui d’un village assis sur le versant d’une colline, les pieds baignés par l'onde d’une nappe d’eau, le dos appuyé sur une r'autres haute montagne, la tête couronnée du clocher de l’église, le tout l'église, illuminé des lueurs des étoiles et de la lune ! Personne ne reste insensible à ces spectacles si souvent répétés, mais toujours beaux. Aussi décret poussions-nous une exclamation les uns après les autres : Ah | que c’est a même beau ! !
20. les Ste-Agathe a son notaire résident, M. Labelle, ci-devant de Stangs du Joseph du Lac; un médecin, M. le Dr Olivier, fils de feu M. le juge squ’à la Olivier, de Joliette ; plusieurs marchands importants et plusieurs ins tous industriels : cordonniers, menuisiers, forgerons, etc.; le village possède rnée au deux bons hôtels. Nous mîimes nos chevaux à l’un d'eux, (Hôtel » par le Chalifour) et nous logeâmes à l'hôtel tenu. par M. Amable Godon, à oward ; environ un arpent du lac, sur la rue principale qui passe devant : le Don- l'église, C'est une assez vaste maison à un étage et mansarde, munie tie par de la grande enseigne traditionnelle, en français celle-ci. Au lieu dé + par le “ Godon Hôtel ”, on y lit “ Hôtel Godon.” Et puis sur la porte | la légende légale : Zicencié pour la vente des boissons enivrantes. ture du Ainsi gare à vous. On y distribue de la boisson, maïs soyez rassurés, d'orge, car c’est sans cachette, par conséquent tout doit s'y passer suivant la aux de loi, qui oblige le licencié à inscrire ces mots consolants. Ce n’est pas aux de dit, mais ici on loge à pieds et à cheval, et l’on y mange bien : bonne qui ont viande, excellent pain, œufs frais, bon thé. Les lits sont moelleux, ivets et trop même pour ceux qui ont été militaires et qui dorment mal sur la dont la plume. Le service est aussi bien fait qu'on peut le désirer dans ces 1 bois- | endroits. L'hôtelier est un brave homme qui n'est pas né dans le
métier et qui n'en a pas les roueries. Aussi traite-t-il les voyageurs s s’allu- comme des amis, C'est peut-être un tort aux yeux de ceux qui
veulent rester à l'écart. Il a l'air de se payer plus de bon temps que sa digne femme qui se donne une peine énorme pour satisfaire ses hôtes.
M. Godon a avec lui son père et sa mère, vieillards qui ont célébré leurs noces d’or, il y a quelques années, et qui sont cacore vigoureux. Ce sont deux types parfaits de canayens pur sang. Le père Godon est l'un des premiers colons de Ste-Agathe, après avoir été l’un des premiers de St-Jérôme. Il faut en parler au long, car c’est le caractère national parfait qui se révèle dans ce type, petit de taille, à la mine réjouie, à la figure franche et narquoise. Il est d’une foi à renverser les montagnes, et de fait s'il n’en a pas renversé il en a défriché plusieurs. Aussi ne badinez pas avec le père Godon en matière de religion. Ses arguments ne sont pas longs. Il croit en toutes les vérités de son catéchisme pour deux raisons, parce que son curé le lui a appris, et qu’il s’en est toujours trouvé bien. Mais, il faut le dire, il croit à bien des choses qui ne sont pas même croyables. Il a travaillé toute sa vie, pour établir une famille de dix enfants, qui lui ont toujours été respectueux. Aujourd’hui ils entourent sa vieillesse de soins et il jouit d’une grande consolation dans l'amour de ses enfants et dans la prière. Aussi les chapelets, ça roule avec le père et la mère Godon. Cependant ils sont de la doctrine de St-François de Salles, qui disait qu’un saint triste fait un bien triste saint. Ils aiment à s'amuser. Rien ne leur fait plus plaisir encore que d'assister à un fricot ou à une noce, où le père Godon danse encore sa gigue et bat l'aile de pigeon. Par exemple, pour faire merveille il faut qu’il danse sur ses chaussons. Et après une soirée de travail comme de plaisir, oh! la prière et le chapelet. Il faut entendre les recommandations qui suivent les cinq dizaines. Et c’est pour Pierre qui est absent, et c'est pour ce pauvre petit Paul qui est dans ses travaux, et c’est pour Josephte qui va se marier, en seule fin qu’elle ait un bon mari, et c’est pour Marguerite, en seule fin de conserver le sien toujours bon. Un Pafer Ave pour que la Ste Vierge continue à être notre bonne mère, et un autre Pater Ave pour que le diable reste dans l'enfer. Ainsi de suite. Vous croyez que je plaisante. Eh bien,non, j'ai déjà assisté à la récitation des prières de la mère Godon, et il faut se pénétrer de toute la profonde philosophie que comporte ces recommandations sympathiques pour s'empêcher de pouffer de rire. C'est avec cette foi que ces gens ont élevé et très bien élevé leurs enfants. Aussi tous jouissent de l'estime publique, et sont d’une honnêteté remarquable,
Il y avait pourtant trois grands vices que se partageaint les époux Godon. Ils fument tous deux, mais comme c’est devenu une habitude il parait que le confesseur leur a dit qu'ils peuvent se préparer à la mort sans cesser de tirer quelques touches. Aussi
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don est l'un des aractère la mine enverser défriché itière de Jutes les curé le faut le ss, Ila qui lui llesse de enfants nère Goqui disait r. Rien noce, où n. Par ausSONS.
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ne s’en corrigent-ils pas. Un autre crime du père Godon, dont il s’est corrigé. faute d'occasion. c'est qu'il s’excitait dans les élections. Ecoutez, moi je l'ai vu à 70 ans faire appel au meilleur de ceux qui insultaient son candidat. C'était comme si on avait insulté sa religion. Et de fait il était tellement ferme dans sa foi politiqut qu’il en faisait une religion. On ne m'accusera pas ici de faire de la politique, car je. ne me rappelle même plus de quel côté il était, ....tout de même, je l'ai vu bien excité. Heureusement que ça ne durait pas. Et les poignées de mains succédaient vite aux coups de poings.
