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CHAPITRE IX

LA SORTIE DE PRISON

I. L’art de faire sortir de prison, non moins important que l’art d’y faire entrer. — Transition nécessaire entre la prison et la liberté complète. — II. Le système dit Irlandais. — Succès apparents.

— Complications inutiles ou dangereuses. — Les deux éléments vitaux du système : la cellule et la libération conditionnelle. — Celle-ci doit être aidée par le patronage. — III. Pour qui la libération conditionnelle est-elle faile? — M. Pois et M. Stevens. — A quelles conditions doit-elle être accordée? — Un écueil grave.

— IV. Pourquoi le patronage a été jusqu’à présent si difficile. — Il ne faut pas attendre que le prisonnier soit mis en liberté complète. — La libération conditionnelle et le patronage nécessaires l’un à l'autre. — Tâche précise et pratique des sociétés de patronage. — Travail et famille. — Rapatriement ou expatriation. — Rapports internationaux des sociétés de patronage. — V. La libération conditionnelle et le patronage sont le complément indispensable du système cellulaire, comme le système cellulaire en est la préparation nécessaire. — Par qui doit être préparée et exercée l’œuvre du patronage. — Craintes exagérées. — Entente obligée.

Toute chose difficile doit être exécutée par degrés : c’est là, je crois, une proposition que nul ne contestera, tant elle est conforme à tout ce que nous savons sur les lois de l’habitude, sur les exigences de l'éducation, sur les nécessités de la division du travail dans l’industrie et

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de la décomposition des mouvements dans les exercices corporels, etc. Or, est-ce ou non une chose difficile que de confier de nouveau à la société un homme que cette société même a frappé, flétri, séparé d’elle, privé de sa famille, destitué de l'exercice de ses droits, et le plus souvent ruiné? Que tout cela ait été juste, nécessaire, inévitable, ce n’est pas la question. S’il y a un grand nombre de gens qu’on ne peut s’empêcher de mettre en prison, il y en a beaucoup aussi qu’on ne peut se dispenser d’en faire sortir. Or, si le premier de ces actes est aisé, le second ne l’est pas.

Il est certain cependant que jusqu’ici les pouvoirs publics avaient réservé tout leur zèle et toute leur énergie pour le premier: ils semblaient s’être en fièrement désintéressés du second, ils le laissaient s’accomplir tout seul, au hasard, sans préparation, sans surveillance et d’un seul coup. Ils agissaient en cela comme les mauvais écoliers qui aiment encore apprendre ce qu’ils savent, mais qui détournent la tête quand on leur propose d’étudier ce qu’ils ignorent. Le problème que les pouvoirs dédaignaient ou redoutaient ainsi était cependant celui qui aurait dû le plus les préoccuper. Le moment où un coupable entre en prison est un moment critique pour lui : le moment où il en sort est un moment critique pour lui et pour nous. L’on ne saurait donc trop approuver cette phrase du criminaliste américain Livingstone :

« Lancer de nouveau un criminel dans la circulation sans qu‘il se soit amendé, c’est frapper sur la société une contribution dont le montant n’est pas déterminé. »

« Avant qu’il se soit amendé », on comprend dans quel sens nous entendons ces mots, quant à nous. Réformer l’âme d’un coupable et lui infuser le respect de tous les devoirs, ce n’est ni dans la mission ni dans les moyens

de l’État ; mais l’État peut amender un prisonnier en lui enlevant la tentation de retourner dans la société des malfaiteurs, et en lui donnant la possibilité de tenir de nouveau une place utile dans la société des travailleurs honnêtes. C’est déjà là une tâche assez délicate, mais on peut en atténuer les difficultés, comme nous venons de le dire, en les graduant.

