‹ Combat pour l'individuChapitre 62 sur 87 · Nietzsche, Le gai savoir · texte numérisé non relu

Nietzsche, Le gai savoir

2. Il nous semble que la note exacte sur le débat Guyau-Nietzsche se trouve donnée dans le passage suivant de M. Jules de Gaultier : « Guyau a trouvé les équivalents du Devoir dans le besoin d'e;cpansion qui résulte d'une condensation intense de la vie, dans un surcroît de force avide de s'employer. 11 a ainsi réconstitué, par une voie noble, les vertus sociales auxquelles le christianisme avait assigné d'humbles origines enracinées en des sentiments de faiblesse et de résignation. On peut reprocher à Guyau d'être resté attaché à un idéal trop voisin de celui qu'ouvraient les perspectives chrétiennes et la culture développée par elles. L'avenir comporte sans doute un aléa plus grand, plus de risques et des changements à vue dont se réjouiront ceux que ne satisfont pas mieux que le vieil éden léthargique, les paradis humanitaires de la sociologie. Nietzsche, en ses hypothèses, a laissé plus de place au hasard, par où il satisfait mieux notre instinct de jouer. (Jules de Gaultier, État de la Philosophie en France, Flegrea, du 20 nov. 1701.)

L'IDOLE PÉDAGOGIQUE. L'ÉDUCATIONISME^

J'appelle éducalionisme la théorie de ceux qui croient à la vertu infaillible et au pouvoir illimité de l'éducation.

Pour préciser ici les idées, il importe de distinguer deux espèces d'influences éducatrices qui peuvent agir sur l'individu. L'une consiste dans cette pression continue, involontaire, inconsciente et comme mécanique que le milieu social exerce sur chaque homme. Cette pression est faite de l'influence des mœurs ambiantes, des usages, des préjugés, des exemples, des ouï-dire, etc. Cet ensemble d'influences constitue pour la conscience individuelle une sorte d'atmosphère morale qui l'imprègne à son insu, une sorte de suggestion latente, inconsciente, qui s'exerce en dehors de tout parti pris et de toute théorie, de la part de ceux qui l'exercent comme de ceux qui la subissent.

A côté de cette pression fatale et inconsciente exercée par la conscience sociale sur la conscience individuelle, il peut en exister une autre très diCférente et qui présente même des caractères opposés.

Ici l'éducation est une action voulue, délibérée, systématique, exercée par une fraction d'un groupe social sur les autres parties du groupe.

L'éducation est ici une discipline consciente, un dressage intellectuel et moral subordonné à certaines fins collectives

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