Je parle d'un troisième défaut, et malgré mon scrupule à le dévoiler il faut pourtant que j'en parle, tant il est vrai que “ des femmes et des chevaux il n’en est point sans défauts ”, car celui-ci n'a été partagé que par la mère Godon. Voyons lecteurs, pardonnez-moi cette médisance je vais vous le devoiler : c’est. c’est la propreté. Je ne ris pas, c'est chez cette femme un véritable défaut, comme le scrupule en religion, quoi |... Elle persécute tout le monde pour un grain de poussière, On ne peut marcher sans qu’elle soit derrière nous avec un balai à la main pour essuyer nos traces; si elle va en voiture, elle a un linge pour épousseter le siège. Elle s'appelle Angélique et le père s'appelle Antoine. Quand vous voyez le père Antoine, non loin est la mère Lilique, qui lui fait toujours des recommandations : fais donc attention, Antoine, tu ne vois donc pas que tu as marché dans la boue ; ôte donc ces grains de mil qu'il y a sur ta bougrine, je n’peux pas m'imaginer que t’aies été soigner les garrettes avec. Bigre! Antoine, je m'en vais te prêter mon parapluie, mais j't'avertis, s'il mouille tâche de rentrer quelque part pour ne pas l’abimer......….
..… Quand je vous le disais que c’est un vice !
Tout de même le temps semble leur être laissé pour expier leurs fautes. Ils ont bien mérité cette faveur. Jamais cœur ne fut plus généreux. Avant qu'il y eût un hôtel à Ste-Agathe ce sont eux qui retiraient les étrangers ; avant qu'il y eut un presbytère c’est chez eux que descendait l’Evêque dans sa visite pastorale; ils n’ont jamais manqué la messe les jours d'obligation, et l’on n’a jamais refusé l’hospitalité dans cette maison béne, où le pauvre comme le riche trouvait le pain de l’amitié, la franche bonne humeur.
Mais, direz-vous, lecteurs, vous connaissez bien des détails sur la vie du père Godon et de sa vieille. Je m'en vais vous dire un secret: ce vieillard, c'est mon oncle, et cette vieille femme, c'est ma tante, et j'en suis fier. Ils ont combattu vaillamment sur le champ agricole ; ils n’ont tué personne, c’est vrai; mais ils ont donné la vie à dix enfants et une centaine de petits enfants leur doivent l'existence. Ils ont abattu la forêt qui s’opposait à la culture, ils ont arraché les souches qui arrê-
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taient le soc de la charrue ; ils ont contribué à faire vivre plusieurs de leurs compatriotes ; ils ont élevé leur famille dans l'amour du Seigneur, et ceux-là, j'en suis sûr, seront appelés ‘‘ Enfants de Dieu ”.
Les maisons du village de Ste-Agathe sont généralement spacieuses et dune propreté qui est d'ailleurs le cachet caractéristique des habitatations canadiennes. Elles sont, dans les campagnes, pour la plupart blanchies à la chaux, et, dans les villages, lambrissées en petites planches posées en déclin. La forme des maisons est toujours la même : c'est la forme rarrée ou oblongue avec toit à pic, quia bien sa raison d'être à cause de la neige. Toutefois, j'aimerais à voir adopter le genre d'architecture en vogue aux Etats-Unis. Rien n'est plus coquet que ces petits cottages à ailes, aux fenêtres capricieuses avec veranda et campanile. Les balcons, les portiques, les galeries, les Chassis en saillie y sont à profusion et donnent, par la peinture variée qui les recouvre, un aspect tout-à-fait plaisant. Il y a des publications illustrées qui donnent une foule de plans variés faciles à exécuter et que le conseil de chaque municipalité pourrait se procurer pour les communiquer aux contribuables.
On a eu la précaution à Ste-Agathe de tracer les rues très larges, ce qui permet de faire des plantations et d’embellir ainsi la devanture des propriétés. D'ailleurs la santé n'a qu'à y gagner. C'est le grand tort de nos anciens villages d’être construits contrairement aux règles du bon goût, de l'hygiène et de la sécurité. Car que le feu prenne donc dans l’une de ces maisons de bois qui sont presque toutes appuyées les unes sur les autres. Chaque conseil de village et de ville devrait avoir un officier chargé de faire le tracé des rues, d'indiquer à chaque propriétaire qui veut bâtir la distance à observer des bâtiments voisins. Mais il y a une mesure qui ne manquera pas, je l'espère, | d’être observée, ce sera d'obliger les constructeurs à se servir d’une | préparation qui sera bientôt lancée sur le marché canadien et qui s’appelle “ignifuge”. L'ignifuge est une composition chimique qui peut se mettre dans l’eau, dans le vernis, dans la peinture, et qui a la propriété de rendre les objets ininflammables. Cette invention a aussi la propriété d'éteindre le feu. Vraiment les conseillers qui peuvent ainsi par un réglement prévenir les conflagrations, seraient sans excuse s'ils ne le faisaient pas.
Le village de Ste-Agathe est pourvu d’un aqueduc qui verse dans chaque habitation une eau abondante et limpide.
Le lac des Sables, sur les bords duquel le village est bâti, s'étend dans les 2e, 3e et 4e rangs de Beresford. Il était autrefois bien poissonneux, en truites surtout. Il est presqu'épuisé aujourd’hui. Cepe dant on y prend encore de belles pièces. C'est tout de même bien agi able pour une localité, d’avoir, à la porte, un étang de quelque dix mille,
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de circonférence, où l'on peut mettre la ligne et sentir mordre à l’appât, quand même on ne prend rien. Ça me rappelle une farce. Un de ces enragés pêcheurs était depuis quelques heures sur le bord de l'eau à plonger et tirer sa ligne sans prendre un traître mulet. Un observateur, agacé de tant de patience, lui crie: “ Voilà une heure que je vous regarde pêcher, il faut que vous soyiez bien sot de rester si longtemps sans rien prendre.” ‘Je vous trouve bien plus sot, moi, répondit-il, de me regarder faire si longt:mps sans espérance de ne rien prendre.”
Des deux le plus crétin était bien, en effet, celui qui regardait bêtement faire l’autre.
La décharge du lac des Sables est assez « bondante pour faire mouvoir plusieurs moulins. C'est sur son cours, qui se jette dans la rivière du Nord, qu'est bâti le moulin du Dr Larocque, le premier de la localité, et ce sont ses eaux qui alimentent les écluses du moulin Marier.
