Laura Marholm, Zur Psychologie der Frau, p
être un peu tudesque, n'en a pas moins sa valeur symbolique. A notre époque, la lutte des sexes aidant, ces sortes d'enterrertients conjugaux sont à Tordre du jour.
Le duel des sexes n'est pas seulement une revanche de rinstinct contre la servitude sociale. Souvent aussi ce duel dissimule la lutte de deux familles et de deux classes. La vanité de classe, ce sentiment prédominant de Tâme bourgeoise, est le ver rongeur de plus d'un ménage. — L'un des époux, s'il est ou se croit d'une famille socialement supérieure à celle de l'autre se fera un devoir d'opprimer son conjoint au nom de sa prétendue supériorité de classe, au nom de l'indéracinable orgueil familial. — Il importe peu que cette volonté de domination se rencontre chez l'homme ou chez la femme. Cette dernière est aussi bien armée pour la lutte que son adversaire masculin. On ne coupe plus aujourd'hui dans le pont de la « faible femme ». — En bourgeoisocratie, il n'y a que deux forces : l'argent et les « relations », les « influences ». Celui des deux adversaires qui dispose de ces forces est vainqueur. L'issue du duel entre Laure et son mari, dans le drame de Strindberg, en est un exemple.
De la lutte des sexes sont nés le Misogynisme et le Féminisme.
Le Misogynisme et le Fénîinisme sont la mise en théorie des rancunes, des défiances et des haines de sexe. Le Misogynisme est la protestation de l'homme contre le despotisme féminin et la rouerie féminine. Le Féminisme est une revendication de la femme contre l'Égoïsme masculin.
Le Misogynisme est une doctrine jusqu'à présent peu répandue en France. Elle a peu de chances de s'y acclimater jamais. Ajoutons que c'est heureux. Car le Misogynisme est une erreur. 11 repose sur une confusion : la confusion entre la Dame et la Femme. Heureusement la Dame n'est pas la Femme. Elle n'en est que la déformation et la caricature.
Au fond et dans ce qu'il a de légitime, le Misogynisme
est une révolte contre le despotique matriarcat moderne : le règne de la Dame.
Le Féminisme est une doctrine de plus d'avenir. C'est la révolte de la femme opprimée par Tégoïsme masculin. Mais qu'on ne s'y trompe pas. Le Féminisme n'est pas tant une lutte contre le sexe masculin que contre l'organisation sociale tout entière, y compris ses privilégiés du sexe féminin. Le Féminisme est par certains côtés une protestation de la femme du peuple, de la travailleuse, de l'élernelle Gendrillon contre sa sœur hautaine, oisive et impérieuse : la Dame. — Il est aussi une protestation de la femme qui ne s'est pas mariée, de la bachtlor-wornan^ contre la dépréciation sociale que le préjugé bourgeois lui fait subir au profit de la Dame*.
Nous croyons avoir suffisamment expliqué les caractères de la Morale Familiale et de l'Esprit de Famille.
La Famille bourgeoise est une entreprise économique qui veut se donner des airs de Morale sacro-sainte. Le njariage est, wSuivant le mot d'un personnage de Strindberg^, une « association commerciale ». Dans ces familles nombreuses et ambitieuses qui aspirent à jouer le rôle de grandes dynasties bourgeoises, cette entreprise commerciale devient une exploitation en grand, une sorte de trust népotique, une mise en coupe réglée, par l'ambition et la cupidité familiales, de toutes les influences, de toutes les fonctions, de toutes les places, de tous les avantages sociaux accessibles.
L'ambition des anciennes aristocraties nobiliaires revit dans ces dynasties bourgeoises avec, en moins, raffinement et l'élégance de l'esprit, avec, en plus, je ne sais quoi de fruste et de brutal dans l'appétit de conquête. — Pour se donner l'impression de cette mentalité familiale, il faut voir à Tœuvre
1. Voir dans Frédérique, de Marcel Prévost, ce que dit Romaine Pirnitz de ces délaissées du mariage qui ne seront plus « exclues de toute influence dans la société de l'avenir » (p. 454).