‹ Combat pour l'individuChapitre 37 sur 87 · Le Temps du 30 juin 1902. Menus propos · texte numérisé non relu

Le Temps du 30 juin 1902. Menus propos

L'affectation de vertu — plaie dés démocraties — la « pose morale », comme l'appelle Nietzsche, engendre partout la manie inquisitoriale, moralisante et prédicante.

De là cette triste floraison de pontifes moraux de tout genre; de là la menace d'une morale d'État ; de là aussi la menace du pharisaïsme descendant des hautes classes et empoisonnant jusqu'au peuple. Stendhal prévoyait ce danger : « L'inconvénient du règne de Topinion, qui d'ailleurs procure la liberté politique, c'est qu'elle se mêle de ce dont elle n'a que faire, par exemple : la vie privée. De là la tristesse de l'Angleterre et de l'Amérique*. «Stendhal a* raison. Rien de plus insupportable à cet égard que la vie anglaise et américaine. Ceux qui en parlent autrement n'ont assurément jamais mis le pied sur ces terres de pseudo-liberté.

La tyrannie inquisitoriale qui tend à prévaloir en politique fait que l'individu a un grand intérêt à ce qu'il y ait dans le pays le plus grand nombre possible de partis et de fractions de partis aux prises. Cest toujours notre formule : Divide tit liber sis, à laquelle il faut en revenir. La guerre civile n'aurait peut-être pas été si terrible dans l'île décrite par Swift si au lieu de deux partis : les gros boulistes qui voulaient qu'on mangeât les œufs par le gros bout et leurs adversaires lespetits boutisteSy il y avait eu une bonne demi-douzaine de partis rivaux. Leur nombre même rend les partis moins féroces. Ils s'usent et s'affaiblissent les uns les autres. C'est là un grand bienfait pour l'individu.

Un symptôme inquiétant à cet égard, et qui semble marquer une recrudescence de l'Esprit grégaire, c'est la formation des Ligues, de ces ligues politiques qui rayonnent dans le pays tout entier, et qui le divisent en deux ou trois partis très forts et très compacts.

Le nom de ligue rappelle le temps des guerres de religion.

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