Le lac des Sables est tout à fait irrégulier et présente l’aspect d’une ancre de navire.
Du lac des Sables on communique par une route assez avantageuse au lac Morin, connu sous le nom de lac Manitou, situé à une couple de lieues du village Ste-Agathe, dans les 2e, 3°, 4 et 5° rangs de Beresford ; mais il atteint par une de ses pointes le canton de Wolfe, L'aspect de ce lac Morin est ravissant, parsemé qu'ilest d'îles verdoyantes. Il est peuplé d’une quantité considérable de poissons, surtout de truites saumonnées. Ilse charge par un petit lac qui le domine à quelque dix arpents de distance. Dans cette charge, suffisante pour faire mouvoir une usine, monte une quantité si considérable de carpes, le printemps, qu'on les prend à pleins sacs.
Les bords du lac Morin sont en amphithéâtre et les eaux en sont tellement limpides qu'on peut voir, à l'automne, frayer le poisson et surtout la truite, qui ne semble pas intimidée qu'on l’observe. Ceux qui ne sont pas initiés aux mœurs de ces poissons, seront bien aise de connaître comment la Providence a pourvu au mode de reproduction de ces malacoptérygiens abdominaux. Quand vient le temps du frai, la truite ne mord pas. Elle se tient sur les bords du lac, se frottant le ventre sur le sable de la grève. Les mâles par cette opération jette leur semence et les femelles leurs œufs qui deviennent fécondés par le contact. Il y a une grande quantité de ces œufs que le courant entraîne et qui ne peuvent être fertilisés. Et voilà pourquoi l'instinct de ces poissons les conduit dans les eaux calmes. C’est en prévision de cette perte considérable que subissent les produits de la femelle qu’ils sont si nombreux et que: chacune d'elle en jette des milliers. Admirable sagesse de Celui qui fait porter par les vents la semence des fleurs sur les étamines d’une autre fleur et la rend ainsi fertile. Cette sagesse est suffisante pour émerveiller les esprits observateurs-et les engager à
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béuir la Providence, qui ne peut nous oublier dans la distribution de ses bienfaits, nous pour qui toutes ces merveilles ont été faites.
Il y a dans ces lacs des richesses immenses qui ne sont pas expiditées. Tout le monde connaît le goût exquis de la truite. De fait on la paie très cher sur nos marchés, et elle remplace avantageusement le saumon. Elle appartient au 2e ordre des poissons osseux, comme le saumon, que l'on rencontre en grendes troupes, principalement à l'embouchure des fleuves, dans laquelle 1l entre pour y déposer ses œufs. Et pourtant il se fait ici un commerce de truites très limité. C'est à peine si l’on rencontre de temps en temps sur ros halles notre truite des lacs. Pourquoi ne ferait on pas comme a” Etats-Unis, où l’où élève ce poisson ? C'est facile, car les œufs et le sperme peuvent s'en transporter à de grandes distances. Voici en résumé le mode des opérations nécessaires à la reproduction: on ménage trois étangs qui conmuniquent l’un à l’autre, et ce afin de suivre un système de rotation. On transporte cette année dans l’un des étangs les œufs et la semence. Lorsqu’ils sont éclos on transporte ce frai dans le second étang, afin de laisser libre le premier où, au teinps de la ponte, on mettra de nouveaux germes. La troisième année l'on fait émigrer dans le troisième étang le frai du second, qu’on vend à la fin de l’année, pour faire place à celui du second, et ainsi de suite.
La raison pour laquelle on ne laisse pas le frai d'une annéé avec celui de l’année précédente, c'est que la truite est carnivore, comme presque tous les poissons qui se dévorent entr'eux. On calcule qu’une truite de trois ans est bonne pour le marché,
Il y a parait-il de ces établissements aux Etats-Unis qui accordent aux actionnaires de forts bénéfices. Au Canada ie gouvernement a entrepris de peupler plusieurs de nos rivières de saumons en y transportant des œufs fécondés. Un de mes amis, M. Adélard Dorion, a tenté de faire ces années dernières un commerce de truites, non pas en les élevant, mais en les pêchant dans des lacs dont il avait obtenu la location, et en les expor' ant. Je ne crois pas qu’il continue aujourd’hui cette irdustrie, et je ne sais à quelle cause attribuer la cessation de ses opérations. Dans tous les cas ‘. aura eu le mérite d’avoir tenté un commerce très rationnel, et d'avoir donné l'idée à d’aut :s qui pourront en faire bénéficier le commerce de notre pays.
Les bords du lac Morin, ci-devant couverts de très riches érablières et en partie aujourd’hui défrichés, ont été exploités en premier lieu par M. Fierre Bohémier, fls de M. Jean Marie Bohémier, et de dame Marthe Tésard de Montigny, de Ste-An”: les Plaines.
Ce ,-une homme n'avait que vingt ans quand, au sortir du collège de Terrebonne, il se dirigea seul, à travers la forêt, vers le nord, pour aller ouvrir un établissement sur les bords du lac Morin. Inutile de
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dire les privations, les ennuis, les sacrifices qu'il endura. Mais aujourd'hui il a là une des plus belles fermes du nord, comprenant cinq cents acres de terre, dont cent sont en bon état de culture. M. Bohémier a été pour la pardisse de Ste-Agathe, où il est établi depuis vingt-cinq ans, une bénédiction par son éducation, son dévousment et :es conseils. Il a occupé les principales charges qui lui ont été confiées avec un grand esprit de justice, et surtout celle de Maire qu'il conserva pendant plusieurs années. Est-ce mission? Est-ce fièvre ? M. Bohémier.a mis ces propriétés de Ste-Agathe en vente pour aller ouvrir d'autres établissements sur la Lièvre et la Kiamica.
