Tolstoï, Anna Karénine
Le second caractère de cette morale matrimoniale est d'engendrer la lutte des sexes.
Ce phénomène, s'il n'est pas nouveau, est du moins plus accentué de nos jours qu'à aucune autre époque. Des semences de haine antiféminine ont germé dans le cœur de l'homme; des défiances et des révoltes antimasculines ont troublé le cœur de la femme. Le duel des sexes est partout : dans le roman, au théâtre, dans la vie. Strindberg a magistralement mis en scène ce phénomène troublant dans des drames tels que Mademoiselle Julie et Père. Dans le roman de Marcel Prévost, Frédériquej un souffle de haine anlimasculine traverse plus d'une fois le verbe enflammé des féministes adeptes de Romaine Pirnitz. Un psychologue allemand que nous avons déjà cité, madame Laura Marholm, raconte une petite scène dont elle fut témoin sur une plage de la mer du Nord. « Je vis, dit-elle, mes voisins d'hôtel occupés à un travail assez particulier. Sur la plage, une demi-douzaine de dames aidaient une jeune dame à enterrer son mari. Le mari, un homme de belle apparence, à la fleur de Tâge, était couché sur le dos, immobile comme une statue, la tête reposant sur un petit tas de sable. Sa jeune femme, brune et maigre, dont la mise semblait être celle d'une personne appartenant à l'enseignement, travaillait plus que tous les autres et s'essoufflait avec ardeur à enterrer son mari. A l'aide des mains et des bêches, une colline de sable s'éleva bientôt sur le patient. Ce dernier disparut presque entier, à l'exception de la pointe des pieds et du bout du nez. Lorsqu'il fut ainsi enfoui au point de ne pouvoir bouger, la jeune femme saisit la main d'un jeune homme d'une vingtaine d'années, qui assistait indifférent à cette scène, et elle se mit à danser avec lui sur la tombe du mari au milieu des cris de joie. Les autres se tenaient autour et saluaient de leurs rires sympathiques celte scène instructive^ » Ce petit jeu de société, pour