‹ Combats d'hier et d'aujourd'hui (volume 2)Chapitre 54 sur 124 · Ô DÉCEMBRE · texte numérisé non relu

Ô DÉCEMBRE

La séance de jeudi dernier, où fut discuté le cas de M. Thalamas, me paraît appeler quelques réflexions. Le n’est pas l'aventure de M. Chaumié qui me les suggère. Le pauvre homme est, en vérité, plus à plaindre qu’à blämer. Vous savez ce qui lui advint. La porte vers laquelle il aspirait, pour s'évader de la galère ministérielle, s'était un moment ouverte devant lui; mais comme il allait s'y glisser en esquissant un geste soulagé, la chaîne qui le rive au banc de . M. Combes le tira brusquement en arrière, si bien qu'il dut, courbé sous la confiance de M. Jaurès. reprendre tristement sa place et sa rame. Ainsi, la veille, M. Rou-

vier, d’un mouvement de ses fortes épaules, commençait à secouer son fardeau, quand lui aussi, sentant la chaîne, dut retourner à la besogne commandée pour

. laquelle il lui faut sacrifier, avec le crédit de l'État, son

renom financier. |

C'est la quotidienne humiliation dont ce gouvernement achève de mourir. Celle-ci ne vaut pas qu'on la relève davantage. :

Mais tandis que les Ft battus et contents, s’en allaient disant comme Panurge : « Vogue la galère! tout va bien ! l'orage est passé ! », quelque chose est

resté sur la place, à quoi ils n'ont pas pris garde, el c’est l'enseignement d'État.

Je voudrais le montrer en deux mots. L'objet du débat et l'émotion qu'il fit naître ont peut-être empêché qu'on s'en avisàt suffisamment. |

Deux thèses ont paru, dans cette séance de jeudi, se heurter à la tribune, celle de M. Chaumié et celle de M. Jaurès. Je dis ont paru, car elles n’eurent point, au fond, beaucoup de peine à s’accorder, comme on le vit

jar l’ordre du jour qui, pour clôturer le débat. rendit. Ï J |

à l’un la confiance de l’autre.

M. Chaumié dit aux professeurs de l’Université que « libres dans leur enseignement, ils doivent connaître la limite de leur liberté... ne pas froisser Les consciences. ne pas manquer de mesure et de tact. ».

À merveille : mais encore? quelle est cette limite de la liberté, de la mesure et du tact que les professeurs doivent si bien connaître? M. Chaumié voulut s’en expliquer, et tout aussitôt, prenant exemple de l’incident en discussion, il dit : « Si M. Thalamas avait le droit de mettre de côté la théorie du miracle, il n'avait pas celui de dire : Je ne crois pas à votre Dieu ! »

Ah ! Et pourquoi ? Où M. Chaumié a-t-il aperçu cette limite du droit Si la conscience d’un enfant élevé dans la croyance en Dieu peut être offensée par la

parole du maître, qui lui dit : « Je ne crois pas à votre. Dieu », comment la conscience de celui à qui ses

parents ont enseigné la foi dans l’action surnaturelle de Dieu, ne sera-t-elle pas offensée par la parole du maître qui lui dira : « Je ne crois pas au miracle » ?

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