Il y a environ 25 ans, (mon Dieu qu’il y a déjà longtemps !) alors que j'étais étudiant, j'étais en vacance chez ce M. Bohémier. Et je fus apitoyé sur le sort de ces pauvres colons qui l’environnaïent. Une chaumière mal jointe les abritait à peine, leur nourriture consistait presque exclusivement en patates et en galettes de sarrasin. Encore fallait-il qu'ils allassent au loin faire moudre leur grain. Et pourtant ils travaillaient tout le jour, sous le feu d’un soleil tropical, et quelquefois la pluie traversait leurs hardes qu'ils ne pouvaient faire sécher faute de change. Je les plaignais tout haut, lorsque ce brave M. Bohémier me fit la réflexion qu’ils étaient bien plus heureux que lui. En effet, me dit-il, tandis que je me livre aux soucis pour réussir dans mes travaux, eux se livrent au plaisir, et, presque tous les soirs, lorsque je me torture l'esprit pour calculer ou tirer des plans, ils s’'assemblent chez l’un d'eux et ils dansent au son du violon de la côte. C'était à la lettre, car le soir même il y avait réunion à la porte d’une cabane, et zing zing zing...... Nous entendions au loin les frons frons frons du violon et les éclats de rire des convives. Leurs amusements me paraiïssaient bien innocents et, je le suppose, ils suivaient les conseils du bon curé du village.
Aux vignes dans les vendanges,
Aux champs pendant les moissons”
De Dieu chantez les louanges
Il sourit à vos chansons.
Quand le plaisir dans la plaine
Le soir vous appellera,
Dansez gaiement sous le vieux chène Bis.
Et le bon Dieu vous bénira.
Ce fait est une preuve de plus que le bonheur n’est pas toujours où on le croit, et qu’il ne s’achète pas.
Quoiqu'ilen soit je prédis à Ste-Agathe, dont le lac Morin fait partie, un avenir prospère, et par l'excellence de ses terres et par le site exceptionnel que cette paroisse occupe, et par la richesse de ses bois francs, qui devront alimenter les fourneaux de Montréal pendant bien des anr‘.:. quand la voie ferrée en perspective sera en opération.
Nous quittons à bonne heure le village de Ste-Agathe, Les chevaux de M. Beaubien, qui ont vingt lieues dans les pattes en deux jours, piaffent dans la cour de l’hôtel Chalifour ; le colon vient nous avertir qu'ils sont impatients, nos jeunes écoliers ont le fusil sur l'épaule, nous prenons congé de la famille Godon et en avant vers St-Faustin, en longeant de temps en temps la branche Ouest de la rivière du Nord, dont le bras Est va vers sa source principale, le lac de la Quenouille. Nous sortons bientôt du Canton Beresford pour entrer dans celui de Wolfe, dans le comté de Terrebonne, en longeant des lacs superbes et d’un pittoresque éblouissant.
Le canton Beresford que nous quittons est dans l'agence de M. Marchand. En 1880 il y avait encore d’arpentés et en vente 7,677 acres de terre. Le sol de Beresford est léger et sablonneüx, un peu rocheux et d'assez bonne qualité. A certains endroits il est fameux, si l’on en juge par les produits que l’on ya vus. Nous avons remarqué que les saisons y sont un peu plus tardives qu’à Montréal, parce que lorsque nous y sommes passés, on y était encore dans les foins. Les fruits sauvages, surtout les framboises, abondent dans ces contrées où les habitants nous ont paru à l'aise, et l’on nous a assurés que plusieurs d’entr'eux sont riches.
Jusqu'à Ste-Agathe nous n’avons eu qu’à nous féliciter des chemins. En effet, les routes faites par le gouvernement sont superbes, et elles se conservent généralement belles, pratiquées qu’elles sont sur des terrains en pente et bien égoutés. Quand je dis beaux chemins ça ne veut pas dire qu'ils soient plats, dame ! Mais, passé Ste-Agathe, commence le chemin du Paradis... en longeant le purgatoire. C'est une série de côtes, d’ornières, de cailloux... et toujours, toujours. C'est-à-dire comme dans les contes ennuyants : “ Marche, marche, rencontre une côte, marche, marche encore, passe une autre côte, reñcontre une grosse roche, marçhe, marche encore, tombe dans un trou...” Ah ! les côtes ! Et surtout nos côtes! Aussi étions-nous forcés de marcher pour nous délasser. (C'est alors que nos jeunes amis s’en donnaient. Il fallait les voir le fusil à la main, sauter les clôtures d'embarras, grimper sur les roches pour poursuivre les geais au plumage bigarré, un écureuil à la fourrure rousse. Tout de même il faut mettre un certain art pour approcher ce léger gibier, surtout cette petite gente de la famille des corbeaux qui semblent deviner le danger. Aussi chaque geai, à la vue du chasseur, donne-t-il l'alarme par un cri strident, et il est certes bien compris, puisque tous les sujets ailés s’envolent en l’entendant.
Nos jeunes Nemrods étaient infatigables, et nous étions obligés de ralentir leur zèle; il devenait imprudent -de les laisser gambader au grand soleil, à travers haies, roches et broussailles. Quelle vigueur
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il y a dans ces gars développés par des exercices corporels! Je ne cessais d'admirer leur agilité et la flexibilité de leurs membres muysculeux. Leur excitation à poursuivre leur proie nous faisait craindre des accidents. Je dois noter que les geais se fichaient d'eux et que tous se sauvèrent de leurs coups, grâce à l’organisation de leur police et à la vigilance de leur arrière garde.
