CHAPITRE XII
I. La punition de la récidive. — Plusieurs espèces de récidive. — La récidive de crime à crime ou délit à crime. — C’est la plus rare. — Sages prescriptions du Code de Finlande. — La récidive des petits délits, beaucoup plus fréquente. — Elle aboutit au vagabondage. — II. Mendicité et vagabondage. — Mendiants qui ne vagabondent pas : question d’assistance publique. — Vagabonds qui ne mendient pas : question de droit commun. — Ceux qui sont à la fois mendiants et vagabonds : six groupes secondaires. — La réclusion des mendiants et vagabonds incorrigibles. — III. Visite d’une colonie de mendiants et de vagabonds en Belgique. — Résultats obtenus. — Améliorations réalisées. — Eléments à séparer.
Si la peine de mort est conservée, il va sans dire qu’elle doit être appliquée à celui qui, remis en liberté après un premier homicide, en commettrait un second. Elle ne saurait non plus être épargnée à l’homme qui, ayant pratiqué le vol avec effraction, l’escroquerie, le chantage, ou ayant essayé de former des associations et des bandes de malfaiteurs, serait enfin convaincu d’avoir tué Tune ou l’autre des victimes de ses premiers
délits. Les attentats contre les personnes ont, en effet, une signification bien différente, suivant qu'ils proviennent d’une passion mal contenue contre un individu donné, ou qu’ils forment un épisode presque fatal dans une vie de paresse et de vice. Dans le premier cas, il s’agit d’un emportement certes bien coupable, mais qui, une fois satisfait par la disparition de l’ennemi, peut tomber tout entier. Dans le second cas, c’est le hasard seul qui dirige le coup, et le premier venu peut tenter la cupidité, par suite, la férocité du voleur, devenu meurtrier : cette fois, le danger est permanent, et il menace tout le monde.
Si donc il est question de peines à infliger aux récidivistes, il y a lieu de faire d’importantes distinctions. Les récidives de crime à crime sont plus rares de beaucoup ; les récidives de délit à crime, quoique l’étant déjà moins, le sont encore. Cette considération, ajoutée à celle qui précède, nous dispense d’insister sur le sort de ceux qui les commettent. Du moment où ils persistent à fairecourir à leurs semblables de si grands dangers, leurssemblables n’ont plus qu’à s’occuper des moyens de les exclure et non des moyens de les ramener au milieu d’eux.
La récidive de délit à délit, je dirai même la récidive de crime grave à délits comparativement légers, mérite une étude plus attentive, parce que c’est là la forme la plus fréquente. D’une manière générale, il est impossible d’admettre encore cette idée dont s'inspira si longtemps notre magistrature, que chaque délit doit être pris en lui-même, abstraction faite des précédents. Diton qu'on ne peut, à l’occasion d’un délit nouveau, frapper encore une fois les anciens? Mais on ne punit pas une seconde ou une troisième fois les anciens délits ; on
LE COMBAT
punit dans le dernier délit une perversité qui prouve quelle devait être tenue pour plus dangereuse et pour plus coupable. C’est là une nécessité qui se fait d’autant plus pressante que la société semble vouloir traiter plus doucement les premières fautes. Cette indulgence deviendrait anti-sociale si elle n’était compensée par la menace d’un châtiment plus fort en cas de rechute. C’est cet accroissement de sévérité contre la récidive qui seul peut rendre possible le pardon si désirable des fautes accidentelles et l’économie (morale autant que pécuniaire) des courtes peines d’emprisonnement.
Je n’ai pas non plus besoin de démontrer que la récidive qui comporte un accroissement de pénalité n’est pas simplement la réitération d’un délit de même nature et de même importance. L’homme qui commettrait toujours le même acte inviterait plutôt les juges à se demander s’il n’est pas la victime d’une sorte de monomanie ou d’entraînement invincible. On ne ferait là qu’une hypothèse pouvant très bien être fausse, mais méritant qu’on la vérifie. L’homme qui, comme les trois cinquièmes des récidivistes1, varie la nature de ses délits, ne peut guère avoir le bénéfice d’une semblable supposition. Aussi louerai-je le Code de Finlande d’avoir compté pour la récidive la tentative punissable et la complicité; c’est une manière de s’affranchir du formalisme étroit des anciens codes, sans néanmoins tomber dans l’arbitraire. Celui qui , après avoir fait voler un autre à sa place, vole lui-même, est un délinquant qui connaît le progrès dans le mal et qui a perfectionné sa propre éducation. Dans le même ordre
