‹ Combats d'hier et d'aujourd'hui (volume 2)Chapitre 29 sur 124 · LS * %X · texte numérisé non relu

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Aussi bien, quittons ce débat, où se heurtent en un irrémédiable conflit la foi et la persécution, et venons, enfin, aux arguments politiques que M. Combes invoque pour juslifier la suppression des congrégations prédicantes.

Ayant, comme j'ai dit, avancé cette singulière proposition que « le prêtre français avait non seulement le droit mais le devoir de garder pour lui le monopole de la prédication religieuse », M. Combes ajoute : « L’organisation concordataire tout entière repose sur ce fait, et les archives du ministère des Cultes contiennent encore les autographes mêmes de Napoléon, réglant, jusqu'en ses moindres détails, l’exercice de la prédicalion »

Napoléon ! il fallait s’y attendre : c’est l’ullima ratio des jacobins ; et quel Napoléon? non pas celui des premiers temps du Consulat, du puissant organisateur de la société moderne, dont, qui que nous soyons et quoi que nous pensions, il faut bien que nous recon- naissions à chaque pas l’ineffaçable empreinte, mais le Napoléon de l'Empire, aveuglé déjà par la gloire, emporté par la folie du despotisme.

M. Combes invoque les lettres de Napoléon sur les affaires religieuses. [l a raison : il aurait pu en copier quelques-unes au hasard pour servir d’exposé des motifs à ses projets de loi, par exemple, celle qu'il adressait, de Schænbrunn, le 8 octobre 1809, au Cardinal Fesch : « Quant aux missions intérieures, on m'a rendu compte qu'elles faisaient du mal. Mon clergé séculier est d’ailleurs trop bien composé pour que j'aie

besoin de ces énergumènes dont je ne connais pas les principes. »

C’est tout à fait cela : M. Combes, non plus, n'a pas besoin de ces énergumènes : il à trop de confiance dans son clergé séculier. et il ne lui reste plus pour achever son personnage, qu’à conclure, comme Napoléon, à qui le Cardinal, par des lettres très fermes, du mois d'août 1807, avait fait pressentir les dangers de sa politique : « Je ne partage pas la crainte que vous me faites entrevoir, parce qu'il est du devoir de mon clergé de m’obéir, et que le Saint-Esprit cesserait d'être avec lui, le jour où il tenterait de s’écarter de l’obéissance qu'il me doit.

Est-ce ce Napoléon-là dont M. Combes réclame la succession? On aimerait à le savoir. Mais non, M. Combes se borne, ne pouvant faire perdre à son clergé le Saint-Esprit, à lui faire perdre son traitement.

Le Napoléon dont il veut parler. ce n’est pas celui-là, c’est celui du décretdu 5 messidor an XIT (22 juin LEGU l’une des armes principales que la FPpHbtse aime à tirer de l'arsenal napoléonien.

M. Waldeck-Rousseau a même fait mieux que de l'en tirer : il l’a, comment dirai- “Jeu. . perfectionnée pour la mieux approprier à sa conception particulière de la liberté religieuse. Peut-être a-t-on oublié cette instructive histoire : on se perd un peu dans le fourré des applications de la loi de 19017.

. C'était après la volontaire dissolution des Jésuites qui. prévoyant sans doute l’événement d'aujourd'hui, avaient mieux aimé se disperser d'eux-mêmes que de s exposer aux désiroires formalités d’un jugement rendu d'avance : cependant, ils croyaient que, leur congrégation étant dissoute, ils gardaient lé droit, que

M. Combes impose à tout prêtre français, de prêcher dans les églises, sur l’invitation du curé et l’autorisation de l’évêque. Aussitôt M. Waldeck-Rousseau, de courir à l'arsenal et d’en tirer son messidor. Le décret dit à l’article 2

« Les ecclésiastiques composant lesdites congrégations ou associations (dont l’article premier prononce la dissolution) se retireront, dans le plus bref délai, dans leurs diocèses, pour y vivre conformément aux lois et sous la juridiction de l’ordinaire. »

Bien. « Mais nous y sommes, dans notre diocèse, disent les Jésuites, puisque nous n'avons pas quitté, comme simples prêtres, la ville où nous résidions comme religieux : et nous sommes aussi sous la juridiction de l'ordinaire, avec l’approbation duquel nous nous apprêtons à prècher. »

Napoléon avait prévu le cas, et l’article du décret de messidor avait bien pour objet d'empêcher la sécularisation sur place. Mais M. Waldeck-Rousseau, dans sa circulaire du 14 novembre rgo1, ne le trouve pas assez explicite, et il le corrige en s'inspirant des lettres que Napoléon adressait à Fouché, en 1809, pour le commenter : « La sécularisation ne peut être accordée qu'aux prêtres rentrés dans leur diocèse d’origine, pour y vivre conformément aux lois et sous la juridiction unique de l'ordinaire. » |

Ce d'origine et cet unique n’ont l’air de rien : cesont pourtant des coups de maître, et de quoi mettre aux prises tous les procureurs et tous les théologiens de France. On n’y voyait pas bien clair avant, on n’y voit plus du tout, et voilà les magistrats épuisant toute leur science canonique à discuter si ces prédicateurs sont. ou non dans leur diocèse d’origine. Ils y ont passé

l'été : je crois qu'ils y rêvent encore et c’est peut-être ce que voulait M. Waldeck-Rousseau.