De toute façon et sous quelque régime que ce soit, le prisonnier a vécu loin de la société régulière : il n’a pas pu entretenir avec elle ces rapports libres, ces échanges consentis de coopération qui font la vie publique. Les adversaires de la cellule disent que le prisonnier laissé en commun conserve du moins l’usage et la pratique de la société. De la société en général, non ! De cette société qui n’est qu’une contrefaçon de la société normale, de cette société qui est à la nôtre ce que la messe à rebours ou la messe du diable était à la messe véritable, oui ! Mais je ne crois pas que ce soit là une bonne condition de la reprise des rapports souhaitables : je ne crois pas que ce soit là un acheminement à la reconstitution morale et sociale d’un ouvrier régulier, d’un père de famille correct et d’un citoyen à peu près satisfaisant. Quant à ceux qui tiennent le plus énergiquement à l'emprisonnement individuel, ils compromettraient une cause excellente, s’ils affectaient de voir dans la vie de la cellule une préparation suffisante à la reprise complète de la vie libre. Elle est le seul moyen d’écarter les obstacles les plus formidables ; et quel n’est pas le prix d’un tel service ! Elle est encore, on a pu le voir, un commencement de préparation directe (et aux preuves que nous avons déjà données vont encore s’en ajouter d’autres). Mais Dieu nous garde du paradoxe ! entre la cellule et la liberté absolue, une transition est nécessaire

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C’est dans ces vues que Charles Lucas recommanda jadis le système connu depuis sous le nom de système irlandais ou de système Crofton. Rappelons-nous que ce système comprend les quatre phases suivantes : 1° Dix mois de cellule absolue et très dure ; 2° le travail en commun d’après le système d’ Auburn, mais les détenus étant classés dans des catégories distinctes les unes des autres; 3° la liberté d’aller travailler au dehors pendant le jour, mais avec obligation de rentrer au pénitencier pendant la nuit ; 4° la libération conditionnelle. — N'oublions pas de dire que dans chacune de ces phases les prisonniers ont une sorte de comptabilité morale : on les récompense de leur bonne conduite en leur attribuant des marques ou bons points ou « billets de congé » ; tel nombre fixé de billets leur donne le droit de passer d’une situation à une autre.

Ce régime a-t-il eu de bons résultats ? Tout système nouveau, dès qu’il est appliqué par des gens convaincus et dévoués à leurs idées, commence toujours par en don ner de tels. Il y avait d’ailleurs dans celui-ci des mesures excellentes qui remplaçaient avec beaucoup d’avantages un système caractérisé par ces deux insanités : la promiscuité complète des détenus et leur libération brusque, sans conditions. Mais lorsque la médecine a inventé un remède nouveau, elle ne s'endort pas sur quelques succès : elle analyse le médicament, elle cherche quelle en est la substance la plus active, l’élément le plus salutaire ; elle s’applique aussi à discerner quels sont les ingrédients

sans valeur dont on peut les débarrasser et dont la surcharge inutile explique peut-être un certain nombre d’échecs.

Or, il convient de constater que le système dit Irlandais présente d’abord à son actif une diminution assez marquée de la criminalité et notamment de la récidive dans les pays où on l’applique méthodiquement. On ne nous a point à la vérité donné de statistiques officielles et détaillées qui nous permettent de mesurer avec exactitude l’étendue de cette amélioration ; mais on peut- s’en rapporter sur ce point à une renommée bien établie. Bientôt cependant des doutes s'élevèrent. Au Congrès de Cincinnati (en 1870 1), on recommanda vivement le système, et l’un des membres, M. Sanborn, donna à l’appui de sa proposition la raison singulière que voici : « Un grand nombre des condamnés des Etats-Unis ne sont autres, dit il, que des réfugiés irlandais ; essayons donc sur eux avec confiance ce qui déjà, dans les prisons d'Irlande. leur avait si bien réussi, et avait permis à M. Crofton de tirer d'eux un si merveilleux parti. » Voilà une observation naïve ! Le système avait-il si bien réussi aux condamnés irlandais et avait-on tiré d’eux un parti si merveilleux, en les préparant. . . à se faire de nouveau condamner en Amérique? L'Irlande émigre beaucoup ; mais dans un pays qui émigre peu, le régime aurait-il la même soupape et la même dérivation 2 ? En Angleterre, on affirme qu’il n’a pas donné d'aussi bons résultats, qu'il n'a pas empêché les révoltes des prisons de Portland 3. En Irlande même, sir Crofton, encore vivant

