‹ Combat pour l'individuChapitre 59 sur 87 · Revue philosophique, septembre · texte numérisé non relu

Revue philosophique, septembre

religieux. « Sage comme, un enfant sage, il ne retira jamais sa main de la main de sa bonne mère : la Religion. » Tolstoï clôture ce cycle de Pensée.

En face et en antithèse : Nietzsche et l'Immoralisme. Ce qu'a été l'immoralisme dans la pensée de Nietzsche est complexe. — Il y a en lui avant tout le sentiment antichrétien d'un amoindrissement d'humanité causé par la culture morale chrétienne. II. Heine, — un précurseur de l'Immoralisme — exprimait déjà ce sentiment en termes presque nietzschéens. « Nous éprouvons, dit-il, une grande faiblesse dans nos membres : les saints vampires du moyen âge nous ont sucé tant de sang précieux!... Il faudra offrir à la matière de grands sacrifices expiatoires pour qu'elle nous pardonne les vieilles offenses. Il ne serait même pas mal qu'on instituât des fêtes sensualistes et qu'on indemnisât la matière pour ses souffrances passées; car le spiritualisme chrétien, incapable de l'anéantir, l'a flétrie en toute occasion; il a rabaissé les plus nobles jouissances; les sens furent réduits à Thypocrisie... Il faut revêtir nos femmes de chemises neuves et de sentiments neufs et passer toutes nos pensées à la fumée des parfums comme après les ravages de la peste ^ »

L'Immoralisme nietzschéen est précisément, lui aussi, la réhabilitation du souci des « choses prochaines », au lieu de la rêvasserie mystique qui se perd dans les nuages. C'est l'horreur pour ce mépris hypocrite des « choses prochaines », pour le mensonge perpétuel qui nous fait assigner à tous nos gestes des prétextes et des raisons lointaines : par exemple à la volupté, la procréation des enfants.

Nietzsche mérite d'être appelé, comme Gœthe, « un grand Païen ». — Mais le Paganisme de Nietzsche est un paganisme d'un genre spécial. Ce paganisme nietzschéen remonte très haut et très loin dans le passé; plus loin que cette antiquité

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