Il n'en fut pas ainsi du pauvre pivert qui, tout préoccupé à faire bombance sur les troncs d'arbres, eut le sort de ceux qui s’enivrent dans la bonne chère. Ce n'est pas que cet oisillon manque d’intelligence pourtant. Voici un trait des mœurs du pivert que je trouve dans les “ Mondes ”: “ L'été dernier, dit M. Aimé de....., je me promenais dans une allée de mon parc, lorsque je vis un pivert se placer à une cinquantaine de pas devant moi, regarder s’il était épié, puis se coucher et faire le mort, étendu, immobile, la langue tirée démésurement ; de temps à autre il la faisait rentrer dans son bec. Près de lui était, dans l'allée, une fourmillère souterraine. Les fourmis sortant de leur demeure, croyaient voir dans le pivert un être mort, et s'amoncelaient sur sa langue pour la dévorer; mais le contraire arrivait: lorsque la langue du pivert était couverte de fourmis, il les avalait. Il recommença ce manège jusqu'à ce qu’il fut complètement rassasié ; alors il courut vers son nid pour porter la nourriture à ses petits. Je remarquai pendant plusieurs jours la même manœuvre, et je conclus que le pivert, aussi bien que le crapaud, est un être utile et qui mérite protection. ”
Laissons-là nos cisillons etenfonçons-nous davantage dans cette chaîne
sitourmentée des Laurentides. Elle offre partout comme points de vue, des ravins sombres, des pics arides, des rochers nus et sévères, d’autres couverts d’une demi végétation que le feu a noircie et sur lesquels se penchent des arbres desséchés ou bouleversés. Nous nous rapprochons de temps à autre de la branche Ouest, de la Rivière du Nord, qui se rétrécit peu à peu comme pour nous indiquer qu’elle arrive à sa source. Mais ce qu’il y a de pittoresque, ce sont ces lacs que l'on aperçoit quelquefois à travers la forêt, er qui se présentent souvent avec un air riant et des bords défrichés et couverts de blé sarasin en fleur. Alors nos jeunes gens et nous poussons des cris de joie que les échos répètent autant de fc's que les montagnes voisines comptent de gonflements. Hou ! Hou! Oh! Oh! Et les canards qui plongent dans l'onde coulent sur les flots en les faisant rider, et les cicognes se lèvent sur leurs échasses, s’éloignent à fleur d’eau, loin de la brouet du renard $ervi sur une assiette; le butor s'enfuit sur la grève et se cache dans les. joncs.
Et tout à coup dans le désert qui avoisine cette nappe d’eau on aperçoit un chantier d'où la fumée s'élève par un tuyau qui perce le
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toit. C'est la maison du colon qui vit à un mille, deux milles, quelquefois à trois milles du voisin.
Nous entrons saluer cette famille. L'homme est à quelques arpents de là. Nous entendons le bruit de sa hache sur le merisier retentissant, sa femme l'appelle et il vient les bretelles à bas, le cou découvert, ruisselant de sueurs et les bras nus. Il essuie du revers de sa main son front humide et nous salue en ôtant son chapeau de paille et nous nommant par nos noms. Il a su que nous allions au Nominingue par des hommes qui montent à pied au chemin de la Lièvre et qui, marchant la nuit, nous avaient passés à Ste-Agathe. Il nous invite à nous asseoir dans son castel, et sans façon nous entrons prendre un coup d’eau, et de la bonne. Messieurs, nous dit-il, elle coule d’une source à quelques pas de la maison. Ilprend son seau, vide celle qui y séjourne depuis quelques heures et revient avec de l’eau qu'on aurait dit à la glace, sars en avoir le danger. Le goblet de fer blanc passe à tour de rôle après quoi la politesse est offerte à nos pauvres chevaux... avec le seau bien entendu.
Les citadins ne connaissent peut-être pas ce que c’est que le
LE: château du colon. C'est une boîte de douze ou vingt pieds carrés ’ faite de bois ronds, sapin ou pin, superposés les uns sur les autres et dont les bouts tiennent l’un à l’autre au moyen d'encochures ; c’est
cette architecture que techniquement on appelle en gweue d'aronde.
Le toit placé à huit ou dix pieds du sol, d'un déclin de 2 à 8 pieds, est généralement fait d'écorce de bouleau, de sapin ou de frène, quelquefois même de pièces de cèdre fendu. Comme ces chantiers sont généralement construits avant qu'il y ait des moulins à scie dans la localité, les portes et les chassis, s'ils sont en bois poli, viennent des paroisses où il y a des scieries. Nous avons vu de ces chantiers où il n’y a pas une planche sciée et pas un clou planté. Tout y est fait à la hache et à cheville.
Les interstices sont calfeutrées avec de la mousse souvent recouverte de glaise. Comme on ne se peut procurer de la brique et de la chaux qu'à grands frais, la cheminée est un tuyau. Et vous dire si on chauffe la dedans, l'hiver bien entendu, car l'été le poële est toujours dehors, abrité d’un appendice qui consiste en quatre gaules appuyées sur autant de fourches plantées en terre. Il n’y manque plus au colon que de quoi manger pour vivre le plus heureux du monde et chanter :
‘ On peut bien manger sans nappe Et sur la paille on peut dormir.
Les gueux, les gueux, sont des gens heureux, Ils s'aiment entr’eux, Vivent les gueux !
AE ce SU
, quel- A propos de sommeil, n'allez pas croire que ces messieurs les coions se privent de bons lits ; ils ont la paille, la mousse, la fougère et même arpents les immortelles des champs. Outre que la fougère est aromatique elle etentis- est très saine, ouvert, | Pour l'édification des nourrices je dirai avec un auteur de médecine ain son que ‘‘ les feuilles de fougère servent à confectionner la couche des enet nous fants. Les coussins et les matelas qu'on en fait sont beaucoup plus gue par sains que ceux qui sont faits avec la plume. On les recommande surarchant tout aux scrofuleux et aux rachitiques.” asseoir C'est en partie ce qui explique cette santé robuste, ce teint vermeil, l'eau, et cette pureté de sang qu'ont les enfants des colons qui vous ont des uelques joues à faire crever de dépit les mamans de nos grandes villes. > depuis — Combien avez-vous d'enfants? demandâmes-nous au colon. et à a glace, la colonne. 1] fallait bien lui faire cette question, car à tout moment il de rôle <n surgissait de nouveaux.
avec le —Dix, nous répondirent-ils. e —Dix! Et quel âge a le plus vieux ?
que le —-Onze ans ; et ji! travaille celui-là. Tenez, voyez-vous cet abatti? s carrés Eh! bien, c’est lui qui a coupé les ferdoches et les a ramassées. tres et Et ce petit bonhomme trapu, aux muscles développés, arrivait nu s ; c'est pied avec sa faucille à la main, confirmer qu’il était de force et de onde. taille à fouailler chevaux et bœufs.
