‹ Combat pour l'individuChapitre 39 sur 87 · La Plume, août · texte numérisé non relu

La Plume, août

mot « Monde » lui-même se prononce avec une intonation spéciale, avec une nuance de vénération et de dévotion.

Si vous n'êtes pas du « Monde », si vous ne faites pas partie des initiés, des paroissiens de la Religion du monde, vous êtes un être sans conséquence ou plutôt, à vrai dire, vous n'existez pas.

Car le Monde a ses dévots et ses fanatiques. Ce type est fréquent dans les cercles mondains du fonctionnarisme provincial. Tel est ce jeune Receveur-Rédacteur de Tenregistrement portraicturé dans un roman récent * : « Les devoirs du monde occupaient son existence. 11 vivait pour faire des visites, dîner en ville et danser. Il avait appris par cœur le jour de toutes les dames de Châteauneuf, et les soirs de bal il les récitait avec joie sur leur demande. Il menait le cotillon d'une grâce quasi religieuse... » Ailleurs on voit ce jeune homme se livrer à d'inquiètes consultations près de ses amis pour savoir s'il doit paraître à une soirée « avec Thabit rouge et la culotte courte ou l'iiabit noir et le gilet de soie ». Le culte du Monde est parmi nous la manifestation tenace, triomphante, indéracinable, de ce que Beyle appelait. la manie respectante^ cette manie si naturelle dans un pays de sociabilité moutonnière et despotique.

Qui n'a noté pour ,son édification ou pour son amusement la hiérarchie des u sociétés » dans une ville de province .^ Il y a là généralement quatre ou cinq mondes superposés, impénétrables, formant hiérarchie, de telle sorte que ceux qui appartiennent aux étages d'en bas seraient honorés d'être admis, ne fût-ce que par faveur momentanée, aux étages d'en haut. La vieille noblesse authentique ou prétendue telle méprise la petite noblesse de pacotille. Celle-ci ne fraie pas avec le monde de l'industrie et du commerce ; moins encore avec le monde fonctionnaire... Ce dernier, qui est au plus bas degré de l'échelle, n'est pas le nioins prétentieux.

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