1 Exactement, d’après les statistiques officielles. Voyez La France criminelle , chap. v.
d'idées, le Code de Finlande, qui distingue ingénieusement le vol et le petit vol, stipule que « celui qui, après avoir été puni pour petit vol, se sera rendu coupable une seconde fois de ce délit, sera considéré et puni comme s’il avait commis pour la première fois un vol ordinaire ». Il ajoute : « Celui qui, après avoir été condamné précédemment pour vol, rapine ou extorsion, se sera rendu coupable de petit vol, sera considéré et puni comme s’il avait commis pour la seconde fois un vol ordinaire. » Ces distinctions me semblent irréprochables. Lorsqu’un individu commet pour la première fois un vol, il est permis, il peut même être prescrit de mesurer sa culpabilité à l’importance et à la valeur de la chose dérobée. Quand il récidive, on a, par le seul fait de cette réitération, une autre mesure pour apprécier sa perversité. On est en droit de supposer que, s’il n’a volé qu’un objet de peu de valeur, c’est qu’il n’en a pas trouvé d’autre en ce moment, et nullement parce que sa conscience eût reculé devant un vol plus considérable.
On sait que pour les récidivistes dont nous parlons, le grand péril a été jusqu’ici dans l’habitude qu’ils prenaient de la prison ; car j’ai assez montré qu’on avait tout fait (du moins en France) pour leur en donner à la fois l’habitude et le goût, pour leur permettre surtout d’y venir, d’en sortir et d’y rentrer à peu près à volonté. Cet état d’esprit des petits délinquants se modifierait bien vite si, dans le début, on s’abstenait des courtes peines d’emprisonnement, si, le jour où on les incarcère pour la première fois, on les mettait en cellule et si, à chaque récidive, on allongeait la durée de la détention. Nous avons suffisamment appuyé sur ces trois points, et sur cet autre que rien ne faisait autant de récidivistes que la surveillance spéciale de la police. Tout ce qui
tendrait à rétablir ce système de persécution repoussant les libérés du travail aboutirait aux mêmes résultats.
Ecartons toutefois ce vieux délit de la rupture de ban qui était le délit par excellence des récidivistes. Il n’en reste pas moins que le récidiviste demeure surtout un être faible. Il n’a ni la perversité audacieuse ni la volonté préméditée de révolte que tant de personnes lui attribuent. L’exposé des motifs du Code pénal de 1810 voyait plus finement et plus exactement lorsqu’il signalait en lui « une habitude ancienne et une faiblesse déplorable, non moins dangereuse pour le corps social que la perversité même ». Depuis 1810, ce double caractère s’est encore accentué dans la criminalité en général 1 et surtout dans les habitudes des récidivistes. D’après le Compte général de 1883, sur 100 individus prévenus de délits contre les moeurs 2 il y a 30 récidivistes ; sur 100 prévenus de coups et blessures il y en a 33 ; sur 100 prévenus de vol ou d’escroquerie il y en a 46 ; sur 100 prévenus de vagabondage ou de mendicité il y en a 72 ; sur 100 prévenus d’ivresse publique il y en a 79. Le vagabondage et la mendicité sont bien, on le voit, des états liés à la récidive : la récidive en part et elle y retourne. Ce n’est donc pas sans motifs que les pouvoirs publics, les sociétés d’études et les congrès s’occupent de tous côtés de la question. Comment prévenir, comment réprimer et arrêter dans leurs progrès la mendicité et le vagabondage ? Comment ouvrir des asiles ?^Où les ouvrir? Comment y procurer du travail? Tous ces problèmes s’accumulent dans les questionnaires et dans les programmes. Mais avant de chercher une solution
1 Voyez La France criminelle , chap. i.
a Abstraction faite des antécédents judiciaires particuliers.
de plus, il conviendrait de mettre un peu d’ordre dans l’étude de ce monde incohérent, débile et inconsistant ; car le remède qui convient aux uns peut très bien ne pas convenir aux autres.
Mendicité et vagabondage sont-ils toujours réunis ? Il peut le sembler au premier abord, puisque le vagabond est un homme qui n’a pas de moyens d’existence assurés, et que le mendiant apparemment n’en a pas non plus. Toutefois il y a des mendiants qui ne vagabondent pas, au sens populaire du mot ; et il y a des vagabonds qui ne mendient pas. Ce sont deux catégories dont il importe d’abord de faire la part, avant d’arriver à ceux qui sont à la fois mendiants et vagabonds.
Les mendiants qui ne vagabondent pas sont peu dangereux. Pourquoi? Parce qu’ils restent dans la même ville, souvent dans la même rue, à la même place, et sont ainsi parfaitement connus de la police et des autorités municipales. Ce sont des estropiés, des aveugles, des femmes chargées d’enfants et abandonnées, des vieillards infirmes, bref, des gens hors d’état de gagner leur vie, hors d’état même de se déplacer. Si on les tolère, c’est qu’on le veut bien.