1 Voyez 1 'Enquête parlementaire de 1S75, t. III, p. 447.

2 Laquelle, d'ailleurs, ne s’exerce qu'au détrimeut des autres. Et il faut son p-er à la réciprocité!

3 Voyez Enquête parlementaire, IV, p. 340.

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à l’heure actuelle, ne trouve pas que ses successeurs fassent grand honneur à ses leçons, et il est difficile de savoir si la décadence dont il les accuse tient à eux ou aux défectuosités d’une partie au moins du système. Enfin, l'Autriche -Hongrie a essayé de cette méthode ; et nous allons voir tout à l'heure que son ministre de la justice, dans le rapport qu’il adressait au Congrès de Stockholm, était loin de s’en féliciter.

Devant cette incertitude (pour ne pas dire plus) du succès définitif, il importe plus que jamais d’analyser le remède en question et d’en éprouver chaque élément. En 1879, la Cour de Paris déclarait qu’à ses yeux ce qu’il y avait de mieux dans le système Crofton, c’était la séparation du début. La Cour de Bourges se demandait de son côté : « Est-il bien démontré que les avantages obtenus doivent reconnaître pour cause l’institution des prisons intermédiaires ? Ne serait-on pas mieux fondé à attribuer les succès observés à la libération préparatoire elle-même, abstraction faite des arrangements antécédents? » Telle est bien en effet la question. L'inauguration de la répression par la cellule ne se discute plus ; le bon sens exige également l’inauguration de la liberté par une période d’épreuve où le pouvoir reste armé et où l’ancien coupable, retenu encore par la crainte de la prison, soit intéressé, à se surveiller Mais entre les deux que faut-il ? Et est-ce travailler au succès de la libération préparato re que de placer entre elle et la cellule les phases compliquées du système irlandais?

Celle qui a soulevé le plus tôt des critiques — on ne peut s’en étonner — c’est la troisième. Où sont les pays qui accepteraient cette concurrence ou cette confraternité d’ouvriers encore à demi incarcérés ? Ni l’une ni l'an re ne seraient sans soulever chez nous d’insurmon-

tables difficultés ; car ou bien Ton considérerait ces nuits passées en prison comme un reste de flétrissure désignant trop ostensiblement les demi-libérés aux défiances ou peut-être à de certaines complicités ; ou bien l'on y verrait une sorte de prime les dispensant des frais d’un logis ou d’une hôtellerie, et leur donnant trop de facilités pour faire échec à leurs camarades en se contentant d’un moindre salaire.

Mais la seconde partie du stage paraît plus discutable encore. Ceux qui en sont partisans disent : 1° qu’il est nécessaire d’habituer de nouveau le futur libéré à la société ; qu’il faut pour cela le remettre quelque temps dans la compagnie de ses pareils, que là il reprendra les habitudes sociales et que les tentations nouvelles auxquelles il sera exposé ne pourront que l’éprouver et l’aguerrir ; 2° que les dangers de cette communauté ne seront plus si grands que dans l’ancien système, parce que dix mois de cellule auront considérablement amendé les gens, et parce qu’après les avoir éprouvés dans la cellule on aura su les trier et les classer convenablement.

Je demanderai d’abord : où est la nécessité, où est l’avantage de replacer le condamné dans la société d’autres condamnés ? Est-ce que par hasard c’est à cette même société qu’on le destine et qu’on désire le restituer ? Il s’en faut! Si on a pu amender d’anciens malfaiteurs, on souhaite de les voir se disséminer, puis se reclasser un à un dans les rangs des gens indemnes : ceux-ci alors encadreront chacun d’eux, ils leur feront perdre peu à peu toutes les impressions de la vie criminelle et toutes celles de la vie humiliée ou révoltée de la prison, « Pourquoi, comme l’a dit si judicieusement M. Desportes, prendre tant de soins pour isoler d’abord les condamnés, si on doit presque aussitôt les replonger