3 pieds, Tenez, vous pouvez le constater, sur le lac Lacoste. à environ quatre e, quel- lieues de la Chute aux Iroquois, il y a un nommé Lacasse, un des plus ers sont beaux Canadiens du pays, qui est le colon de l'Hon. Lacoste ; il a onze dans la enfants, dont le plus vieux a 14 ans, il a défriché et ensemencé en une ent des année quinze arpents de terre, et son petit garçon en a coupé les brousers Où il sailles et les arbustes, et il les a ramassés en tas pour les faire brûler. st fait à Ça doit être comme ça que les veut le curé Labelle.. ou bien il est exigeant.
ouverte Maintenant que nous avons fait boire hommes et bêtes, avançons a chaux en laissant derrière nous le lac La Grise, le lac La Brume, le lac chauffe Cornu, et d’autres encore plus beaux en leur apparence qu’en leurs dehors, noms baroques et insignifiants, (tandis qu'il aurait été si facile de les ées sur baptiser de noms poétiques ou historiques,) et nous arrivons, devinez Jon que où? Mais à quoi sert vous faire deviner, vous, lecteurs, qui ne con- Pr: naissez pas la Repousse. Elle est bien connue, pourtant, depuis St-Térôme jusqu'à la Rouge. Que dis-je, jusqu'à la Lièvre et même jusqu'à la Gatineau. C'est la terreur du pionnier, mais aussi son épreuve. Celui qui va s'établir au-delà de Ste-Agathe et qui passe la Repousse est considéré comme ayant franchi tous les plus grands -Oobstacles. Que de gens o: rebroussé chemin en l’apercevant sc dres- -ser dans le sentier de Îa colon'sation. Sapristi, avant de la franchir, PT f. à * PURE j LE ï
arrêtons nos équipages fatigués, faisons prendre une gueulée à nos chevaux, buvons une larme êt prenons une bouchée, il arrive midi. Nous nous mettons à l'ombre, près d’une cilaire-fontaine, comme dans notre chanson nationale, nous allumons un petit feu sur lequel nous mettons un bidon rempli d’eau. Bouille garçon, dit notre chef cuisinier. Et en cinq minutes le thé est fait.
Vous n'avez peut-être jamais goûté les délices d’un repas sur le bord de la route, sous le pouce, comme on dit. Et bien, regardez-nous faire. Nous dressons les tables, je dis les tables, car chacun a la sienne ; l’un une belle roche plate, l’autre une souche, un troisième une perche de la clôture, un quatrième la planche de la barouche, et, quelques-uns, leur morceau de pain appuyé sur les cinq doigts de la main gauche. Communauté indivisible des vivres de Sa Majesté que contient le grandissime fourgon de M. Beaubien.
Voyons, toi, Charles, coupe du pain ; —Louis, tranche du saucisson.—,Y a-t-il du sel?-—Allons, le beurre.—Voici des gretons, qui en veut?—Il y a du jambon, là, dans la poche.—-Moi je mange du lard ; tranchez-en donc, qu’on fasse des grillades à la broche. —Ça c'est une bonne idée !—Allons, p'tit Pierre, va chercher de l’eau.
Et bientôt le fumet des grillades promène sous le nez des gourmets son odeur appétissante, et tous de se les partager.—Fais-en encore, Bigras, il n’y en a pas assez. Tonnerre ! que c’est bon.
Et bientôt le silence se fait, puisque ventre affamé n’a pas d'oreilles pour entendre ni de bouche pour parler. Mais le spectateur entendrait le babil du ruisseau, le cri lointain du roitelet, le frémissement de la feuillée qui accompagne le cliquetis de nos armes et de nos mâchoires, et le rongement non moins significatif de nos chevaux.
—Voulez-vous des pommes confites, du fromage ?
—Oui; c’est bien.
Et le fromage se distribue. Mais le farceur qui l’offrait avait emporté du fromage de Limbourg. Vous pouvez vous imaginer ce qu’en a dit Bigras.—Cré cochonnerie, dit-il.
De fait, il faut avoir le goût perverti pour manger de ce raffiné.
—Bien, mangez des confitures, alors.
Bref, de l’aveu de tous, c’est un repas succulent qui nous fait apprécier le refrain :
Savez-vous pourquoi, mes amis, Nous sommes ici réjouis ?
C’est que le vin est bon Apprêté sans façon.
Mangeons à la gamelle, Vive le son, vive le son,
Mangeons à la gamelle, s Vive le son du chaudron!
À nos midi.
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Moi, ça me rappelait nos haltes d'Italie où, sur le bord de la route, nous mettions sac à terre et les armes en faisceaux pour faire le café, Pas de monture là. Et quand le café était pris, il fallait mettre sac au dos, carabine sur l'épaule, giberne aux reins et en avant, marche. Pourtant nous avions cinq lieues de faites et il fallait en faire encore cinq, chargés que nous étions de cipquante livres. Et les ampoules! Ah! là, là. Et cependant nous entonnions le refrain: “Il y a d'la goutte là haut, là haut, Il y a de la goutte à boire” ou
En avant, marchons ; en avant, marchons, Zouaves du Pape, à l'avant-garde | En avant, marchons ; en avant, marchons, Le monde nous regarde, En avant, bataillon !
Les vivres sont empaquetés, les chevaux sont bridés, et en avant, à l'assaut de la Repousse !
La Repousse! C'est le Sébastopol de la colonisation avec le Redan, le Mamelon Vert et Malakoff par dessus le marché. La Repousse, c'est trois montagnes entassées les unes sur les autres, soudées avec du ciment dont le gravier est assez volumineux pour offrir des spécimens gros comme qui dirait le palais de justice de Montréal et qui menacent toujours de se détacher. Il y a si longtemps qu’ils y sont, nom d’un nom ! Si le feu des Titans nous vient à la mémoire en montant cette muraille de Chine, les vers de Lafontaine dépeignent bien l’état où l'on se trouve en la franchissant.
Dans un chemin montant, sablonneux, malaisé, Et de tous les côtés au soleil exposé, Six forts chevaux tiraient un coche, Femme, moine, vieillard, tout était descendu ; L’attelage suait, soufflait, était rendu.
Nous montons, nous montons et nous montons, et par un chemin rocailleux, mon Dieu ! il faut voir ça. Aussi avons-nous mis pieds à terre, ne laissant que les deux petits garçons du colon dans les voitures. Nous nous étions déboutonnés, gilet et veste étaient ôtés, et marche donc. A tout moment les chevaux faisaient halte et nous aussi. Le soleil plombait sur cette montagne aride qui grille sans jamais se consumer ni s’amoindrir. C’est bien une véritable Repousse, qualifiée pour repousser les colons les plus énergiques.