Pour ces malheureux, le problème relève exclusivement de l’Assistance publique. Il est permis de dire que, dans les mesures adoptées à leur endroit, les administrations devraient montrer un peu plus de logique et d’esprit de suite qu’elles n’en ont dans certains pays. Ou bien personne, sans exception, n’aura la permission de
mendier — mais alors l’assistance devra étendre ses ramifications assez sûrement et assez loin pour que toute personne reconnue hors d’état de gagner sa vie ou de recevoir sa subsistance de sa famille soit recueillie par la communauté — ou bien on croira devoir, dans certains milieux, laisser; certains malheureux s’adresser directement à la charité individuelle — mais alors il faudra que les conditions de cette mendicité soient bien fixées, il faudra que le passant, que l’homme qui entre
dans une église sachent bien que celui qui leur
tend la main en a reçu l’autorisation justifiée.
Je ne dis pas qu’il soit bon de conserver une telle catégorie de pauvres ; car si elle se développe, il s’y forme tout de suite un sous-groupe, celui des mendiants de profession qui ont leur poste, leur clientèle, exercent leur profession pacifiquement, on est tenté de dire honnêtement, mais trompent le public par l’apparence de leur misère : car ils dissimulent — cela va de soi — l’importance souvent considérable de leurs recettes .
Que faire à leur égard? Lorsqu’ils commencent à mendier à la porte d’un édifice public ou sur un pont, ils n’ont rien, et de plus ils ne peuvent rien gagner par leur travail. Comment leur assurer un état intermédiaire entre cette misère et ces journées régulières de 20 francs que garantit (en si pleine connaissance de cause) l’honorable M. Paulian? Peut* on limiter leurs recettes ? Peuton taxer la générosité des passants ? Ce qu’on devrait peut-être faire, ce serait de limiter les heures et les lieux de mendicité, là où on ne peut pas encore l’interdire absolument. Car lui faire sa part et lui régler son droit vaudrait mieux que de continuer les errements actuels de notre pays. En principe, la mendicité est interdite ; et en fait on la tolère ; mais de temps à autre on la
punit. La punit-on d’après une règle claire et constante ? Non. Tout dépend de l’appréciation arbitraire des agents secondaires de la police. On arrête, par exemple, telle personne qui insiste auprès des passants, qui les suit plus que d’habitude, qui donne lieu à quelques soupçons. Les autres on les laisse, jusqu’à ce qu’un agent moins patient, mis en éveil par une circulaire, effrayé ou ennuyé d’une recrudescence inusitée, arrête une ou deux douzaines de mendiants et les envoie s’expliquer devant le tribunal. Une telle manière de procéder est contraire à l’ordre public,, elle ne donne de garanties ni à l’humanité, ni à la justice.
Je reviens néanmoins à la proposition que j’ai émise : de quelque manière que l’on procède, qu’on interdise absolument la mendicité, en recueillant ceux qui ne peuvent pas vivre par eux-mêmes ou par leurs familles ou qu’on ne la permette qu’à un petit nombre d’individus connus, il ne saurait y avoir là qu’une question d’assistance publique.
Mais il y a, d’autre part, des vagabonds qui ne mendient pas. De quoi vivent-ils ? De vol évidemment, puisque le vagabond est, par définition, l’homme qui n’a ni domicile certain ni moyens d’existence assurés. Ces gens-là peuvent quelquefois dissimuler leurs intentions et leur pratique habituelle du délit, en feignant de mendier ou en mendiant accidentellement . Mais ce ne sont en réalité que des malfaiteurs, comme les premiers n’étaient que des pauvres. Ce sont des malfaiteurs ambulants qui fuient de côté et d’autre pour échapper à la justice et dissimuler leur identité . Ils n’en sont que plus dangereux .
Contre ce groupe d’hommes qu’y a-t-il à faire ? User des lois et les appliquer avec vigueur. Si on ne se croit
pas suffisamment armé , qu’on fortifie l'action de la police, qu’on améliore le service de la gendarmerie, qu'on améliore aussi l’instruction criminelle, de manière à ce qu’il y ait moins de vols, moins de pillages de récoltes, moins d’incendies volontaires, moins de violences, moins d’attentats enfin de toute nature qui restent impunis. On atteindra ainsi plus d’un délinquant chez qui le vagabondage n’est que l’apparence, chez qui la profession criminelle est le vrai fond. De tels hommes relèvent donc tout simplement du droit commun. Il ne s’agit pas de leur ménager un gîte honnête et du travail lucratif : il s'agit de savoir les découvrir et de les punir : tel est pour eux tout le problème.
Arrivons maintenant à ceux qui sont à la fois mendiants et vagabonds. Ils sont mendiants : donc ils ne
volent pas habituellement et systématiquement.
Ils aiment mieux recevoir que de prendre ; ils essayent de vivre en apitoyant la charité de leurs semblables plutôt qu’en leur dérobant ou en leur extorquant de l'argent par violence ou par ruse. Les statistiques, et surtout les statistiques françaises, nous apprennent qu'il y a un grand nombre de ces individus qui encourent 10, 15, 20, 40 condamnations pour mendicité ou vagabondage et ne se font jamais arrêter pour d’autres délits. Ils demeurent obstinément dans un état précaire et misérable, mais ils s’y tiennent : ils n'en sortent pas pour entrer dans un travail régulier, mais ils n’en sortent pas non plus pour entrer dans la profession de voleur ou de faux-monnayeur ou d’escroc.
