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quoi sert de nager ? la mer est si froide ; tous sont morts de congestion.
Je raconte longuement, mais quand j'ai demandé : «Combien de temps a duré la scène ? » — «Dix minutes au plus. » Après, ç'a été la nuit, l’horrible nuit sur le mât, sous la neige et la bise, et, après la nuit, la matinée jusqu'à dix heures ! © Comment avez-vous fait pour résister pendant ces douze heures? » — «Nous ne savons pas ; on était cramponné : c’est le bon Dieu! »
L'un des deux, ainsi miraculeusement sauvé, avait sur ses épaules un enfant qui s’y était hissé, il le soutenait de son mieux; quand, à la fin, les malheureux furent délivrés, sur l’épaule de l’homme, l'enfant était. mort, glacé.
L'autre avait perdu un soulier ; son pied était gelé ; ilne s’en était pas aperçu : quand on le mit dans le bateau sauveur, il le comprit à son insensibilité.
Mais il y a une question, n'est-ce pas? qui hante tous les esprits, comme le mien. On a bien lu tout à l'heure: ces hommes sont restés là douze heures : et, sur ces
douze heures, il y a trois heures de jour, de sept à.
dix du matin. Comment ne les a-t-on pas vus? Il y a un:phare tout près de là, à deux pas de la roche fatale. Les survivants disent qu'ils ont poussé des cris, qu'ils ont vu le gardien du phare sur la terrasse ! Lui, ne les a ni vus ni entendus ! Il faudra que l’on explique une si prodigieuse incurie. Ce ne fut qu'à dix heures que le paquebot partant pour Southampton aperçut l'épave
et le chapelet lamentable des malheureux suspendus
au mât : quatre étaient morts !
Voilà les récits qui, pendant ces deux jours, ont étreint mon cœur : j'écrirais sans fin. |
Maintenant, il faut revenir à la réalité d'aujourd'hui, à celle de demain. Je l'ai télégraphié dès hier, les
besoins sont immenses : immenses non seulement parce
que, la plupart des corps n'étant pas retrouvés, l'argent, tout l'argent de la campagne, s’est perdu avec eux, mais aussi parce que les soutiens de famille sont partis et partis pour toujours. Ce n’est pas seulement une crise à passer, la misère pour aujourd'hui, pour l’année qui vient, c’est la pauvreté longue et sans espoir. C'est pourquoi, en remerciant encore du fond de __ l'âme les souscripteurs qui ont répondu si largement à notre appel, j'ose leur répéter après avoir vu de mes yeux: « Donnez, donnez encore pour les veuves, pour __ les mères des pe. petits marchands d’ oignons de la côte bretonne ! »