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Tolstoï, Résurrection

L'ESPRIT MONDAIN EN DEMOCRATIE or

moralité mondaine. Le monde bannit de parti pris toute ques-iion dangereuse, tout problème neuf ou scabreux. Au XVIII® siècle, la vie de société était tout autre. Les salons célèbres de cette époque étaient de petites sectes littéraires, philosophiques, politiques et sociales, très hardies pour le temps, philonéistes avec engouement, comme aujourd'hui ce <jue nous appelons le Monde est misonéiste avec effroi.

Alors le règne bourgeois de la Dame ne sévissait pas. La liberté de Tesprit accompagnait et parait la liberté superbe des mœurs de ce siècle. Les femmes qui donnaient alors le ton ignoraient le cant bourgeois ; elles ne s'étaient pas encore instituées les prêtresses de l'Hypocrisie sociale, de Fabétissante Religion Bourgeoise.

Mais aujourd'hui la Dame règne. Un respect de commande entoure nos falottes et piteuses aristocraties. Le Philistinisme et le Pharisaïsme ont tout envahi.

Stendhal raconte dans la Chartreuse de Parme qu'après 1 8 1 3 un vent de pruderie dévote souffla sur les salons de l'aristocratie. Aujourd'hui, dans la société bourgeoise et surtout dans le monde fonctionnaire, cette pruderie dévote est remplacée par une vertu anglo-saxonne, laïque, hypocrite et pédante qui n'est pas moins tyrannique que l'autre et dégage une non moins asphyxiante odeur de moraline.

Cette atmosphère étouffante du Bourgeoisisme fait trouver douce par contraste la compagnie des gens du peuple. On se rappelle les sentiments du prince Nékludoff quand, partant pour son exil volontaire en Sibérie, il fait route dans son wagon de troisième classe avec les paysans, les ouvriers qui s'en vont avec lui vers une tâche de labeur et vers une vie nouvelle. « Le voici, le grand monde, le vrai grand monde, disait-il, en se rappelant la phrase française du prince Korchaguine et tout ce misérable monde des Korchaguine, avec la vanité et la bassesse de ses intérêts. Et plus profondément que jamais il éprouvait le sentiment joyeux du voyageur qui

n COMBAT POUR L'INDIVIDU

vient de découvrir une terre nouvelle, une terre fertile eiï fleurs pt en fruits. »

Tifa«sportojis la scène en France. Nous aurons la consolation de pouvoir penser que les fils ou les petits-fils de ces ouvriers et de ces paysans seront peut-être à leur tour des « gens du monde ».

Le sentiment de THonneur a subi une évolution qui l'a amené à un étiolement et à un engourdissement progressifs, sous Tinfluence de la morale de Troupeau. Aujourd'hui ce sentiment abdique, embourgeoisé qu'il est, enlisé dans l'actuelle platitude grégaire. 11 s'est mué en ce sentiment bourgeois : V Honorabilité.

Voyons comment s'est opérée cette transformation.

Si Ton veut se rendre compte de ce qu'a été d'abord le sentiment de l'Honneur, il ne sera pas inutile de faire une petite incursion sur le terrain de la Biologie. On verra que peut-être THonneur a joué dans la conservation des groupes sociaux le même rôle que joue la Beauté, Téclat des couleurs et la grâce des mouvements dans la conservation des espèces végétales et animales.

On sait Fimportance de cette fonction que certains biologistes ont appelée la fonction vexillaire. Chez les plantes d'abord. Le botaniste Millier a posé cette loi : « Toutes choses égales d'ailleurs, une fleur est d'autant plus visitée par les insectes qu'elle est plus voyante. » De même chez les animaux. Un autre physiologiste a pu poser cette autre loi : « Chez les organismes supérieurs, la concurrence vitale sous sa forme sexuelle est la principale, sinon l'unique source de la Beauté, et partant du sentiment et de l'idée de la Beauté. » Dans la lutte qui s'institue entre les groupes humains et entre

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