NS OO PE CDN
la belle formule jacobine du préfet d'Ille-et-Vilaine : « Vous venez de lire [es rapports des préfets ; ils sont significatifs dans leur presque unanimité ; l’action des congrégations est préjudiciable au développement des idées républicaines : la disparition de ces ennemis acharnés de notre régime constitue la meilleure propagande à faire contre la réaction. »
. Ainsi, cela est entendu, il ne s’agit plus ni de droit, ni de justice, ni de services rendus, ni de titres à la confiance publique, ni d'autorisation à donner ou à refuser, il ne s’agit même plus d'appliquer, loyalement, dans son esprit, la loi de rgor. Il s’agit de faire une œuvre de parti, une œuvre, nettement avouée, de passion politique. | Hi
Et pour qu'aucun doute ne puisse subsister sur le caractère de cette œuvre, M. Rabier a pris soin, au dernier mot de son rapport, de rappeler, pour en faire le résumé de sa pensée, les paroles prononcées à la tribune par M. René Viviani, le 19 janvier 1901 : « Nous
sommes des hommes politiques, chargés d'accomplir :
une œuvre politique, chargés, par toutes les mesures qui sont en notre pouvoir, de préserver de toute atteinte le patrimoine de la République. »
M. Rabier a eu bien raison de rappeler ce mémorable discours : il est resté attaché à la loi des associations, pour en dénoncer l'esprit, comme le pavillon qui flotte au mât d'un navire en décèle l’origine. Ce jour-là M. Viviani a dit à la Chambre : « L'Église a constitué une association tellement étroite avec la Congrégation que, pour le grand corps catholique, elles sont, l’une
Ke v Le MNT ET} 4 v SH KÈ Te PRES NET EM RRERES Enn eE 4 dm
et l’autre, ce que sont pour le corps ordinaire la chair et le sang. » Et ayant äinsi démontré qu'on ne saurait poursuivre («la Congrégation », sans attaquer l’Église, il a pressé le gouvernement d’entre-
prendre ce combat suprême sans plus s’attarder à « ces
subterfuges libéraux, qui consistent à dire qu'il y a une différence entre le catholique le plus sincère et le elérical ». L'objet, le terme de cette lutte, il l’a précisé :
Il faut dire à l’Église de déposer ses privilèges et de former, comme en 1798, une association religieuse et alors, au nom de la liberté, de la science et de la raison, nous lui opposerons nos associations. »
Voilà donc la question clairement posée, L’ abolition des congrégations n’est qu'un épisode de la lutte, un incident de la politique générale : c’est l’Église catholique elle-même qu'il faut attaquer, déposséder par la rupture du Concordat de la situation qu’elle occupe dans le pays, et réduire au rang d’une simple association religieuse, comme en 1798. M. Viviani, d’ailleurs, - dans d’autres discours, a complété sa pensée en demandant à l'État de reprendre le monopole absolu de l’enseignement, à tous ses degrés. |
Ainsi, détruire d’abord les congrégations, et, par là, interdire aux catholiques l’association, sous sa forme la plus appropriée aux préceptes de leur foi, la plus nécessaire au service de leur religion, à l’exercice de leur charité, leur interdire encore le droit de propager leurs croyances, d'enseigner leurs doctrines, de les communiquer à leurs propres enfants, et puis, à ces citoyens ainsi désarmés, concéder peut être le droit de pourvoir entre eux aux besoins arbitrairement définis d’un culte prisonnier de la police, telle est l'œuvre politique dont M. Rabier a tenu, au nom de la commission
des associations, à prendre la responsabilité. M. Viviani,
il est vrai, n'appartient plus à la Chambre, mais ses
idées y demeurent puissamment, éloquemment représentées : son parti domine la majorité et le gouvernement. Aucune illusion ne peut donc subsister sur le combat qui s'annonce. Il faudrait remercier M. Rabier
de l'avoir dit aussi clairement s’il n'avait gardé, pour
la dernière ligne de son rapport, cette instructive déclaration. et embarrassé, d’abord, sa route et la nôtre, de ces misérables « subterfuges » dont se plaignait M. Viviani, qui masquent aux yeux du pays le but vers lequel on l’entraîne.
