Voir A. France, VOnne du Mail, p
i. Barrés, Les déracinés, p. 133.
(iuyau * appelle quelque part une atmosphère d'intolérabilité.
Cette politique d'élimination contre ses membres faibles, le « corps » la poursuit avec un dédain de l'individu et une absence de scrupules qui justifient souvent, il faut bien le dire, le mot de Daudet : « Les corps constitués sont lâches \ »
Pour mieux assurer sa politique de domination, l'esprit de corps tend à étendre autant que possible sa sphère d'influence. Il est essentiellement envahisseur. Il ne se bornera pas à contrôler l'existence professionnelle des membres du corps mais il empiétera souvent sur le domaine de leur vie privée. Un romancier contemporain, M. Vergniol, . a décrit d'une façon très spirituelle ce caractère de l'esprit de corps dans une très suggestive nouvelle intitulée : Par la voie hiérarchique ^ Dans cette nouvelle, l'auteur nous montre un professeur de lycée (vrai type de l'individualité envahie par le corps) qui fait appel à l'administration hiérarchique et aux influences corporatives pour résoudre ses difficultés domestiques. Et l'on voit en effet l'esprit de corps, sous la forme du proviseur et des collègues, intervenir dans une situation privée avec une maladresse qui n'a d'égale que son incompétence. M. Vergniol a aussi finement noté dans une autre nouvelle intitulée Pasteurs d'Ames ce trait de l'esprit de corps : rhostilité contre les membres du corps qui peuvent paraître à un titre quelconque déparer la corporation. Qu'on se rappelle l'hostilité du jeune et fringant professeur Brissart — vrai type de ce que Thackera}^ décrit sous Tépithète de Snob universitaire — contre un vieux collègue peu décoratif qui semble déparer par sa tenue négligée le corps dont le jeune Snob croit être le plus bel ornement.
1. Guyau, Esquisse tViine morale sans obligation ni sanction. (Paris. F. Alcan.)