‹ Combat pour l'individuChapitre 30 sur 87 · Michelet, V Amour · texte numérisé non relu

Michelet, V Amour

loir-vivre broie tranquillement les sentiments et les passions de rindiviflu haï, quand il y trouve une satisfaction d'intérêt, d'orgueil, de vanité on simplement de méchanceté.

Comme ce vouloir- vivre familial est le plus intense de tous et qu'il tient aux racines les plus délicates et les plus profondes de Têtre humain, il s'épanouit en une efflorescence particulièrement exubérante de passions conquérantes, dominatrices, envahissantes, accaparantes, usurpatrices^ meurtrières et torturantes : amour, haine, jalousie, ambition, envie, défiance, rancune, vengeance, passions complexes qui s'enchevêtrent et se ramifient en mille sens, mais à travers lesquelles circule une même sève nourricière : le sang de la race, le génie familial, composé d'obscurs et inquiétants atavismes, armé implacablement contre l'être d'un autre sang et d'une autre race.

Sur cette pousse première d'Egoïsme familial, la Société greffe ses égoïsmes à elle, tout le système compliqué de ses passions, de ses préjugés, de ses rancunes, de ses haines et de ses peurs, toutes ses tyrannies et toutes ses hypocrisies, toutes ses défiances ombrageuses contre l'Individu. De tout cela se forme un inextricable réseau de tyrannies qui s'emparent de l'individu et enveloppent de leurs mille tentacules sa pensée et sa volonté. Toutes ces influences sociales font un suprême effort pour mater Têtre qui veut maintenir son indépendance, et la camisole de force dans laquelle Laura fait coudre le capitaine, à la fin du drame de Strindberg, n'est que le symbole des ligatures dont la Société couvre l'individu récalcitrant.

Quel est l'avenir réservé à TEsprit de Famille et à la Morale Familiale ?

Dans cet lUusionisme qu'est sur tant de points notre morale traditionnelle, la Morale familiale semble être le mensonge le plus tenace.

M. Ed. Rod a décrit dans sa Seconde vie de Michel Tessie?'

l'âpre lutte d'une individualité énergique contre les colères sociales qu'ameute celui qui ose être un irrégulier, un nonconformiste. Il a montré combien l'égoïsme bourgeois est têtu. Cest contre cet égoïsme que Michel Tessier a ce mouvement de révolte : a J'ai trop senti le poids de ces traditions, de ces institutions, de ces croyances que vous voulez conserver. J'ai trop souffert de leur vaine tyrannie ! Je ne les connais plus que comme une inutile entrave imposée à notre vie. Je les secoue et je les condamme ! » — M. Camille Mauclair, dans un récent article de la Revue Socialiste, explique que sur ces questions, les préjugés sont restés aussi forts dans l'âme populaire que dans l'âme bourgeoise. « Quand on voit Pamell entravé et paralysé par un adultère, on est stupéfait et on proclame qu'il a fallu le cant anglais pour cela ; mais cette absurdité peut tout aussi bien se produire en France et je mets en fait que les ouvriers disent sur des cas analogues des choses parfaitement bourgeoises ^ »

Ces préjugés disparaîtront-ils? Une morale familiale plus humaine se subslituera-t-elle à celle qui est en vigueur ?

Diverses solutions ont été proposées.

Tolstoï propose un retour au sentiment chrétien. A la sensualité jalouse et à l'égoïsme charnel qui causent l'issue tragique du ménage de la Sonate à Kreutzer, Tolstoï oppose la douceur et la tendresse chrétienne du ménage Lévine^

On peut douter de l'efficacité du moyen proposé par Tolstoï. Le propre du Christianisme est de courber l'individu devant la société, de placer les intérêts et les convenances sociales au-dessus des aspirations et des convenances individuelles. Le Christianisme prêche trop la résignation. Le précepte tolstoïen de la non-résistance au mal est dangereux. Le mal, ici comme partout, c'est le despotisme social, c'est l'Egoïsme

1. Camille Mauclair. V Œuvre sociale de VArl moderne [Revue Socialiste, juin 1901).

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