C'est en octobre 1872 que M. le curé Labelle la franchit pour la première fois et qu'il s’aperçut qu’il y avait au-delà une plaine superbe à offrir à la colonisation. En effet, du sommet de cette redoute le panorama est ravissant. Là, plus près des cieux, on domine un vaste pay-
sage qui n'a de limite que la capacité de l'œil. Sur le versant sud vous avez les couches graduées de la vallée de la rivière du Nord; vousen distinguez le lit au fond de cet alcôve de dentelle et de rideau, dont les plis donnent asile à des centaines de maisons parsemées sur les versants défrichés. Du côté nurd s'étend cette plaine qui s'élargit en vous indiquant les vallées de la Diable etde la Rouge. St-Faustin est à vos pieds sur une colline que contourne la décharge du lac Au Poil; des champs couverts de moissons ,s'étendent sur des pentes douces, les prairies s'étalent riantes au couchant du soleil, le bétail s'amuse dans les prés verdoyants, et vous admirez les maisons des colons échelonnées sur le versant des côteaux, les forêts grandioses qui recouvrent les hauteurs, les lacs qui reflètent les rayons du soleil, et vous apercevez un lointain sans limite qui jette dans l’âme je ne sais quel indécis de l'avenir ; tout dans ce coup-d’œil nous charine, nous fait rêver, mais nous montre comme nous sommes petits au milieu de ces grands joujoux avec lesquels le Créateur semble s'être amusé. sérieusement... Pourquoi a-t-ilentassé ces montagnes? Pourquoi at-il culbuté ces monceaux de granit? Pourquoi a-t-il bouleversé ces éclats de rochers dans les veines desquels coulent des minerais qui semblent vouloir se faire reconnaître en trahissant leur couleur? Qui va nous répondre? Le soleil qui passe silencieux en faisant briller sa lumière chaude, les nuages qui se déploient au-dessus de la crête des arbres, les flots qui se précipitent de cascade en cascade, l'oiseau qui parle dans les bois, le bœuf qui paît dans le parc, l'agneau qui bondit sur le gazon. Car tous jettent leur note dans ce concert auquel nous assistons, et dont nous saisissons à peine les beautés, logés que nous sommes dans les galeries de ce théâtre borné par l'horizon de la nature.
Nous descendons cette montagne en évitant l’Epouvante, pic plus haut encore que la Repousse, et nous nous dirigeons vers le village de St-Faustin, qui n’est encore qu’une mission, situé dans le sixième rang du canton de Wolfe.
Ce canton faisait ci-devant partie du comté d'Argenteuil et, après 1881, il fit partie du comté de Terrebonne déjà pourtant bien trop éteudu.
Lors du recensement, St-Faustin n'était pas encore érigé, et le recensement n’est que pour le-canton de Wolfe qui, à cette époque, comptait 461 habitants, tous catholiques.
Il n'y avait alors que neuf acres de terre consacrés au blé qui a produit 41 minots. On y a recueilli cette année là 172 boisseaux d'orge, 2,310 boisseaux d'avoine, 136 ,boisseaux de seigle, 70 boisseaux de pois, 4,760 boisseaux de sarrasin, 45 boisseaux de maïs, 2,233 boisseaux de patates, 1864 boisseaux de navets, 38 boisseaux d’autres racines, 267 tonneaux de foin et 249 boitiseaux de graines de mil et de trèfle.
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En 1880, il y avait d'arpentés et en vente dans le canton de Wolfe, qui se trouve dans l'agence de M. Marchand, 28,621 acres de terre et il y avait d'arpentés, mais non en vente 2,000 acres,
Le sol du canton est accidenté par endroits et un peu rocheux, mais généralement propre à la culture.
En 1882, les travaux publics qui ont été faits dans le canton de Wolfe, sont : 1° déviation du grand chemin conduisant de Ste-Agathe à St-Faustin, pour éviter la Repousse, suivant le tracé de l'explorateur Bureau.
Cette déviation, qui mesure environ six milles, part du canton Beresford dans le 5e rang, traverse les quatre derniers lots de ce canton en biaisant et se continue jusqu'au No 22 dans le 6e rang de Wolfe; 2° chemin conduisant du 6e rang de Wolfe à l'église St-Faustin, formé de montées traversant les se, 4e et 3e rangs, et qui ouvre à la colonisation le plus beau terrain du canton Wolfe; 30 chemin qui part du village St-Faustin au lac La Quenouille.
St-Faustin, qui comprenait en 1884 cent familles et quatre cents individus, n’a pas de curé résident, et c’est le curé de St-Jovite qui vient tous les quinze jours y dire la messe dans une chapelle. C'est une maison n'ayant rien de distinct si ce n’est une cloche posée sur une chèvre à
quelques pieds de là. Il y a un instituteur, qui est bien à mon avis l’homme le plus important après le curé. Le village est alimenté d’un magnifique aqueduc qui fournit à ses habitants une eau remarquablement bonne et pure.
Il y avait deux hôtels à St-Faustin, mais l’un a été obligé de céder le pas à l’autre. L'hôtel Dusablon (nom noble, s. v. p.) esttrès bien tenu. Le propriétaire est très poli. Mon ami Beaubien s’est trouvé indisposé à cet endroit. Etily avait de quoi. La marche, la chaleur, les repas sous le pouce. (à part la Repousse) pour un dyspeptique, c’est assez raide, C'est là que j'eus occasion de faire preuve de mes connaissances médicales. Une préparation de gingembre mit sur pied mon patient en moins d’une heure. Disons deux, car je me rappelle qu’on attendit que le soleil baissât. Tout de même, il faut avouer que c’est bien peu de temps pour guérir un malade qui souffrait des douleurs affreuses d'estomac et d’entrailles. IL faut tout dire, l’épicier du lieu, M. Villeneuve, qui m'a l'air de faire de bonnes affaires en cet endroit, est venu à ma rescousse en me fournissant une bouteille de Tue-douleur de Perry Davis, (Pain Killer pour les Anglais). Mais je réclame l’honneur d’avoir prescrit ce spécifique unique
Qui guérit les maux passés, présents, futurs, nouveaux. Il est stomachique et dontalgique, Je le cède à tous.
Pour combien ? pour deux sous. }-4és.