J'en voudrais donc déblayer le terrain, avant de montrer ce que fut et ce que serait encore ce régime de 1798, auquel on prétend nous ramener.
M. Rabier a écrit à la première ligne de son pou sur les congrégations enseignantes : « [1 n’est pas question en ce moment d’une loi sur l’enseignement. C'est là une œuvre capitale que le parti républicain envisagera plus tard dans toute son ampleur et sans se dérober aux responsabilités dont il assume la charge devant le pays. » Et M. Rabier offre pour garantie de cette noble résolution la haute autorité de M. le président du conseil qui, dans la séance du 15 janvier dernier, disait à la tribune que « l’occasion se présen-
terait prochainement de discuter la liberté d’enseigne-
ment ». |
-« Plus tard! prochainement! » Voilà quatre ans qu'on nous donne ce bon billet! et qu'on nous promet de discuter la question « dans son ampleur ». C’est se moquer. Pourquoi pas immédiatement? pourquoi pas demain ? Aucune question n’a été plus étudiée, n'est mieux connue : sur aucune, les idées ne sont plus
NE Rue
arrêtées, les positions mieux prises, les résolutions mieux formées! Qu’attend-on ? Das la précédente législature, la commission de l’enseignement, présidée par M. Ribot, a préparé, par un travail très consciencieux, par l'enquête la plus approfondie, tous les éléments du débat. Cette commission avait été saisie des propositions les plus précises et les plus variées, où apparaissaient toutes les formes de la tyrannie, depuis la tyrannie savante et détournée de M. Waldeck-Rousseau, qui s'appelait le stage scolaire, jusqu’à la tyrannie brutale et ouverte de M. Rabier qui s'appelle le monopole. M. Aynard a fait, sur ces propositions, des rapports aussi complets au fond qu'admirables dans la forme. Ces rapports subsistent. La presse, les revues, les brochures, les ont longuement commentés : on a multiplié les écrits, publié toutes les opinions. Aux élections dernières, le parti socialiste et le parti radical avaient
annoncé que les deux pôles de leur politique seraient,
s'ils étaient vainqueurs, l’impôt progressif sur le revenu et le monopole de l’enseignement. Ils sont vainqueurs, ils gouvernent. M. Rabier en est, M. Combes est leur homme. Qu'’attend-on? L'impôt sur le revenu s’achemine doucement vers les calendes, où le renvoie chaque année une prévoyante politique : on discute, avec une ardeur, heureusement platonique, le monopole de l'aleool, le monopole du pétrole, le monopole du sucre. Mais le monopole de l’enseignement? Pourquoi ne pas aborder enfin, de front, « dans son ampleur », un débat si grave et depuis si longtemps attendu ?
Ah! la raison en est simple, on n'ose pas ! On n’ose
pas, parce qu’on n'est pas d'accord, parce qu’on devine.