Cependant ils sont vagabonds. Donc ils ont la faculté de se déplacer, ils vont quelquefois très loin et supportent la fatigue inhérente à cette existence sans domicile et sans abri. Ils ont lu à Toulouse ou à Bordeaux qu’il
s'est ouvert à Paris des asiles exceptionnels en raison de la température : ils trouvent l’occasion bonne pour faire le voyage. Ils se mettent donc en route sans ressources assurées, mendient sur la route et finalement arrivent à la capitale. Là quelques-uns se font arrêter; c’est alors qu’on connaît leur histoire telle que je la raconte ; d’autres végètent en effet dans les asiles, se promènent pendant le jour, puis, après avoir vu Paris (s’ils ne veulent pas y rester), obtiennent des secours de route pour retourner dans leurs communes. Ces vagabonds sont plus inquiétants que les mendiants à poste fixe dont nous parlions, car la police locale n’est pas à même de les connaître et de surveiller toutes leurs démarches. Ils n’effrayent pourtant pas comme les vagabonds qui ne mendient point et qui sont, au fond, des voleurs. Ils forment un type intermédiaire qui va se répandant de plus en plus, qui demande à être étudié à part et traité à part. Voilà bien ce qu’on a en vue lorsqu’on met en avant ces deux termes réunis l’un à l’autre : mendiant et vagabond.
Malgré les éliminations que nous avons opérées, ce dernier mode, je ne dirai pas d’existence, mais de maladie sociale a encore quelque chose d’incertain, de fuyant, de difficile à classer. C’est un signe qu’il y a là, moins un mal spécial et nettement caractérisé, reconnaissant une cause unique et appelant un remède unique, qu’un mal produit par des causes nombreuses, capable de se transformer beaucoup, appelant enfin des mesures très variées de préservation, de répression et d’amendement.
On peut discerner cinq ou six groupes secondaires de ces vagabonds-mendiants et à peu près autant de causes capables de faire naître un tel état.
Il y a d’abord ceux qui, de bonne heure, ont été laissés
ou même ont été élevés dans des habitudes d’oisiveté. Ce sont des enfants mal surveillés qui n’ont point été à l’école ou n’y ont été que d’une façon très irrégulière, qui ont pris goût aux escapades et qui ont rôdé, hors de chez eux, qui enfin n’ont appris aucun métier. Ces êtreslà ne sont pas entrés d’eux-mêmes et par leur faute dans la voie où ils s’égarent ; ils y sont entrés par la faute de leurs parents, un peu aussi par la faute de la société qui, là où ils pullulent, n’a suffisamment veillé ni à la fréquentation de l’école, ni à l’organisation de l’apprentissage, ni au recrutement des professions.
Il faut reconnaître cependant (et j’en ai moi-même donné des exemples 4) que certains enfants sont portés au vagabondage, soit par tempérament, soit par suite de quelque récit ou de quelque lecture qui a séduit leur imagination, déjà elle-même trop contemplative, trop avide d’émotions et de changements, en un mot (il faut bien répéter ici l'expression) trop vagabonde. Ce sont de tels enfants qui aiment à errer la nuit, à se mêler aux chiffonniers, qui s’éprennent de la lecture d’un Robinson ou d’un roman de Jules Yerne, d’une description de quelque grande ville, à plus forte raison de la capitale et de la tour Eiffel. On a cité de ces enfants qui ont traversé — sans qu’on ait jamais su comment — des départements entiers ou même toute la longueur de la France 1 2. Lorsque ces enfants auront grandi, quelques-uns seront peut-être des hommes très intelligents, quelques autres des criminels. La plupart seront des faiseurs de tours de France, des émigrants allant en Amérique et en reve-
1 Voyez plus haut, chap. iv.
a Le journal V Enfant , de M. H. Rollet, en cite deux qui étaient revenus seuls, d’Algérie en France, de quelle manière? On l’ignore.
nant, ne trouvant nulle part de quoi les fixer ni de quoi les mettre à l’abri de la misère et du délit.
Viennent ensuite des individus qui ont commencé par avoir des moyens d’existence, mais qui ont contracté des habitudes de dissipation incompatibles avec l’exercice régulier d’une profession. Quelles sont ces habitudes ? Où mènent- elles ? Il n’y a pas à chercher bien loin : elles mènent aux lieux de prostitution et au cabaret, et là elles s’aggravent tous les jours. Renvoyé d’atelier en atelier, de quartier en quartier, de ville en ville et quelquefois d’Etat en Etat, cet ouvrier paresseux et débauché, libertin et ivrogne, va souvent, à la suite d’un crime, échouer dans une maison centrale ou dans un bagne. Mais souvent aussi l’épuisement prématuré de sa jeunesse le condamne à n’être plus à peu près qu’un vagabond, demandant sa vie et l’obtenant comme il peut.
