‹ Combat pour l'individuChapitre 29 sur 87 · Strindberg, Père, acte II · texte numérisé non relu

Strindberg, Père, acte II

quelques-unes de ces familles de proie. Surtout quand elles sont de race campagnarde, armées de brutalité et d'astuce paysanne, avec des appétits tout neufs et une revanche à prendre des ataviques servages, il faut voir ces tribus népotiques s'élancer à l'assaut de l'argent, des influences, des postes et des places. Il faut voir les membres de ces familles se faire la courte échelle, se pousser dans le monde par tous les moyens, pratiquer l'écrasement sans scrupule des faibles et l'intrigue sans vergogne auprès des puissants. C'est devant ces familles que la sottise moutonnière de nos contemporains s'extasie avec ces mots béats : Quelle belle famille !

Ces coalitions familiales sont fermées, jalouses, hostiles à l'étranger comme on l'était dans le clan primitif. Plus la famille est unie, plus cet esprit de jalouse occlusion familiale est puissant ; plus les sentiments haineux pour l'étranger se font jour. — L'être d'un autre sang, d'une autre race est méprisé, traité en intrus et en paria. — Entre-t-il par mariage dans la famille? Ces sentiments ne s'effacent pas. La tendance est de le réduire au conformisme familial, d'abolir ses façons propres de sentir, de penser ou de vouloir, de le mater, de le domestiquer, de le plier aux volontés du groupe. C'est ainsi que s'explique l'hostilité bien connue que le gendre ou la bru rencontrent souvent dans la famille où ils sont entrés. Michelet % ce chantre de l'amour conjugal bourgeois, a lui-même noté ce trait : la lutte sourde de la famille de la jeune femme contre le mari de cette dernière ; les complots sournois, les railleries, les dénigrements insidieux qui s'efforcent de la détacher de lui. Tel estl'Égoïsme familial ou Esprit de Famille. Cet égoïsme familial est le vouloir-vivre social élémentaire, le père de tous les autres vouloir-vivre sociaux.

L'Égoïsme familial est un vouloir vivre-collectif, une commune volonté de conquête, de puissance et de vie. Ce vou-

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