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devoir patriotique le plus sacré. Si ce n’est qu’une plaisanterie, un mot pour rire, de ce rire parisien « qui clapote », comme disait Louis Veuillot, eh ! bien, non! il y a des choses dont on ne rit pas : de ces rires-là, un pays peut mourir.
« Populus romanus moritur et ridet. Le peuple romain meurt et il rit! » C’est un mot de Salvien, prêtre de Marseille, du v° siècle, que le cardinal Perraud citait
dans un récent discours. Je le recommande à ceux que
met en gaieté le drame asiatique.
Je quittai la Chambre dans cette émotion. Une carte
du théâtre de la guerre, fraîchement collée sur le mur d’une galerie intérieure, m'arrêta un moment ; c'était une carte allemande, «made in Germany » : Neue Kriegskarte von Ost-Asien, la meilleure qu’on eût trouvée! Pendant que je la regardais, M. d’Estournelles de Constant vint à passer. Un rédacteur du Temps, qui l’a vu depuis, lui à trouvé l'air de «quelqu'un qui s’est endormi par un temps serein et qui se réveille en plein orage ». Il avait déjà cet air-là. Il y a de quoi! Et je me souvins d’un article, très remarquable, que j'avais lu, en arrivant, à la bibliothèque, dans le dernier numéro de la Revue politique et parlementaire. Son auteur est M. René Millet : ce n’est pas un « Romain », il était, il n’y a pas bien longtemps, résident général de France à Tunis. Je voudrais que son article füt répandu dans le grand public. Il ferait beaucoup de bien à une foule de braves gens qui, malgré le douloureux enseignement de l’histoire, se laissent encore prendre au sophisme « pacifiste ». |
Cela est intitulé : « La Paix à tout prix. » M. René Millet dit : « Que le bon Dieu bénisse messieurs les apôtres de la paix universelle ! Je les estime, je les
admire, je les salue au passage, mais je les supplie de
se tenir tranquilles, ou tout au moins de garder leurs homélies pour la stricte intimité! » Ah! oui, et c’est même une grande charité que de prier le bon Dieu de les bénir ! | | :
Car, à l’abri de ces homélies, grandit chaque jour
dans ce pays, objet éternel des jalouses convoitises
trop complaisamment oubliées, cette sorte d’humanitarisme dont M. Georges Goyau a décrit dans un livre magistral le progrès historique, qui, peu à peu, émousse les courages, étiole les volontés, trouble les esprits et livre à la détestable propagande de l’antimilitarisme révolutionnaire les foules trompées par le mirage de la paix universelle.
J'en étais là de mes pensées, quand je franchis la porte qui s'ouvre sur la petite cour du quai d'Orsay ; là, il y aura bientôt trente-quatre ans, par un beau jour de juillet, j'ai vu l'officier commandant le piquet du Corps législatif se précipiter dehors, le képi levé en l'air, et criant: « La guerre est déclarée », pendant que la foule, amassée contre la grille, battait des mains! Alors, déjà, il y avait dans le pays et dans l'assemblée des apôtres du désarmement, et ce n'étaient pas les premiers venus. M. Jules Simon, trois ans auparavant, avait fait ses deux grands discours sur l'abolition des armées permanentes, où il proposait «Ie système suisse », où il disait : «Je ne crois pas la guerre très prochaine : personne, à mon sens, n’y a intérêt: je ne vois pas, en effet, que la Prusse ait intérêt à faire la guerre à la France !.… » C'était un an et demi après Sadowa |!