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Bonjour, St-Faustin, au revoir ; ét en route pour St-Jovite par un Chemin comparativement béau. Ab1 quand je dis beau, il ne faut pas s’imaginer qu'on y puisse pousser les chevaux, mais au moins on peut y trotter par tache. Maïs nos reins, nom d'un p'tit bonhomme! L'air se fait frais et il faut se presser, car notre étape du jour est la Chute aux Iroquois. Touche, touche. Et nous faisons solennellement notre entrée à St-Jovite, le samedi, presque à la brunante.
Réposons-nous un peu, car, vraiment, nos chevaux nous font pitié. tant ils sont bons. Pauvres bêtes! Dire qu'ils se mettent à notre disposition sans répliquer, tandis que d’un coup de pied il pourrait nous envoyer paître. Vrai, on ne peut penser aux services que nous rendent ces animaux, et à la patience avec laquelle il nous servent, sans éprouver un sentiment de reconnaissance envers Celui qui leur a ordonné de nous obéir. Aussi méritent-ils qu'on les soigne bien. Entrons à l'hôtel, et ordonnons que nos courageuses bêtes aient chacune une bonne portion... quand elles seront ressuées, bien entendu.
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Le village de St-Jovite, à 44 milles de Montréal, est situé sur un plateau d'environ un mille carré que cerne la rivière au Diable. J'ai examiné l'apparence de ce tributaire de la Rouge, pour m'’assurer s'il ne ressemble pas à l’ancien Diable avec des griffes et la queue en ripe.—Je n'ai rien trouvé qui ressemblât à Belzébuth, si ce n'est sa forme tortueuse qui lui donne des faux airs de serpent. Mais ce n’est pas de ses sinuosités que cette rivière tire son nom. Ce sont les voyageurs qui, la trouvant difficile pour la descente du bois, l'ont apostrophée du nom de Diable, et cette épithète lui est restée.
En 1878, tout l’espace entre Ste-Agathe et le Nominingue était forêt, Les établissements qui commençaient étaient comme des oasis au
.milieu des bois debout. C'est en septembre de cette année qu'y fut
envoyé le révérend M. Ouimet pour desservir les’cantons du Nord.
A son arrivée il se mit à l'œuvre pour construire un presbytère dont le haut devait servir de chapelle provisoire, et au mois de janvier 1880 il s’installait dans sa résidence pour desservir les colons à 15 lieues à la ronde. Aujourd’hui encore il exerce son ministère dans les missions d'Arundel, Amherst et Ponsonby.
Les rues du village de,St-Jovite sont larges de 60 pieds et les maïisons, au nombre d’une quarantaine, sont bâties à la française et avec un goût remarquable. ;
Il y a de bons pouvoirs d’eau fournis par un ruisseau appelé Clair, lequel prend sa source à St-Faustin.
Le presbytère et la chapelle forment un édifice de 40 pieds sur 30 à deux étages ; la chapelle est én haut et la résidence du curé en bas ; mais déjà les paroissiens ont compris qu'ils avaient besoin d’un temple, et les procédés sont commencés pour construire en moins de t'ois ans une église en pierre qui, tout en procurant la gloire de Dieu, sera un menument de l'esprit religieux, de l'entente et de l’activité de la généreuse population de St-Jovite.
Les premiers actes civils datent du mois de janvier 1879.
Le villäge renférme tout ce qu'il y a d'industrie dans St-Jovite. D'abord, un moulin à farine fonctionnant patfaitemient en tout témps
de l'année. Ilest la propriété de M. Célestin Bisson, un des premiers et des plus entreprenants colons du Nord.
Un moulin à carder la laine, fonctionnant, lui aussi, à merveille et. rendant d'immenses services aux missions environnantes. Le propriétaire en est M. Jude Meilleur.
Un moulin à scie circulaire qui fonctionne toute l’année; cet établissement renferme des scies à découper, à faire le bardeau, un planeur pour blanchir et embouveter le bois, etc., le tout en parfait état. M. François Léonard en est le propriétaire, Cet hrmme entreprenant est maire de St-Jovite.
Il y a aussi une tannerie appartenant à M. Joseph Bélair,
Un fourneau à chaux, qui suffit aux besoins de St-Jovite et des environs. C'est la propriété de M. Amable Dufour.
Deux forgerons, un voiturier, deux meubliers et un boulanger.
Une briqueterie près du moulin à scie, à 6 ou 7 arpents de la chapelle. C'est encore la propriété de M. Léonard.
St-Jovite compte deux hommes de professions : un docteur, M. J. A. Bigonesse, un notaire, M. J.-Bte. Defoy.
Il y a trois magasins tenus par T. Adolph: Christin, Jos. Charbonneau et Jos. Longpré. On y trouve tout ce qu'il faut, et desnégociants de cantons plus au Nord viennent s'y approvisionner assez souvent. Un marchand doit ouvrir une épicerie. A St-Jovite il y a des personnes qui entreprennent d’approvisionner les chantiers pendant l'hiver, d'autres font transporter jusqu’à la Minerve et au Nominingue les effets que des propriétaires de Montréal veulent faire transporter chez leurs fermiers.
La paroisse a deux écoles dont l’une, celle du village, est ouverte depuis 5 ans et l'autre depuis 4 ans. Une troisième est en construction ; ce ne sont encore que des écoles élémentaires.
Peu de vieillards à St-Jovite ; cependant il y en a 5 ou 6 de 76 à 80; et l’un d'eux surtout, M. J. Bte. Pâquet, travaille comme un jeune homme sur une terre qu’il a ouverte lui-même.
La Montagne Tremblante, vers le nord, ne tremble pas plus que l'Hôtel-de-Ville, mais enfin c’est son nom; au pied se trouve le Lac Tremblant qui a une étendue de huit milles ; il est le réservoir de la rivière Cachée. Lac très poissonneux, c’est un endroit magnifique pour les touristes amateurs de pêche.
Un lac très coquet, c’est le lac Ouimet, situé à trois milles du village, il est parsemé d'îles qui en rendent l'aspect charmant.
Le lac Duhamel ct le lac aux Brochets méritent aussi une mention honorable.
St-Jovite a deux maisons de pension de première classe où les voyageurs sont servis à souhait,
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