‹ Combats d'hier et d'aujourd'hui (volume 2)Chapitre 56 sur 124 · DÉCEMBRE · texte numérisé non relu

DÉCEMBRE

L'année finit. Pour quelques jours, le Palais-Bourbon ferme ses portes. L'heure est propice au recueillement.

Examinons, les embrassant d’un regard, en quel état nous laissent ces douze mois, où résonnèrent tant de paroles vides, tombées dans l'oubli, où tant de deuils accablèrent nos âmes et tant de hontes courbèrent nos fronts. |

Ün grand fait domine leur histoire, plus irréparable que les deuils et les hontes, et dont l’incalculable portée commence seulement à se laisser découvrir. Les liens séculaires qui attachaient la France à la Papauté sont brisés. C’est assez pour que l’année 1904 pee lourdement sur nos destinées.

Spectateurs et victimes impuissantes du drame où elles s’agitent, nous n'en apercevons que le décor mystérieusement dressé. À aucune époque, les mobiles et les desseins de la politique ne furent plus ignorés.. Nous sentons confusément qu'une volonté secrète mène, complices ou dupes, et peut-être à la fois l’un et l’autre, les hommes qu'un groupe d'initiés investit d’un pouvoir presque absolu. Mais nous n’en voyons paraître que l'effet extérieur. Nos petits-enfants, peut-être, sauront

quelque chose des mystères de nos temps. Ils appren-

dront par fragments, de ceux qui alors fouilleront les archives, ainsi que peu à peu nous apprenons nousmêmes l’histoire de la Révolution. comment fut ourdi le complot international, dont la rupture avec le Saint- Siège fut la publique révélation.

Pour nous, je veux dire pour ceux qui essayent de regarder derrière la façade des faits, nous comprenons seulement qu'un lien étroit relie entre eux les événements, dont autrement, depuis quatre ans, la rapide succession confondrait l'esprit: ce n’est pas encore assez cependant pour l'expliquer. |

Aucune crise, en effet, ne bouleverse la vie des peuples, sans que des causes profondes n'aient préparé l'explosion qu’un incident imprévu vient alors déterminer. |

L'affaire Dreyfus survint, sans doute, pour les organisateurs cachés de la révolution sociale, au moment opportun. Mais, si tragique qu'il fût, ce n’eût été qu'un drame passager, s'il n'avait pu, dès le premier instant, être mis à profit par les conjurés, avec la promptitude et l’ensemble d’une troupe, de longue main préparée pour l’action finale. Ainsi, dans la guerre, une armée, formée par un patient et secret travail, est prête au choc décisif, quand jaillit l’étincelle, attendue des circonstances. He

Nous avions, devant l'ennemi du dehors, fait cette douloureuse expérience. L’ennemi du dedans nous l’inflige trente ans après.

Divisés entre nous, sans cohésion, sans discipline, plus séparés par les discordes intestines que rapprochés par les haines communes, nous avons vu nos forces éparses, malgré des résistances partielles et sans lende-

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main, brisées par la masse ordonnée d’adversaires fortement unis, qui surent, pour atteindre enfin le but poursuivi depuis plus d’un quart de siècle, accepter les chefs nécessaires et les indispensables alliances.

Par là furent, en trois années. consommées sous nos veux la désorganisation sociale du pays, la démoralisation de l’armée, la destruction de la vie religieuse et

celle de l’enseignement chrétien, et nous voici, dans l'effondrement de toutes les forces vives de la nation,

jetés, au dernier jour de cette année, en face des plus redoutables dangers, intérieurs el extérieurs.

Car la rupture avec le Pape n'est pas seulement un

incident diplomatique, comme il en pouvait advenir

dans l’ancien régime, alors que des démêlés internationaux surgissaient entre les monarques chrétiens et le souverain de l'État pontifical.

C'est un acte de gouvernement, qui révèle une transformation profonde dans l’état de notre politique générale. :

En lui-même, d’abord, il est la préface avouée de ce qu'on appelle, dans la langue officielle, la séparation de l'Église et de l'État, et qui n’est en réalité que la guerre ouverte, déclarée par l'État à l'Église catholique.

J'entends, avec surprise, qu'on parle gravement autour de moi de cette séparation prochaine comme d'un régime discutable, et qui pourrait même n'être pas sans profit. J’admire en particulier là-dessus plusieurs catholiques excellents et notoires, à qui cette rupture

des liens, souvent incommodes, par où l'Eglise, chez

nous, tient à l'Etat, semble le gage d’une salutaire

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