‹ Combats d'hier et d'aujourd'hui (volume 2)Chapitre 55 sur 124 · LEE RE PET AT · texte numérisé non relu

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Quel est ce Credo universitaire, ce Code ministériel de la mesure en matière de religion, qui permet de nier le miracle, mais non pas de nier Dieu? Où les professeurs de M. Chaumié l'ont-ils appris?

Sije ne me trompe, il y a environ soixante-dix ans, M. Cousin disait à peu près la même chose, et c’est justement de cette doctrine de gouvernement, qu'est sortie la liberté de l’enseignement. M. Chaumié retarde : il parle comme un ministre de Louis-Philippe !

M. Jaurès s’en est aperçu, et il n’a pu le supporter. « Oui, a-t-il dit, le professeur est tenu, dans son enseisgnement, à l'esprit de mesure, de réserve. Oui, il doit éviter de blesser, de scandaliser les jeunes esprits. » On entend assez que ce sont là des précautions oratoires. Personne. en effet. n’oserait inviter tout crûment les professeurs à scandaliser les enfants! Mais il y à la manière ! |

Écoutez encore M. Jaurès: « Est-ce que vous allez demander au professeur de s’interdire à lui-même ces sujets dangereux et controversés qui, par leur nature même, peuvent blesser les consciences? S'il en était ainsi, ce serait dans l’enseignement la suppression de toute vie, de toute véritéet de toute liberté, car il n’y à pas une seule affirmation qui, même produite sous la forme la plus réservée, la plus mesurée, la plus respectueuse de l'opinion contraire, ne puisse blesser et scandaliser, par le sentiment même qui Le de certains “esprits timorés. »

Eh bien! c'est M. Jaurès qui a raison. Je le dis au . risque de passer pour un esprit timoré! Il a posé la question comme il faut, et j'ai cru un moment, jai espéré, qu'il allait renouveler son discours d'il y a dix ans sur d'instruction publique, revendiquer pour Île

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maître l'entière liberté de la doctrine, et faire une fois de plus apparaître le grand débat soulevé par toutes ces discussions entre l’État et les consciences. S'il ne l’a pas fait, c’est qu'il fallait aller au plus pressé qui était de défendre M. Thalamas. Mais toute la thèse est dans ces quelques paroles.

Eh bien, oui, M. Jaurès a raison, raison pour les élèves et raison pour les maîtres, que la prétendue neutralité de l’enseignement public courbe sous un joug humiliant, pendant qu’elle livre les enfants aux entreprises les plus dangereuses pour leur esprit et pour leur âme. Il a raison, mais aucune condamnation plus formelle ne pouvait être infligée à l’enseignement d'État.

M. Léon Bourgeois disait, quand il était ministre de l'instruction publique : «Il ne suflit pas de dresser le programme des matières à enseigner : ce qui caractérise une pédagogie, c’est l’esprit dans lequel ces ma-

Lières seront enseignées. » Rien de plus vrai. C’est l’évidence même, et M. Chaumié ne peut pas s'y dérober. Quel que soit l'objet de la leçon, son esprit, et, par suite, celui du maître, est au fond de tout enseigne- ; ment. D | S'agit-il de philosophie ? L'existence de Dieu, sa 4 nature et ses attributs, la vie future, les destinées de 4 l’âme sont autant de questions essentielles, fondamentales et précises, sur lesquelles il est inévitable que le maitre laisse voir sa pensée. S'il n’en a pas, il n’est pas digne d'enseigner : s’il en a une, comment la cacherait-il ? LA MR S'agit-il d'histoire ? C’est le cas de M. Thalamas. On

COMBATS D’HIER ET D'AUJOURD'HUI | est choqué et à bon droit de l'entendre outrager Jeanne d’Arc, parce que le sujet touche aux fibres les plus sen- sibles de l’âme française ! Maïs ne voit-on pas qu'à chaque leçon, le même esprit reparaîtra ? Comment, avec quelles conceptions, quelle orientation d'idées. parlera-t-il de Clovis et de la conversion des Barbares, de Mahomet et des Croisades, des grands gestes accomplis par la France au nom du Christ, du moyen-âge et de la féodalité, de Ia Réforme et des guerres de religion ? Nul ne soutiendra qu'il soit indifférent de le savoir. Comme les origines et la fin de l’homme, sinon au même degré, ce sont matières, assurément, qui intéressent l'éducation. |

Le maître devra-t-il donc se borner à la sèche nomenclature des faits et des dates ? Ce serait pour lui-même une honteuse abdication! Si, cependant, il veut aller au-delà ; si, commeil le doit, il prétend éclairer ses élèves, les élever au vrai sens du mot, former leur esprit et leur intelligence, comment le pourra-t-il sans risquer de heurter, de blesser les croyances, les idées et les opinions qui ne sont pas les siennes ?

M. Jaurès l’a demandé au ministre, et M. Chaumié ne lui a rien répondu. Il ne le pouvait pas. Mais un moment après, pour ne pas, comme a dit Gauthier (de Clagny), «casser un morceau du ministère », le même M. Jaurès votait l’ordre du jour de confiance où il est dit que « la Chambre compte sur le ministre pour concilier la liberté du professeur avec la neutralité de l’école! » | ;

C’est se moquer des gens. Un quart d’heure plus tôt, il venait justement de montrer que l’une et l’autre sont

inconciliables, et que le système de M. Chaumié, en

vertu duquel on pourra bien nier les miracles, mais

non l'existence de Dieu, est un système jugé, condamné, inacceptable pour le maître comme pour l'élève !

Tous les ordres du jour du Jante ne changeront rien à cette vérité.

La neutralité, déjà mensongère au temps de M. Cousin, ne peut plus aujourd'hui, dans le désordre où le régime nouveau a jeté l’Université comme les autres institutions du pays, que servir de masque à l’anarchie des doctrines et des idées. Les professeurs internationalistes, les professeurs athées, laisseront voir de plus en plus leur incroyance et leur dédain de la patrie : ïls revendiqueront de plus en plus audacieusement, pour leur pensée, le droit à la liberté absolue, etles ministres, quels qu'ils soient, ne pourront lui imposer des limites que nul d’entre eux ne saurait tracer.

Sur le dos de M. Chaumié, c'est donc l’enseignement d'État qui a reçu les coups. On s’est imaginé qu’en fer-

mant les écoles libres, en entravant l'existence des

collèges chrétiens, on allait le fonder ASHnIMYEReNt c'est le contraire qui arrive.

Les nouveaux élèves que l’empressement irréfléchi des familles amène au lycée, les « gosses pourris » comme les appelle M. Harduin, du Matin, se chargeront d’en faire la démonstration. Heurtés, blessés, offensés à chaque instant par la leçon du maître, ils le diront de plus en plus haut et leurs parents les défendront. Ainsi la révolte grandira chaque jour dans les âmes, et la liberté se lèvera, comme une moisson naturelle, du champ ravagé par la tyrannie.

C'est la moralité de la séance.

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