les résistances, parce qu'on pressent les divisions, peutêtre les ruptures, M. Chaumié, ministre de l'instruction
publique, a bien, au nom du gouvernement, présenté
un projet de loi ; mais il a paru à ses amis d’une regret-
table tiédeur : on attendait un plus complet étranglement de la liberté. M. Chaumié a donc porté son projet
au Sénat où il pourra sommeiller plus à l'aise, sans
craindre les réveils inopportuns. Mais, du Sénat luimême, voilà qu’une voix imprévue, et non des moin-
dres, est venue troubler l'harmonie radicale : le créa-
teur du « Bloc » en personne, M. Clemenceau, a marqué, par un discours retentissant, son retour à la tribune. Ce discours est une mine féconde de débats historiques, de controverses théologiques et de discussious politiques ; c’est un thème inépuisable; au fond, les conclusions en sont les mêmes que celles de M. René Viviani. Un article donné récemment, à une revue anglaise, par l’orateur radical, les précise mieux encore : l'Église catholique est la grande ennemie de la société moderne, c’est elle qu'il faut combattre dans son esprit, dans sa doctrine, dans ses institutions, et, pour commencer, dans ses congrégations ; le terrain de la lutte est là, le reste est vain ! Jusque-là tout allait au mieux : mais il y eut une surprise. Dans son discours, M. Clemenceau se déclara l'ennemi de l’enseignement d’État : il demanda l'affranchissement de la pensée, la pleine liberté des doctrines ; il flagella de sa parole mordante les futurs « magistrats du vrai » ! Ce fut un désarroi : le « Bloc » trembla. Dans la revue la Renaissance latine, M. Viviani répondit à M. Clemenceau en disciple respectueux, mais affligé. Il ‘montra que si la liberté était laissée aux doctrines catholiques, rien n'était fait; religieux, prêtres, laïques enseigneraient les mêmes. Où sérait le profit ? Spectateur de ces débats, il m'a paru que le disciple avait, sur le maïtre:
l'avantage de la logique : on ne saurait être, à la fois, jacobin et libéral. Mais cette escarmouche n’annonce rien de bon pour le grand débat promis ; il faut l’ajourner. « Plus tard », dit M. Rabier : « prochainement », dit M. Combes. |
Pourquoi d’ailleurs s’y exposer ? La question est plus simple. On n’attaquera pas la liberté d'enseignement, mais on détruira l'enseignement libre. Cela supprime les discussions de principes et maintient l'accord. M. Clemenceau ne s'est-il pas déclaré prêt à voter la suppression des congrégations ? De quoi s’embarrasset-on ? Je le disais, en 1901, à M. Waldeck-Rousseau, dans la discussion de la loi sur les associations : « Vous n'avez point osé aborder la question par ses grands côtés, vous avez préféré l’aborder par des détours : et, ne vous sentant pas assez soutenu par l'opinion publique pour abolir la liberté d'enseignement nettement, franchement, ouvertement, vous avez mieux aimé... atteindre et frapper par derrière les corps enseignants. »
La méthode n’a pas changé. Les Jésuites et les Assomptionnistes disparus, il restait, en France, pour les garçons et les jeunes gens, vingt-six congrégations enseignantes. L'une est difficilement attaquable : sa position est forte; elle est couverte par un article du décret impérial de 1808, constitutif de l’Université de France ! On ne peut pas l’aborder par surprise : on y pourvoira plus tard. M. Lafferre en a, il y a deux ans, indiqué le moyen par une proposition formelle.
Mais les vingt-cinq autres ? Pour celles-là, c'est très simple : elles demandent l'autorisation légale ; qu’on la refuse, et tous leurs établissements tomberont du même coup |! C’est une tactique savante : beaucoup la trouveront odieuse. Je suis de ceux-là. Pour les filles, on
agira de même. Déjà M. Combes, usant du pouvoir discrétionnaire qu'il s’est fait reconnaître par le Conseil d'État, a fermé quatre ou cinq mille écoles libres. Dans quelques mois, quelques semaines peut-être, par les refus d'autorisation qu’on opposera, suivantles mêmes principes, aux congrégations de femmes, on fermera les autres. Après quoi, il ne restera plus, comme on l’a déjà proposé, qu’à interdire, par un article de loi, l’enseignement aux prêtres séculiers, et tout sera dit. « Plus tard, prochainement », on discutera « dans son ampleur » la question de la liberté d'enseignement.
Est-ce qué j'exagère à dessein? Est-il vrai, oui ou non, que le projet de M. Combes a pour effet immédiat de fermer, par la dissolution de vingt-cinq congrégations religieuses, 1.690 établissements ? Et, si cela est vrai, comme il-est impossible de le nier, de quel nom faut-il appeler la tranquille assurance avec laquelle M. Rabier déclare que « la liberté d'enseignement n’est pas en question à cette heure. » [l ajoute : (Nous ne laisserons donc pas dévier le débat! » J’ai la même intention et c'est précisément pour le ramener sur son véritable terrain qu'il me faut insister.