Si cet homme, ami du plaisir et peu ami du travail suivi, a cependant un peu de ressort et d’intelligence, il embrasse alors le vagabondage comme une profession ; il fait parade d’un de ces faux métiers qui deviennent si fréquents : il se dit camelot. Dès lors il se procure des renseignements sur les excuses qu’il peut donner, sur les apparences qu’il peut invoquer quand on lui demande compte de ses pérégrinations. Il dit qu’il va vers tel autre travail, industriel ou agricole. Seulement, il se met en route quinze jours trop tôt, prend le plus long, tombe toujours sur les endroits où l’on n’a pas besoin de lui, et revient en disant qu’il n’a pas pu trouver d’ouvrage. Chemin faisant, il récolte des secours de route, près des passants, dans les mairies, dans des refuges, dans des hôpitaux. Les hôpitaux lui servent à bien des fins. Dans telle petite ville, l’Hôtel-Dieu, bien renté et peu garni de malades, donne libéralement des secours en
vivres et en argent. Dans les grands centres, il s’ouvre à bon nombre de malades douteux. Tel a été recommandé on ne sait par qui. Tel autre est réellement souffrant. . . par suite d’excès ou de rixes ou d’un refroidissement contracté dans un semblant d’installation nocturne. Si les uns et les autres ont l’habitude de l’hôpital et en ont fait l’étude, ils trouvent aisément le moyen d’y prolonger leur séjour. Ou bien ils essaient (ce à quoi tous les médecins ne résistent pas assez) d’obtenir un certificat de maladie chronique, de maladie mal guérie et ayant laissé quelque faiblesse. . . Ce certificat est un gagne-pain : colporté de maison en maison, d’étage en étage, prêté, loué, vendu, il rapporte toujours quelque monnaie arrachée par l’insistance à l’ennui de ceux qu’on importune.
Bientôt ce groupe des amateurs de vagabondage se grossit de ceux qui ont été condamnés et qui, à la sortie de la prison, n’ont plus eu de travail assuré. A quoi cela’ tient-il ? On ne l’a que trop vu ; à l’abus des courtes peines d’emprisonnement, à la manière d’exécuter ces peines, à l’insuffisance des mesures qui devraient accompagner la libération, et enfin, lorsque tout cela sera réformé, il faudra toujours dire : à l’inacceptation du patronage par des libérés entêtés, défiants ou amoureux à l’excès de leur indépendance. Si ce libéré est très mauvais, il retournera au crime ; s’il l’est moins, il retombera dans cette tourbe de vagabonds, dont nous essayons de compter les multiples éléments.
Cette tourbe enfin reçoit une dernière espèce de recrues ; ce sont ceux qui ont été jetés hors des voies communes par les effets, mal combattus, d’une crise industrielle , agricole ou commerciale. Il y a ici deux choses : la crise générale et la manière dont l’individu a tenté de s’en tirer. Dans certaines familles, la crise
qui est survenue ne fera que des individus se laissant à peu près mourir de faim ; dans d’autres elle fera des mendiants ou des hommes à la charge de la charité publique ; dans d’autres elle fera des irréguliers, des bohémiens, des réfractaires, des traînards, en un mot, des vagabonds 1 .
Si cependant le vagabondage est un délit, il importe de le réprimer. Ou le prévenu était hors d’état de trouver du travail, et, cette fois encore, c’est à l’assistance publique à intervenir ; ou bien l’on établira que cet état de vagabondage et de mendicité n’avait rien d’inévitable, qu’il est volontaire et par conséquent délictueux ; alors il faut que les peines qu’on inflige au coupable le découragent, qu’on me pardonne le mot, le dégoûtent de recommencer.
Parmi ces derniers cependant, il y a encore un triage à faire. Les uns ont conservé des aptitudes physiques et mentales suffisantes : il faut les soumettre à un régime carcéraire plus dur qui, au jour de la libération conditionnelle, les porte à demander le patronage et à le mériter2. Les autres sont épuisés, réduits à l’état de déchets sociaux, ils doivent être placés dans des maisons tenant le milieu entre la prison et le dépôt de mendicité. On me dira : « Y seront-ils donc enfermés pour jamais ? Et cette perpétuité qui vous effraie pour les assassins, l’acceptez*vous pour les mendiants ? » Il saute aux yeux que la différence des deux cas est énorme. La réclusion
1 Sur les causes qui, dans notre civilisation contemporaine, entretiennent particulièrement ce dernier mode de recrutement des vagagonds, voyez La France criminelle , chap. vi.
a II va sans dire qu’un des principaux soins des sociétés de patronage devra être de rapatrier le plus possible dans les campagnes les gens qui ont eu à se repentir de les avoir quittées.
des mendiants et des vagabonds incorrigibles ne pourra devenir perpétuelle que de fait, par leur résignation passive et quelquefois par leur obstination personnelle à ne plus vouloir encourir les responsabilités de la vie libre. Puis, cette réclusion même aura perdu tout caractère afflictif et, à plus forte raison, infamant. Elle sera surtout une mesure de préservation sociale et de bon ordre public. Mais il y a ici plus d’une réflexion à faire et plus d’un exemple à méditer.
