‹ Coloration En Bleu Des Fleurs De Quelques Orchidées Sous L'influence De La GeléeChapitre 2 sur 3 · SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE · texte numérisé non relu

SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE

retirant du bocal entouré de glace et de sel où elle avait gelé, je la retrouve, non pas bleue, mais jaune encore, bien que toute roide et durcie par la gelée. Au bout de peu d’instants, elle verdit à la température de la chambre, elle dégèle et la coloration verte se prononce de plus en plus. Au bout de cinq minutes, le bout des sépales est déjà de la nuance vert-bleu 3, l’éperon est aussi très-vert. Au bout de dix minutes, les sépales sont vert-bleu 5; presque dans toute leur étendue, les nervures surtout sont d’une couleur très-foncée. Au bout d’un quart d’heure, la couleur vert-bleu a foncé de plus en plus. La fleur est entièrement colorée en bleu-indigo, dont la teinte est seulement modifiée par le mélange de la couleur jaune primitive.

Ainsi la coloration en bleu de la fleur, la formation de l’indigo bleu dans son tissu, ne s’est produite ici qu’au dégel, contrairement à ce que rapporte M. Gœppert pour des especes voisines. Dans quelques essais, la fleur paraissait avoir déjà une très-légère teinte verdâtre dès la sortie du bocal, sans doute par suite d’un cominenceinent très-faible de dégel: mais dans une expérience faite avec grand soin et où j’avais deux fleurs de Pliajus de même nuance dont une seule fut exposée à la gelée, je vis très-nettement la fleur gelée, placée à côté de la fleur non gelée immédiatement au sortir du bocal, présenter sensiblement la môme teinte : ce n’est qu’après que la fleur eût dégelé pendant quelques instants que la coloration verte commença à se manifester.

Les expériences faites sur le Calant,he densiflora ont donné des résultats identiques à ceux que je viens d’indiquer sur le Phajus maculatus.

La couleur des fleurs des deux plantes est la même ; les passages du jaune au bleu foncé, par suite de la formation d’indigo bleu dans les tissus, sont aussi exactement les mêmes.

Si l’on examine au microscope les tissus des fleurs qui se colorent en bleu, on peut facilement constater que c’est toujours dans l’intérieur même des cellules, et particulièrement au milieu du protoplasma qui tapisse en dedans la paroi cellulaire, qu’apparaissent sous forme de très-lins granules les premiers déjwits d’indigo bleu. Quand la cellule (!st altérée par la gelée (et il en est de même du reste quand elle est tuée par immersion dans l’eau bouillante, dans l’alcool, etc.), l’ulricule primordiale, ou en d’autres termes la couche pariétale du protoplasma, s’est un peu contractée, elle n’est plus adhérente à la paroi cellulosique; mais jamais, dans l’intervalle tpii se fait entre l’utricule primordiale et la paroi cellulaire, on ne voit se produire d’indigo bleu. L’est dans le protoplasma même que se déposent les granules d’indigo, .si petits qu’ils n’apparaissent que comme des points sans largeur appréciable sous le très-fort grossissement que donne le système n" 10 à immersion de Hartnack. Ils grossissent peu à peu et bientôt présentent un diamètre plus considérable, et forment même çà et là de petits amas irréguliers. Ces grains, du reste, sont répartis assez également dans toute la couche pariétale de protoplasma.

Celte observation m’a paru oITrir un intérêt particulier, en ce que l’expé-

rience ayant démontré précédemment qu’il sort des cellules, sous l’action de la gelée, du liquide qui va cristalliser dans les méats sous forme d’aiguilles de glace, on aurait pu supposer à priori que la substance incolore qui se transforme en indigo bleu filtrerait à travers les parois sous l’influence du froid et irait se colorer en bleu hors des cellules ou du moins en dehors de l’utricule primordiale. Or cela n’est pas en réalité. C’est dans la cellule même que se produit l’indigo bleu, au milieu du protoplasma que la vie abandonne et dont l’organisa (ion s’altère.

Depuis que ces premières observations ont été faites, j’ai eu b ma disposition des fleurs de Phajus grandi folius et de Ph. WaUichii, sur lesquelles j’ai répété les expériences rapportées plus haut. Les fleurs du Phajus grandifo- /tus sont blanches en dehors et brunes en dedans. C’est sur la partie blanche

que l’on doit chercher à observer le bleuissement qui ailleurs est en partie masqué par la coloration naturelle. Une première fleur fut exposée b un froid de ■— 12 degrés environ durant une heure et un quart. Quand elle fut retirée rdide et gelée du bocal entouré du mélange réfrigérant, la partie inférieure des sépales montrait une légère nuance bleuâtre très-pâle, mais ce n’est qu’au dégel que la coloration s’est nettement prononcée ; toute la fleur est bientôt devenue d’un bleu indigo extrêmement foncé, presque noir. Une nouvelle expérience m’a donné un résultat plus net encore.

UtK^lleur de la môme espèce de Phajus est restée durant trois heures exposée au froid sans que j’y pusse observer nettement de nuance bleuâtre sur la face externe des sépales, qui conservait sa couleur blanche. .l’avais mis la fleur dans un bocal à très-large ouverture, entouré du mélange réfrigérant: de temps en temps j’enlevais le bouchon de liège qui fermait le bocal et j’observais directement la fleur, qui était placée au fond du bocal, la face inférieure du périanthe en dessus. J’observais donc la fleur sans la tirer du milieu trèsfroid où je l’avais jdacée et sans occasionner le moindre commencement de dégel. En outre j’eus grand soin de maintenir dans un état convenable le mélange réfrigérant pendant foute la durée de l’expérience. Dans ces conditions, la fleur du Phajus grandifolius resta gelée de midi et demie jusqu’à trois heures et demie sans que je pusse saisir de modification appréciable dans la couleur de la face inférieure des sépales, qui m’a paru rester blanche sans mélange de nuance bleuâtre.

Depuis, j’ai répété encore cette expérience, dans des conditions pareilles, sur des fleurs de Phajus Wallichii. Après deux heures d’exposition h un froid d’au moins 12 degrés, les fleurs roidies par la gelée étaient seulement de nuance un peu plus terne, mais n’étaient point colorées en bleu.

Ces nouvelles observations, portant sur des fleurs examinées par Jl. Gœppert, n’ont donc fait que confirmer celles que j’avais faites précédemment sur d’autres espèces.

Page 1