la Plume, 1" juillet
les diverses fractions d'un même groupe, la Beauté (j entends par là toutes les qualités éclatantes, séduisantes et charmeresses), joue également un rôle de sélection. Cette beauté qui chez les plantes n'est ni sentie ni connue, s'accompagne chez l'homme d'une émotion et d'une idée. Elle agit puissamment dès lors dans les groupes humains, comme principe de sélection sociale. El l'on peut dire que dans la société comme dans la nature vivante et sentante, le sentiment du beau n'est à l'origine que « le plaisir de se distinguer ou d'être distingué * ».
L'idée de l'Honneur, dans les groupes humains, n'est autre que l'idée d'un certain idéal de Beauté où se résument les qualités les plus utiles à la conservation, à la prospérité et à la vitalité du groupe, et par lesquelles se distinguent les meilleurs exemplaires du groupe. Le sentiment de l'honneur est le sentiment de cette supériorité. 11 est l'indice d'une noblesse, d'une utilité sociale prédominante, d'un prestige et d'une suprématie sociale. L'honneur est le signe vexillaire auquel se reconnaissent les belles plantes humaines; à un degré supérieur, ces superbes plantes tropicales dont parle Nietzsche; « ces êtres d'élite qui pourront s'élever jusqu'à une tâche plus noble et jusqu'à une existence plus noble, semblables à cette plante grimpante d'Asie, ivre de soleil, — on la nomme Sipo-Matador, — qui enserre un chêne de ses lianes multiples, tant qu'enfin, bien au-dessus de lui, mais appuyée sur ses branches, elle puisse développer sa couronne dans l'air libre, étalant son bonheur aux regards de tous^. »
Tel a été l'Honneur, signe d'élection aristocratique pour les individus et pour les groupes.
En instituant, en consacrant et en consolidant ce senti-
i. Voir sur cette conception de la Beauté le tout récent livre de M. L. Bray : Du Beau, essai sur l'origine et l'évolution du sentiment esthétique (Paris, F. Alcan, 1902).