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M. de Guébriant, maire de Saint-Pol, qui lui aussi avait couru à Saint-Malo, m'a pénétré d’une inexpri= mable émolion, en me-contant, encore tout remué par cette fermeté des âmes, le douloureux voyage où il accompagnail, au retour, les parents et les premiers cercueils. |
Et vraiment, ces mères ont raison dans leur ina en Dieu! car le désastre où périrent leurs enfants fut une scène des âges chrétiens. FE ha
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: Longuement j'ai causé avec les rares survivants, qui D. ‘gardent encore, dans les yeux, le reflet de cette grande
horreur : ils ne racontent ce qu'ils ont vu que pressés
de questions. Mais quel récit!
Il était environ onze heures du soir. Toutes les” montres, sur les corps retrouvés, étaient arrêtées à onze heures trente et onze heures quarante-cinq. Dans la nuit noire, la tempête faisait rage, la neige tourbillon-
+: nait. Soudain. à l'avant. un choc terrible secoue le | ee bateau. Les Bretons, s’attendant à débarquer le Soir, : ne dormaient pas. Ils se précipitent de l’entrepont, réservé aux passagers de deuxième classe, vers le dehors! L'échelle casse, celui qui me parle y arrive le | dernier: à grand peine il se hisse. Les matelots anglais brisent à coups de pied l’armoire où sont les ceintures de sauvetage ; il les aide, et on les jette aux malheureux, qui les saisissent et se ruent vers l'arrière pour sauter dans les embarcations. Mais le capitaine crie qu'on est :
sur les rochers de tous côtés, qu'aucun bateau ne NES pourra tenir, et, presque aussitôt, l'arrière s'enfonce. È
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COMBATS D HIER ET D AUJOURD’ HUI 6or
he ciuile rotlues vers l'avant : au centre: le navire se
fend avec un bruit affreux ; presque tous s’accrochent au bordage de bâbord qui émerge de l’eau, quelquesuns courent plus loin et s’accrochent au mât de misaine. ;
Alors, dans un grand coup de mer, le’ vaisseau
oscille violemment, et la grappe humaine, d’un jet, est lancée dans l'abime! La bise est affreuse, l’eau est glacée.
En courant, l'homme qui me fait le tragique récit, à rencontré son père ; ils se sont jeté les bras au cou :
« Mon garçon, c’est fini, nous sommes perdus ; embrassons-nous et recommandons-nous à Dieu ! » Il pleurait, le pauvre père. « Et moi, me dit son fils, j'ai pleuré 2e aussi | » Le coup de mer les sépare, le père est préci- pité. il n’a plus reparu. « Et alors ? » dis-je, haletant.
« Alors, nous nous sommes cramponnés au mât, une
dizaine ! On a entendu des voix qui criaient des actes
de contrition ; d’autres, des voix d'enfants qui appe- - Jaient leur mèreet leur père !... Un de Cléder, Montfort,
avait pu grimper sur le . quand il a reconnu les
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none hésiter il a sauté pour le secourir; tous les deux
cris de son petit frère qui, dans l’eau, appelait sa mère!
sont morts. »
I y eut ainsi des traits hérdauts: un des trois frères ton qui ont péri, un grand, bien découplé, que je
connaissais, et qui faisait penser au beau Yann du livre
4 de Loti, jetait Les ceintures aux autres: il disait: «Je
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suis fort, je nage très bien ! je m'en tirerai tout seul. »
É. -H met la sienne le dernier, et puis il voit à côté de lui
un petit qui n'en a pas et qui pleure ! Il lui donne sa
ceinture : au même instant, la mer l'emporte. Le petit . a pu s’accrocher au mât, il est sauvé. L'autre! Ah!