acte si considérable, d'en paraître châtier l'audace, par
des suppressions de traitement et des déclarations d'abus. M. Combes ne s’imagine pas que ces puériles démonstrations puissent, en quoi que ce soit, impres-
sionner les esprits de ceux pour qui, en matière reli-
gieuse, la parole des évêques passe avant celle des ministres, des préfets et même des conseillers d'État. Quoi qu'on fasse, avec ou sans déclaration d'abus, cette parole Subsiste. Elle suffit. Désormais, si M. Combes et M. Rabier sont inquiets de la domination que les con- grégations font peser sur le clergé séculier, ils peuvent être rassurés. Les évêques ont parlé, au nom de tout leur clergé : il n’y à plus de place pour de prétendues divisions. L'union est entière, c’est un bloc. Il faut chercher autre chose.
= M. Combes s’imagine avoir trouvé un terrain plus solide en s’attaquant aux « sanctuaires spéciaux », aux « basiliques », souligne-til, avec une particulière indignalion, se figurant sans doute, trop oublieux décidément de son rudiment ecclésiastique, qu'une basilique est une église de congrégation, et qu'il dépend du bon plaisir d’un religieux quelconque d'en donner le titre a la première chapelle venue. Faui-il donc lui rappeler qu'une basilique est un édifice religieux érigé en cette qualité, sur la demande de l’évêque diocésain, par un
décret du Pape; qu’il y a beaucoup de basiliques qui
sont, en même temps, des églises paroissiales, comme Notre-Dame et Sainte-Clotilde sans sortir de Paris, et qu'invérsement beaucoup de sanctuaires de pèlerinage n’ont pas reçu ce litre éminent ? Mais, basilique ou non,
ce qui trouble M. le président du conseil dans son zèle pour la liberté religieuse, c'est qu'il y ait, en si grand nombre. des lieux de prière dont il ne voit pas l'utilité. Quoi ! dit-il, il y a en France 34.000 églises «concordataires », et cela ne suffirait pas ? Qu'en sait-il ? est-il juge des besoins du culte et de ce qui convient au bien des âmes? Ces sanctuaires sont-ils créés à l’insu des évêques et sans leur autorisation ? Les prêtres qui les desservent le font-ils sans leur permission ? Voilà toute la question : car, seuls, les évêques sont ici compétents. Et si, en effet, comme nul ne le peut contester, c’est avec leur aveu et munies de leur indispensable consécration que ces églises se sont ouvertes, M. le président du conseil ne voit-il pas qu’une fois de plus, il se heurte à la ridicule prétention de s’ériger en évêque laïque, en censeur civil de l’orthodoxie ecclésiastique ?
Mais il se heurte à bien autre chose encore, et plus redoutable pour lui qu'un ridicule de plus : il se heurte à l’impérieuse, à l’irrésistible poussée de la foule chrétienne.
C'est ce qui irrite M. Combes et bien plus encore M. Rabier, lequel s’en venge par l’injure, suivant sa coutume, en dénonçant, par des termes qu'à peine j'oserais reproduire, s’il ne fallait les faire lire au peuple catholique, trop ignorant des outrages qu'on lui prodigue, « le culte des idoles », et les « exhibitions scandaleuses « où se « reculent les bornes de la superstition. »
Allons au fond! C’est Lourdes qui vous gêne!
Lourdes qui inflige à votre rationalisme orgueilleux une impardonnable humiliation, à votre triomphante incroyance une insupportable défaite ! Oui, il est vrai, d'un bout à l’autre de l’année, des foules accourent à
Lourdes, non pas de la France seulement, mais du monde entier, malades et bien portants, hommes et femmes, multitude où tous les rangs sont confondus, où seul en distingue quelques-uns le privilège de porter les infirmes, de panser leurs plaies, de les soigner à l’hospice, où il n’y a ni riches, ni pauvres, ni républicains, ni réactionnaires, mais seulement des croyants, malheureux épuisés de souffrance qui espèrent la guérison, âmes tourmentées qui demandent la paix, victimes de la douleur qui cherchent la consolation, tous, aspirant au miracle, buvant à longs traits dans l’eau de la source, dans l’air du rocher, la vie surnaturelle qui les ranime, les soutient et les console de vous, de votre naturalisme et de votre tyrannie.
Ah! oui, cela vous gêne et cela vous irrite : je le comprends et je serais presque tenté de m’en réjouir. Votre colère est le signe de notre force. Vous avez celle des lois : nous avons celle des âmes. Ceci tuera cela.
Essayez donc de toucher à Lourdes ! Joignez l’odieux au ridicule. Si vous osez, écrivez sur la grille qui ferme la grotte :
De par la loi, défense à Dieu De faire miracle en ce lieu !
et puis mobilisez, pour arrêter la foule, les gendarmes, la troupe elle-même, les préfets, les procureurs et les commissaires ! Vous le pouvez, vous pouvez tenter de barrer le torrent ! Vous réussirez peut-être un jour, une heure! Mais, derrière votre barrage, le torrent gros-
sira, vous en aurez doublé la puissance, et c'est lui qui aura le dernier mot.
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