‹ Combat pour l'individuChapitre 56 sur 87 · Revue philosophique, août · texte numérisé non relu

Revue philosophique, août

psychologique d'où sortira lentement l'idée d'une téléologie sociale.

Nous croyons avec M. Ferrero que la première loi de ce mécanisme n'est autre que la loi dlnertie mentale avec son corollaire, la loi du moindre travail. L'inertie mentale est une donnée psychologique qu'on a vainement tenté de contester. L'homme, surtout l'homme de l'humanité primitive, a un penchant à employer les processus mentaux qui lui coûtent la moindre fatigue. « L'évolution sociologique tout entière, dit M. Ferrero, nous prouve que cette loi du moindre effort règle l'activité psychique de l'homme. Toutes les institutions sociales un peu complexes que les peuples civilisés possèdent, n'ont pas été créées d'une pièce et en une seule fois; elles ont été créées peu à peu, par de nombreuses générations dont chacune a apporté sa petite innovation ; et toutes additionnées ont formé avec le temps les institutions actuelles, telles qu'elles sont dans leur extrême complexité. C'est donc une complexité se composant d'une somme très grande d'inventions simples, dont chacune a nécessité un effort mental très petit*. » M. Ferrero prend pour exemple les modernes ministères d'État, une des institutions les plus compliquées de notre vieille civilisation. 11 montre comment les plus hauts fonctionnaires de l'État, civils et militaires, n'étaient à l'origine que des, serviteurs attachés à la personne du roi, chargés de son service personnel; comment ces serviteurs purent être accidentellement et en cas d'urgence, chargés de quelques-unes des affaires publiques; comment enfin, ces affaires se compliquant de plus en plus, l'accidentel et le provisoire devinrent définitifs^. M. Ferrero retrace de la même manière la genèse de l'idée des appointements du fonctionnaire, idée qui parait aujourd'hui si naturelle dans nos sociétés bureaucratiques.

1. G. Ferrero, Les lois psychologiques du Symbolisme, p. 48. (Paris, F. Alcan.)

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