Cependant, comme je ne veux pas plus que M. Rabier égarer la discussion sur des points en quelque façon secondaires, je ne dirai que peu de mots des conséquences pratiques qu’'entraine cette fermeture des écoles libres. Je ne puis néanmoins tout à fait les taire.
M. Combes, dans son exposé des motifs, déclare qu’il n’éprouve aucun scrupule en « relevant aujourd'hui ces auxiliaires — c’est des congrégations qu'il
parle — d’une tâche que nous considérons comme achevée ». et il faut admirer l’onction vraiment ecclésiastique avec laquelle ces choses-là sont dites. Ces « auxiliaires » qu'on dénonce comme les déformateurs des cerveaux etdes cœurs, et qu'on « relève de leur tâche » en les jetant dans la rue, en défendant même à leurs membres d’habiter ensemble, ne laissent pas que d’éveiller des rapprochements édifiants. M. Combes les aperçoit évidemment, car il ajoute avec la même candeur : (Faut-il rappeler qu'au 18 août 1792, l'Assemblée nationale, en même temps qu’elle prononçait la suppression de toutes les congrégations, rendait hommage à celles d’entre elles qui, vouées à l’enseignement public, avaient bien mérité de la patrie. » C’est une
heureuse évocation. M. Combes aurait pu l’enrichir de
quelques citations. Elles auraient éclairé l'esprit public.
Dans la séance du 6 avril 1792, Lecoz, évêque consti-
tutionnel d’Ille-et-Vilaine, ayant observé, à propos de l’article 1° du projet de décret, que «les congrégations qui exercent, dans ce moment, les fonctions d’instruction publique, ne sauraient être supprimées, sans qu'il en résultât un grand préjudice », et ayant nommé, «parmi les congrégations qui doivent être conservées, les Frères de la doctrine chrétienne », l’assemblée se mit à rire, et Marant l’interrompit par la motion d'ordre que voici: «J’observe qu'il est de la plus grande nécessité de supprimer promptement la congrégation que M. l'opinant veut conserver. {Applaudissements.) On y recommande l’incivisme, on trame des complots, on reçoit les contre-révolutionnaires dans ces abominables repaires. {Applaudissements dans les tribunes) ». Ge Marant était un précurseur de M. le préfet de la Loire- Inférieure. Un moment après, Lagrévol propose un
PTS OT PRET PR UT UTET TDE T e E UR
2 de
amendement : « L'article premier, dit-il, excepte de la suppression actuelle les congrégations qui se sont vouées au soulagement des malades... Eh bien, Messieurs, si vous laissiez subsister la dernière partie de Particle du Comité... vous conserveriez, sans le vouloir, cette vermine malfaisante... vous manqueriez donc votre but... » ReNTR
C’est ainsi qu'en 1792 on parlait des « auxiliaires » qui avaient « bien mérité de la patrie ». M. Combes bien fait de rappeler le souvenir de ces discussions : il donne à celles d'aujourd'hui toute leur saveur.
Hier, le conseil académique du département du Loiret, que représente à la Chambre M. Rabier, refusait d'admettre la déclaration d'ouverture d’une école primaire, formée devant lui par une ancienne religieuse sécularisée, parce que, dit l'arrêté, « l’acte de sécularisation de M°° X..., mis sous les yeux du conseil par
son défenseur, ne la dégage pas de ses vœux de chas-
teté ; et qu’en agissant comme elle l’a fait, M° X.. a essayé de tourner la loi, ce qui est contraire aux bonnes mœurs. » :
On croirait, dans cette lourde et outrageante raillerie, entendre lécho de la sinistre joyeuseté du tribunal révolutionnaire ordonnant au greffier, comme l'ac-
cusée, qui était sourde, ne répondait pas à l’interroga-.
toire, d'écrire pour motif de la condamnation : «qu'elle a conspiré sourdement.
L'esprit des successeurs Pol n’a pas changé.
Il s’agit encore de balayer la « vermine malfaisante » » comme en 1702.
En ce temps-là, il y avait aussi des députés qui se
demandaient comment on remplacerait les établissements supprimés et les maîtres disparus. Becquey disait,
MU DT ONE a 7,