Sudermann, LHonneur, acte II
dans restime d'une âme », fût-ce Tâme de son semblable, en quoi il ne se montre vraiment pas difficile.
L'exigence dominante de la conscience de troupeau étant l'interdiction de se distinguer ou d'être distingué, le premier précepte du code de l'honorabilité bourgeoise, — en antithèse avec ce que nous avons dit de la fonction vexillaire de l'Honneur — consistera à « être comme tout le monde ». C'est ce qu'exprime le lieu commun : « Être comme il faut. » M. Léon Bloy, commente ainsi ce lieu commun : « Exclusion, élimination immédiate et sans passe-droit de tous les gens supérieurs. Un homme comme il faut doit être avant tout un homme comme tout le monde. Ce lieu commun exprime avec une énergie singulière le mandement évangélique de l'Unité absolue : Sint iiniim sicut et nos. Le bourgeois accomplit h sa façon ce précepte, en exigeant que le bétail humain soit un immense et uniforme troupeau d'imbéciles ^.. »
L'idée d'Honneur s'est détachée de l'Individu et des qualités qui font la noblesse individuelle pour s'appliquer aux masses humaines.
Cela est logique dans l'actuel règne des masses, des groupes, des collectivités. Il n'est plus guère question aujourd'hui de l'honneur tout court, mais des variétés diverses de l'honneur collectif : l'honneur du corps, l'honneur des familles, l'honneur national, l'honneur du sexe, l'honneur des gens mariés, etc.
C'est à ces variétés d'honneur collectif que s'applique ce que Schopenhauer dit si finement de « l'orgueil à bon marché ». «Cet orgueil trahit chez celui qui en est atteint l'absence des qualités individuelles dont il puisse être fier... Tout piteux imbécile qui n'a rien au monde dont il puisse s'enorgueillir se rejette sur cette dernière ressource d'être fier de sa nation ou de sa corporation ^. » On en vient à