Il est difficile de passer en revue tout ce qui s’est fait ou tenté en Europe soit pour l’assistance publique des mendiants intéressants, soit pour l’internement et le travail des vagabonds ; et du reste, la première partie de cette lourde tâche ne se rattache qu’indirectement à mon sujet. Je dirai toutefois qu’on ferait bien de prêter grande attention à l’expérience de la Hollande. Ce pays (où depuis 40 ans, le nombre absolu des délits diminue, quoique la population ait augmenté de 50 0/0) considère que l’assistance doit être une œuvre privée, ou plutôt une œuvre d’association. Les communes et l’Etat remettent souvent des subsides à des sociétés charitables qui en rendent compte. Mais l’assistance publique n’est donnée qu’en cas de nécessité absolue et lorsqu’il est prouvé que, pour une raison ou pour une autre, l’individu n’a pu rien recevoir de la charité libre.
Un tel exemple est bon à suivre partout : car ce qui a été dit sur les colonies d’enfants peut se répéter ici. En général l’initiative privée, l’union volontaire de
quelques efforts individuels peuvent mieux découvrir le bon endroit, en dégager les ressources, y accommoder les dévouements, grouper le concours d’hommes y vivant continuellement au lieu d’y être envoyés par hasard, comme des administrateurs nomades. Il est de ces inventions que la connaissance de certaines localités ou le génie persévérant de la charité désintéressée sont seuls à même de suggérer. Quelque croyance que l’on professe, il faut bien avouer que nul Etat, nulle administration, si enviable qu’on l’imagine, n’aurait pu réaliser les prodiges si peu coûteux des Petites Sœurs des Pauvres.
Dès que nous confinons à la répression, l’Etat est obligé d’intervenir, car nul ne peut être détenu qu’en vertu d’un ordre public. Or, comment l’État assurerat-il du travail à des pensionnaires si instables et aussi dénués de volonté ? Au lieu de tracer un plan idéal, j’aime mieux prendre un des établissements d’Europe qui me paraissent le mieux appropriés à cette mission ; je dirai comment je l’ai vu en 1890, et quelles améliorations le peuple qui le possède a déjà su y apporter depuis cette époque.
Il s’agit d’un établissement belge, dit « Colonie agricole de Bienfaisance » et où l’on reçoit des vagabonds, des passagers sans travail, des mendiants, des individus ressemblant de très près à un grand nombre de nos récidivistes. Cette colonie, située sur la Campine anversoise, est une espèce de Sologne belge1, composée de bruyères, de landes et de maigres bois de pins. Elle comprend plus de 1.300 hectares qu’une compagnie a revendus en bloc à l’État pour une somme de 800,000 francs.
1 Comme on peut en trouver en bien des endroits d?un grand pays tel que le nôtre.
Là se sont élevées d’immenses constructions de deux ordres : d’un côté, des fermes avec des exploitations rurales complètes ; d’un autre côté, des ateliers industriels. Ces bâtiments logent environ 4,500 individus qui s’y renouvellent 4. Or, tout cela s’est bâti, tout cela s’est organisé successivement avec la main-d’œuvre des pensionnaires. L’administration des bâtiments civils donne les plans ; 30 ou 40 ouvriers libres sont engagés en permanence pour servir de contre-maîtres, et cela suffit. La brique même est fabriquée dans la colonie, où une usine peut donner annuellement 6 millions de briques, tuiles et carreaux. Tout se construit peu à peu, au fur et à mesure des besoins et des ressources. Je ne sais ce que, dans un autre pays, ce magnifique établissement aurait pu coûter de millions. En Belgique il a coûté l’achat du terrain : tout le reste est le produit des réfugiés ou des détenus. Le bétail croît et multiplie sur place, car les fermes ont leurs étalons et leurs taureaux ; on s’applique, d’autre part, à réaliser minutieusement pour ces vagabonds ce que le marquis de Mirabeau disait, avec son insolente familiarité, des nobles oisifs de son époque: « Qu'ils restent sur leurs terres, ils y rendront avec leur fumier plus de services qu’ils n’en rendent à Paris et à Versailles. »
Quant aux ouvriers proprement dits, ils font un travail ou un autre, selon l’occasion, selon les outils qu’on peut mettre à leur disposition. Comme il ne s’agit point de rivaliser avec les industries libres, qu’on a du temps devant soi, beaucoup commencent même par fabriquer des outils — soit qu’on leur permette d emporter ces
1 On calcule que ces hommes sont pris sur une clientèle éparse d’environ 10,000 personnes (équivalent d’un chiffre de 80,000 pour la France).
outils pour remplacer ceux qu’ils ont perdus. . . ou vendus, soit qu’on les destine aux ouvriers de la même industrie qui viendront bientôt prendre leur place. Une grande chapelle doit être prochainement édifiée : tout y sera fait selon la méthode de la colonie et avec ses ressources propres, tout excepté les ornements du prêtre. J’ai vu, par exemple, achever sous mes jeux les appareils d’éclairage déjà destinés aux murs de la chapelle.