Cependant, à n’en pas douter, le décret de messidor existe, ou, du moins, il a existé, et même son histoire est très intéressante. Je voudrais la raconter en quelques mots.

En 1800, près de quarante ans après la suppression de la Compagnie de Jésus, quelques prêtres français, parmi lesquels l'abbé Varin et l’abbé Charles de Broglie, - obligés, par la tourmente révolutionnaire, de fuir en Belgique, puis en Bavière, et s'étant associés sous les noms de Pères du Sacré-Cœur et de Pères de la Foi, avec une règle assez semblable de celle des anciens Jésuites, étaient rentrés en France, où, peu après, ils se séparèrent de leur premier supérieur Paccanari, dont le nom servait aussi quelquefois à les désigner.

Leur nombre s’accrut bientôt et, presque aussitôt, ils furent assez organisés pour répondre aux pressantes sollicitations des familles chrétiennes en ouvrant des collèges. En 1804, ils en avaient déjà, à Roanne, à Amiens et à Belley; je nomme celui-là le dernier, non pas à cause de la date de sa fondation, mais parce qu'il est demeuré le plus célèbre : car c’est là que fut élevé Lamartine qui, par la fidélité constante de son affection, a illustré la mémoire de ses anciens maitres. Je ne pense pas que Lamartine, dont mon collègue Clovis Hugues à chanté en vers magnifiques l’âme éprise de liberté. fût un ennemi de la société moderne, ni que les maîtres dont il gardait si pieusement le souvenir, eussént fait de lui, en 1848, un irréconciliable ennemi de la République. Ges collèges, les Pères de la Foi les avaient créés non pas seulement sur le vœu des familles chrétiennes, mais sur la demande

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des municipalités et des maires. Les préfets, les préfets de l’an IX et de l’an X.! s’intéressaient à eux, présidaient leurs distributions de prix. Quinette, préfet de la

Somme, avait eu une explication très nette avec le

P. Varin, fondateur du collège d'Amiens, où celui-ei avait très loyalement déclaré ce qu'était la société des Pères de la Foi : le collège n'en avait pas moins subsisté, bien que dans des conditions précaires, transporté au faubourg de Noyon, puis à Montdidier. Cependant, comme aujourd'hui, les jacobins veillaient : les nouveaux collèges étaient chrétiens, ils réussissaient, c'était deux fois plus qu’il n’en fallait pour éveiller les haines et les jalousies. :

Fouché, bien qu'éloigné momentanément du minisière de la police, en avait conservé les habitudes et les moyens d’information : il présenta au maître les Pères de la Foi comme une associalion dangereuse pour l’État, un foyer de conspiration contre le gouvernement. Les moyens ne changent pas, ni les hommes. Napoléon, suivant sa coutume pour toutes les affaires d'ordre ecclésiastique, demanda à Portalis un rapport et un projet de décret. Portalis connaissait bien les Pères de la Foi : il avait déjà, deux ans après leur apparition en France, le 25 fructidor an X, adressé, à leur sujet, au Premier Consul, un rapport où il établissait que la Société nouvelle s'était constituée très publiquement, qu'elle ne se cachait pas. que son objet était louable, mais qu'il ne croyait pas le moment venu de l’autoriser; il ne proposait pas d’ailleurs sa suppression, ce qui prouve, en passant, qu'en l’an X, aussitôt après le Concordat, les congrégations non autorisées existaient sous les yeux de l’administration, parfaitement avertie.

A la suite de l'ordre donné par Napoléon, il fallut que

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Portalis fit un nouveau rapport et un projet de décret : sans doute, il conclut bien cette fois à la dissolution. puisque c'était l’ordre, mais après quelles circonlocutions, quels efforts pour atténuer la gravité de la | mesure ! Pas une fois, Portalis n’invoque, ni la loi de 1790, ni la loi de 1792, ni même l’article XI des Organiques ! non; bien au contraire, il expose ce qu’étaient

les vœux solennels, rien de plus ! il montre que la Révolution fut bientôt défigurée par la fureur des passions, qu'on altaqua, qu'on persécuta la religion, et que, de cette persécution elle-même, sont nées des congrégations analogues à celles des Pères de la Foi. qui. dit-il, « tiraient toute leur force du malheur des

circonstances ». Puis, pour proposer la dissolution des

Pères de la Foi, puisque enfin c'était cela qu'on lui demandait, il déclare que ce-sont des jésuites déguisés | —— encore un mot qui n’a pas vieilli ! — etilinvoque, en vertu des maximés gallicanes, le droit régalien du souverain.

Le rapport est du 19 prairialan XIE En même temps qu'il le rédigeait, Portalis s'était, dit-on, chargé luimême de remettre à Napoléon un mémoire préparé par

le P. Varin, supérieur des Pères de la Foi, pour défendre ses religieux. Chaptal, pressé par les habitants d'Amiens qui tenaient à leur collège, les soutenait aussi de son côté. Le cardinal Fesch, qui les voyait à l'œuvre à Lyon et à Belley, et qui avait besoin d'eux, plaidait leur cause tout en les blâmant de n'être pas soumis à l'ordinaire. Cependant le décret préparé par Portalis fut accepté par Napoléon avec quelques modifications. Il : déclarait dissoute « l'agrégation ou association connue

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