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dans la promiscuité qu’on avait jugée si dangereuse ? »

Vous dites que dix mois de cellule ont dû améliorer le détenu ? Alors, mettëz-le tout de suite en libération conditionnelle ; car si le régime l’a fait assez fort pour supporter impunément le contact et la conversation d’autres condamnés, à plus forte raison a-t-il dû le rendre capable de rentrer tout de suite et sans inconvénients au milieu de nous. Mais cette théorie du système progressif suppose à la cellule une vertu que nousmêmes, ses partisans les plus résolus, n’oserions pas lui attribuer. La cellule améliore-t-elle à ce point le fond de l’homme coupable ? Le transforme-t-elle au point de l’adoucir sans l’affaiblir et de lui donner une force de résistance apte à braver désormais ces influences memes qui l’ont perdu ? Je ne me risquerais pas à l’affirmer. Elle suspend autour de lui les mauvaises influences, elle les empêche de le circonvenir et de l’obséder, elle écarte de lui les occasions, elle le rend plus accessible aux impressions saines, elle le plie à des habitudes de sobriété, de travail et de respect. Voilà des bienfaits inappréciables, mais pourvu qu’on ne les compromette pas. Or, on les compromettrait, si on s’imaginait avoir donné au prisonnier solitaire une énergie capable de surmonter des tentations qu’on mettrait à sa portée comme à plaisir.

Un grand Etat nous dit avoir fait l’expérience. « On observe souvent, écrivait le Ministre de la Justice d’Autriche-Hongrie1, chez les détenus qui n’ont subi qu’une partie de leur peine en cellule, puis ont été soumis au régime en commun, que la bienfaisante impression que l’isolement leur avait fait éprouver ne tarde pas à se

1 Congrès de Stockholm , II, p. 344.

dissiper. » Et le Ministre insiste : « Ces remarques malheureusement, s’appliquent non seulement aux individus complètement corrompus et aux récidivistes, mais encore à ceux qui pour la première fois se s’ont rendus coupables de délits. » Le Ministre conclut que si on veut amender un condamné, il faut, autant que possible, le maintenir séparé des autres jusqu’à l’expiration de sa peine.

Reste une dernière objection. .Ceux qui ont fait ces expériences avaient-ils bien discerné leurs détenus et avaient-ils vraiment pris soin de ne mettre ensemble que ceux qui pouvaient être réunis sans danger? Je ne reviens pas sur toutes les difficultés (que j’ai longuement expliquées) du classement des condamnés. Je veux bien admettre que la discussion se porte ici sur un autre terrain et que les partisans du système irlandais peuvent nous dire : « Ce ne sont plus les condamnés arrivants que nous nous flattons de classer ; ce sont les détenus punis par nous, connus de nous, étudiés par nous, éprouvés par nous. » Soit ! mais je maintiens que la difficulté n’est pas moins grande.

Cette idée n’est pas seulement celle de M. Stevens, l’apôtre intransigeant de la cellule, elle m’a paru être celle de M. Prins ; elle est, à coup sûr, celle du Ministre excellent et distingué qui administre actuellement la justice en Belgique, M. Le Jeune ; elle est pleinement partagée par le directeur et les aumôniers de la maison mixte de Gand.

Au point de vue physique, pour ainsi dire, et dans l’intérêt de la santé d’un petit nombre, les Belges ont gardé, nous l’avons vu, des ateliers installés selon le système d’ Auburn. Mais supposons qu’on les généralise ; serait- on en état de faire le triage des détenus et de dire :

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Ceux-ci peuvent être mis ensemble impunément sans compromettre chez eux les résultats acquis par la séparation? Voici ceux qui doivent être compris dans un premier groupe ; voici ceux qui doivent en former un second. » — A cette question tous les hommes compétents des prisons belges répondent très résolument : Non 1