Le siège de l’administration est dans le vieux château d’Hoogstraeten. Auprès d’elle travaillaient (en 1890) à des besognes faciles, les internes les moins valides. C’était comme l’infirmerie centrale des vagabonds du royaume. La partie principale de la colonie s’appelle Merxplas ; elle était, elle est encore occupée par des hommes valides, et la population en était divisée en quatre grandes catégories.
D’abord le quartier d’isolement : on y voyait les immoraux, les hommes indisciplinés ou dangereux, ceux qui étaient connus pour leurs idées de suicide, tous ceux enfin dont le contact pouvait être nuisible aux autres internés.
Une seconde division contenait les surveillés ou exsurveillés de la police, les condamnés correctionnels récidivistes, ceux qui, ayant purgé des condamnations, étaient retombés au vagabondage simple, ceux qui s’étaient évadés jadis ou qui avaient eu dans l’établissement même une mauvaise conduite.
Un troisième quartier était réservé aûx hommes dont les antécédents laissaient à désirer, mais qui n’avaient jamais subi, dans la maison, de punition grave.
Venaient en dernier lieu ceux qui n’avaient pas été internés aux colonies plus de trois fois et dont la conduite était considérée comme bonne.
LE COMBAT
Il y a donc, dans un tel personnel, bien des gens qu’on regarderait chez nous comme des récidivistes tombant sous le coup de la loi de la relégation. A un grand nombre de ces malheureux, la Belgique épargne la flétrissure de la police correctionnelle et la flétrissure de la prison. Les inculpés de vagabondage et de mendicité comparaissent devant le juge de paix qui les met à la disposition du gouvernement pour une durée déterminée (de quinze jours à six mois pour les valides) : on les envoie alors dans une colonie, comme Merxplas. Ils sont censé n’aller que dans une maison de travail : c’est bien là l’aspect de l’établissement : c’est bien là la réputation qu’on s’efforce de lui donner. Aussi, bien des ouvriers inoccupés s’y rendent-ils de leur plein gré. Une commune peut encore y placer ses indigents, moyennant soixante-cinq centimes par jour pour les valides et quatre-vingt-cinq centimes pour les invalides.
Quand des éléments si divers sont ainsi mêlés les uns aux autres, il y en a toujours un qui domine et qui assure la physionomie de l’ensemble. La majorité des internés de Merxplas sont des hommes qui ne savent pas se gouverner eux-mêmes, qui manquent de ressort, d’initiative et d’esprit de suite, mais qui, sous une discipline humaine et intelligente, travaillent assez bien et se conduisent de même. S’il en est qui, au début, refusent de travailler, trois jours de cachot, au pain et à l’eau, les domptent définitivement. Dès lors (à moins qu’on ne les range dans la première catégorie) ils jouissent d’une liberté relative. Ceux qui s’occupent aux travaux agricoles circulent à d’assez grandes distances. Les uns et les autres touchent un salaire, dont ils peuvent — comme à la prison — dépenser une partie à la cantine. On les paie avec une monnaie fictive, qui n’a cours qu’à.
rétablissement et qu’on ne leur échange contre de la vraie monnaie qu’au jour de leur départ. De cette manière, aucun abus, aucune dépense dangereuse ou inutile n’est à craindre d’eux dans les hameaux environnants.
Ainsi, au lieu de transporter à grands frais des relégables dans des pays lointains, où la surveillance est hypothétique, où la direction est sans contrôle, la Belgique colonise sur son propre territoire. Ses vagabonds et ses mendiants transforment en belles cultures les plus arides de ses terres. C’est assurément pour eux le meilleur moyen de se transformer eux-mêmes. En attendant, un résultat positif est produit : une richesse sociale est créée par des hommes qu’on est habitué, non sans raison, à regarder comme des agents de destruction et de désordre.
On peut donc constater à Merxplas :
1° Que des individus sans ressort et sans esprit de direction, comme le sont les trois quarts des récidivistes, peuvent encore être préservés par le travail ;
2° Que ce travail peut leur être imposé sans beaucoup de peine par une administration habile et prévoyante ;
3° Que cette organisation des colonies agricoles et industrielles peut être faite par la main-d’œuvre des intéressés et ne coûter à l’Etat que très peu de chose 1 .
Cette installation cependant n’a pas laissé que de mériter quelques critiques, auxquelles le gouvernement belge s’est préoccupé de donner satisfaction.
