‹ Combats d'hier et d'aujourd'hui (volume 2)Chapitre 40 sur 124 · LYC · texte numérisé non relu

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A quoi pense M. Combes? A la marine désorganisée, à l'Indo-Chine ou à Madagascar laissés sans défense? à l’effroyable responsabilité que, demain, peut jeter sur lui le mystère asiatique? Non : là-dessus, il est tran-

quille, il a tout vu par lui-même. et il est sûr qu'il ne

manque ni un boulon à nos vaisseaux, ni un homme aux équipages.

Peut-être se demande-t-il si M. Doumer ira à Laon? La question est d'importance. Mais non, il est tranquille là-dessus comme sur la marine. Que M. Doumer aille à Laon ou reste à Paris, lui demeure à la place Beauvau, défiant qu’on l’en fasse sortir. .[l dit comme Henri de Guise à Blois : « On n'’oserait! » Ainsi, un jour de janvier 1889 qu'on parlait, devant M. Floquet,

des bruits avant-coureurs de sa chute prochaine, ce

premier ministre, aimable et pompeux, répondit : « Qu'on essaye ! ce jour-là, je ferai trembler les colonnes du temple! » Deux jours plus tard, une proposition de révision des lois constitutionnelles ayant été déposée, le redoutable Douville de Maillefeu en demanda l’'ajournement indéfini. Floquet voulait qu'on discutât, Douville fit un discours virulent : on vota, et l’ajournement fut prononcé par 90 voix de majorité. Le président du conseil, aussitôt, quitta la salle avec ses douze compagnons. Aucune colonne ne tomba.

Pourtant Floquet était un patricien de la République : il avait crié au tsar de toutes les Russies : « Vive la Pologne, monsieur ! » et, plus récemment, il avait failli tuer le général Boulanger en combat singulier. Rien

n'yfit : il y avait des dessous. Peut-être y en a-til

encore? Mais M. Combes ne craint rien : la Congrégation le protège, comme les prisonniers de la Terreur

protégeaient Fouquier-Tinville. On a besoin de lui

pour la besogne à faire. M. Combes pense à ses actes d'accusation et au nombre de charrettes qu'il faudra. Ces comparaisons, il est vrai, lui déplaisent. Pour

s’en délivrer, car elles sont d’un poids incommode,

il hausse les épaules, et, comme il aime à rire, il divertit volontiers ses concitoyens de Pons en Saintonge, en leur contant que les dévots l’appellent Robespierrot.

Mais ce rire sonne faux, il finit en sanglot. Car il y a plusieurs manières de tuer les gens. Montaigne, en ses Essais, rapporte qu’au dire d’Eutropius, « l’empereur Julian, surnommé l'Apostat, estait ennemy de la chrestienté, mais sans toucher au sang ». |

M. Combes ne touche pas au sang. Chasser les gens de leur maison, les traquer dans celles où ils se réfugicnt, confisquer leurs biens, les forcer, pour vivre, à s'expatrier ou à renoncer à l’état que, librement, ïüls avaient choisi ; les jeter, enfin, non plus à l’échafaud, mais à la rue ou à la frontière : ce n’est pas, il est vrai, les tuer, c’est seulement les empêcher de vivre.

Tel est le sort que fait aux religieux la présente douceur de nos mœurs.

M. Combes le trouve plaisant. Il y a deux mois, en un certain banquet du commerce et de l’industrie, il livrait, après boire, à la risée de ses complaisants les malheureux que ses lois forcent à quitter la vie religieuse, celui-ci, dont « une moustache robuste et bien peignée ombrage la lèvre supérieure », pendant que « cette lèvre elle-même se ferme avec délice sur le bout d'une cigarette », celle-là dont « la guimpe sévère est remplacée par des nœuds de rubans », cette novice

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