Nietzsche, Var delà le Bien et le Mal
L'HMBOURGEOiSEMENT DU SENTIMENT DE L'HONNEUR 101
ment, les groupes humains, tribus, castes, etc., ont obéi à la loi naturelle de conservation.
Ajoutons que le contenu de Fidée d'Honneur a dû varier suivant que Tintérêt vital des groupes leur faisait préférer à tel moment telle ou telle qualité. Ce qui dans la vie sociale détermine les associations d'idées des hommes, c'est l'utilité vitale de ces associations. « L'homme, dit M. Rémy de Gourmont, associe les idées non pas selon la logique, selon l'exactitude vérifiable, mais selon son plaisir et son intérêt *. » Cela est vrai de l'idée d'Honneur comme des autres.
L'idée d'Honneur est l'idée femelle apte à recevoir tels ou tels éléments adventices variables suivant le temps, le milieu, le degré de l'évolution sociale. Au moyen âge, l'Honneur chevaleresque implique les vertus utiles alors et admirées : la force, la bravoure, la franchise, la loyauté, l'horreur de la forfaiture, la protection des faibles. Dans les bandes de condottieri de la Renaissance italienne, telles que cette bande du prince Colonna que Stendhal décrit dans VAbbesse de Castro^ le contenu de l'idée d'Honneur devait être assez différent. L'astuce sans scrupule, la fourberie obligatoire à cette époque devaient y rentrer pour une bonne dose. M. Rémy de Gourmont remarque qu'après 1870, en France, on associa étroitement l'idée d'Honneur et l'idée de militaire. « L'association se forma, dit-il à la suite des événements d'il y a trente ans, lorsque le peuple prit le parti d'exalter le soldat pour s'encourager soi-même ^ » En général et de tout temps, chez nous. Français, épris de grâce et d'élégance conquérante, ridée d'Honneur enveloppa celle d'un charme vainqueur, séducteur, fascînateur; l'idée d'aigrette et de panache, de bravoure spirituelle et légère, de toutes les qualités et de toutes les attitudes capables d'attirer les yeux et les cœurs. N'oublions pas ici le rôle que joue dans le sentiment de Thon-