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Heine, De l'Allemagne, t. I

MORALISME ET IMMORALISME 149

classique que nous apprécions peut-être par ses côtés déjà chrétiens, par son socratisme et son platonisme précurseurs des Pères de l'Église. — Le paganisme de Nietzsche va s'alimenter au delà, jusqu'à la source lointaine des initiales énergies de la race grecque, à cette ibystérieuse source dionysienne où Nietzsche voit la triomphale affirmation de la Nature et de la Vie. « Ce qui étonne dans la religiosité des anciens Grecs, dit Nietzsche, c'est l'abondance effrénée de gratitude qu'elle exhale : — ce fut une très noble espèce d'hommes, qui eut une telle altitude devant la nature, devant la vie! — Plus tard, quand la populace eut la prépondérance en Grèce, la tcrreureiiwMà la religion : le christianisme se préparait*. »

Aujourd'hui, déchus, nous sommes si loin de ce primitif chant de triomphe des instincts, que nous avons peine à nous le représenter. Pourtant, qui sait?... Peut-être la loi de rÉternel retour nous ramène-t-elle au seuil d'un renouveau de vitalité. — Regardons-le en face, ce renouveau de vitalité, ceux d'entre nous du moins qui sont de taille à le faire !

Le Chant immoraliste de Nietzsche, réminiscence de l'antique esprit dionysien, monte dans l'air avec la sérénité panthéistique de la chanson gœthienne, cette chanson dont H. Heine a dit : « La doctrine de Spinoza est sortie de là chrysalide mathématique et voltige autour de nous* sous la forme d'une chanson de Gœthe... De là la fureur des orthodoxes et les piétistes contre cette chanson. Ils essaient de saisir avec leurs pieuses pattes d'ours ce papillon qui leur échappe sans cesse... Car rien n'est si légèrement ailé, si éthéré, qu'une chanson de Gœthe ^ » De même, dans l'air sec et fin du midi, dans la limpide zza italienne (qu'on songe à l'amour de Nietzsche pour le Midi, pour Bizet qu'il appelle le Midi de la musique) la fine sensuaUté païenne du philosophe

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