Est-ce donc que le prisonnier en cellule est un être indéchiffrable? Le vénérable i\l. Thonissen disait à la tribune de Belgique : c< J’ai vu bien des prisonniers, et je vous assure qu’après trois mois d’observation l’on sait à quoi s’en tenir. Je me suis, rarement trompé sur les dispositions morales des condamnés. On peut avoir affaire à des hypocrites ; mais il ne faut pas oublier que dans l’administration des prisons, certaines habitudes et certains procédés font deviner assez facilement l’hypocrisie et la fraude. Il y a des caractères distinctifs. » M. Stevens à Saint-Gilles, M. Fenaux à Gand, m’ont tenu le même langage. Ils ajoutaient pourtant : « Nous ne nous chargerions pas de faire le triage de ceux qu’on pourrait réunir et de ceux qu’on devrait séparer au sortir de la cellule. » Y a-t-il là contradiction, esprit de système ou manque de bonne volonté ? Ni l’un ni l’autre.

Ce qu’on peut très bien apprécier dans le prisonnier en cellule (à condition de le visiter), c’est la nature de ses rapports avec la société honnête. Souvenons-nous qu’il ne voit plus que celle-là, qu’il ne converse plus qu’avec elle. Elle vient à lui libéralement ; on l’encourage à revenir à elle par la correspondance, et surtout (grand et sûr moyen d’appréciation !) par les secours qu’il adresse volontairement à sa famille en prélevant sur ses gains. Mais si le détenu a plus de rapports qu’il n’en a peutêtre jamais eu avec les honnêtes gens, il a cessé d’en avoir avec les autres. Comment donc se comporterait-^

s’il était remis tout à coup en relations constantes avec ceux-ci? Cèderait-il à l'habitude ancienne, à la contagion déjà subie? S’imprègnerait-il de nouveau de cette atmosphère de souvenirs, de projets et de suggestions criminelles ? Recommencerait-il à se juger par comparaison avec d’autres condamnés, aussi mauvais ou plus dépravés encore que lui-même ? En serait-il envieux? En serait-il jaloux ? Voilà sur quoi les données manquent.

Suffit-il même de dire que les données font défaut pour une solution favorable du problème ? N’a-t-on pas plutôt des éléments trop décisifs pour croire qu’on irait audevant d’insuccès plus ou moins vite connus, mais inévitables ? Ceux qui ont observé , à plus forte raison ceux qui ont dirigé des détenus, ont les mains pleines d’exemples d’individus irréprochables tant qu’on les tient, retournant tout de suite à la mauvaise compagnie dès qu’on les lâche sans un surcroît de précautions. L’expérience résumée par le ministre autrichien n’est donc que trop valable ; et en tout pays — qu’on en soit sûr — on pourrait observer plus d’un fait analogue à celui-ci (il est raconté 1 par l’honorable et très compétent médecin des prisons de Rouen, le Dr Merry-Delabost) : — « Il y a quelques mois, l’esprit qui régnait dans les quartiers des jeunes détenus de la prison de Rouen était excellent. A la même époque se trouvait dans cet établissement un jeune criminel qui avait eu son heure de célébrité, Gélinier, le chef de la bande dite des Casquettes noires. Sa conduite en cellule étant exemplaire, on crut pouvoir se relâcher de la sévérité que ses antécédents avaient jusque-là commandée ; il fut versé dans

1 Dans un rapport fait au congrès de Saint-Pétersbourg, sur les Récompenses à donner aux détenus.

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le quartier correctionnel, et bientôt on put juger de l’influence qu’il avait rapidement su prendre sur ses nouveaux camarades, comme auparavant sur les membres de la bande qu’il dirigeait. Sans jamais se compromettre, il les excitait sournoisement à la mutinerie, de telle sorte que les moyens d’encouragement et de récompense , usités jusqu’alors avec succès, avaient perdu, sous cette action dissolvante, toute leur efficacité. On fut obligé de prendre des mesures en conséquence. »

Bref, lorsqu’on croit qu’un condamné a été assez puni par la cellule, la véritable épreuve à lui faire subir est de le remettre provisoirement dans la société normale, chez les honnêtes gens et par l’intermédiaire d’honnêtes gens. Qu’est-ce que cet intermédiaire ? C’est le patronage..

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