Les individus qui viennent à Merxplas ne sont pas des
1 On peut mieux se rendre eompte par là que les objections élevées contre les maisons cellulaires d’une construction, dit-on, trop coûteuse, peuvent être aisément réfutées, si l’Etat se met à faire construire ses cellules par une main-d’œuvre analogue.
criminels : ils n’en ont pas ou n'en ont plus l’étoffe. Leur agglomération et la permission qu’on leur donne de travailler et de vivre en commun n’ont donc pas, tant s’en faut, les mêmes inconvénients que pour les prisonniers proprement dits. Elles en ont cependant que nulle combinaison ne fera jamais disparaître: mais on peut les atténuer.
On avait fait une première faute en y ménageant un quartier spécial, presque un hameau distinct ou tout au moins une ferme isolée pour les enfants. Cette faute est aujourd’hui réparée : il n’y a plus d’enfants ni d’adolescents à Merxplas.
Malgré les divisions que j’ai expliquées plus haut, il y avait encore dans la colonie un fâcheux mélange d’individus légèrement tarés et d’ouvriers momentanément sans ouvrage1. On va réserver Hoogstraeten pour les mendiants inoffensifs ou simplement malheureux 2 ; et Merxplas restera un lieu de répression pour les vagabonds envoyés par les juges de paix. Pour faciliter à ceux-ci leur tâche et les éclairer dans leurs arrêts, on leur remettra un catalogue par lettre alphabétique, de ces dix mille individus qui passent et repassent dans les colonies. Le juge y verra tout de suite si le comparant est ou non un vagabond d’habitude, et il le traitera en conséquence.
Cette division des éléments permettra de traiter avec plus de douceur et de dignité une partie des pensionnaires et de réserver à l’autre partie un régime plus
1 Aussi, ces derniers, lorsqu’ils partaient de Merxplas, en conservaient quelque honte; ils démarquaient tout de suite le linge et les effets qu’on leur avait laissés en partant.
2 Hoogstraeten cessera donc d’être l’infirmerie centrale des vagabonds. Chaque établissement aura son infirmerie à lui.
dur. Jusqu’à présent, si les bons ouvriers rougissaient un peu d’avoir passé par la colonie, les mauvais, c’està-dire ces ouvriers parfois très habiles, mais très intermittents, auxquels il faut de temps à autre quelques jours de noce ou de paresse, calculaient beaucoup trop bien leurs entrées et leurs sorties : ils venaient à volonté. Contre ce péril qui est — et qui sera toujours — celui de tous les établissements de ce genre, un délégué du Luxembourg recommandait, lors du dernier congrès d’Anvers, des mesures assez sévères.
« Quand nous voyons, dit-il, arriver ces vagabonds qualifiés 1 qui sont connus, nous les soumettons au traitement suivant : les quatre premiers jours, ils sont au pain et à l’eau. Pendant toute la durée de la détention, qui peut monter jusqu’à deux années, ils sont assujettis alternativement au régime ordinaire un jour, au pain et à l’eau le deuxième jour. — A l’appui de ce régime, nous avons dressé une statistique : elle est frappante. Nous sommes arrivés d’abord à nous débarrasser des vagabonds étrangers. Ensuite, quant aux vagabonds luxembourgeois, ils ne veulent pas rester, ils ont horreur de notre établissement et de notre régime, à tel point que nous sommes arrivés à réduire les vagabonds de 80 0/0 depuis 1884. »
On a objecté, il est vrai, que si les vagabonds ainsi effrayés quittaient le Luxembourg ou l’Alsace-Lorraine, ils passaient en Belgique sans s’être corrigés. Raison de plus, peut-on répliquer, pour que la Belgique et pour que la France prennent à leur tour des mesures plus préservatives. Si l’on ne veut pas infliger ainsi le pain
1 II les oppose aux » vagabonds pathologiques », qui sont soumis au régime ordinaire.
sec et l’eau claire à des hommes que l:on veut faire travailler, il faut du moins s’appliquer à distinguer le vagabond venant pour la première fois ou venant rarement dans la colonie et le vagabond qui en fait une habitude. Qu’on réserve à celui-ci les travaux les plus durs ou les plus répugnants de la colonie ; et qu’au besoin on le punisse de nouveau par la prison cellulaire, laquelle doit être plus particulièrement la terreur des gens nomades, amis du changement, du grand air et de la belle étoile l.
Quand on aura fait tout cela, on n’aura pas plus supprimé le délit qu’on ne peut supprimer la maladie ; mais on aura achevé de faire tout ce qui est nécessaire pour en arrêter la déplorable ascension.
1 Qu’on remarque bien ceci (pour ne point m’accuser de contradictions) : si la cellule n’existait pas comme une menace permanente et comme une institution pratiquée sur une vaste échelle, je cesserais de prendre aussi au sérieux le genre de colonisation que je viens de décrire, même pour les éléments auxquels le réserve la Belgique.